LIBRAIRIE DE L. IIACIIETTE ET C
rue r ; e r n e - s a p. r a z t n , n° !4
( Prés de Plùole de Médecine)
PRÉFACE
A en croire un homme d’État célèbre , Autrichien il est vrai : « L’Italie n’est qu'une expression géographique, >» et le beau pays que Berchet a chanté ,
Clie Appennin parle E circomJa la mare e l’Alpc ,
ne renferme pas, dans ses limites si bien définies, une nation !
Si cette histoire contenait un enseignement, elle serait, malgré le spectacle encore affligeant qu’offre aujourd’hui la péninsule, la réfutation du mot plus diplomatique que vrai de M. de Metternich.
Qui pourrait le nier? Depuis la chute du monde romain il s’est développé aussi au delà des Alpes une même famille, ayant son caractère propre, son originalité; et celle-ci, dans la plus grande mobilité des événements , et la plus étonnante variété des formes, a toujours eu un fond commun. Elle a conservé sans altération et cultivé entre toutes la foi qu’elle avait reçue particulièrement en dépôt ; elle a parlé la même langue, elle a créé une littérature, un art; et elle a poursuivi sans relâche ce qui pouvait constituer fortement ces éléments mêmes de la nationalité; je veux dire : l’union et l’indépendance.
Comment la nationalité italienne a-t-elle été méconnue, compromise?
Il faut le reconnaître, la péninsule s’est trouvée dans les conditions les plus difficiles et les plus délicates, au dedans
PREFACE
et au dehors, pour acquérir, non ce qui fait la nationalité, mais ce qui en est comme le ciment : une constitution politique.
D’abord, l’invasion barbare, sous laquelle a succombé l’empire romain, a pris fin, tôt ou tard, dans les autres contrées, en France, en Angleterre, en Espagne. Dans la péninsule elle dure encore. « Connais-tu le pays où fleurit le citronnier, où l’orange d’or brille sous la sombre feuillée? C’est là, c’est là que je voudrais aller. »
Kennst du das Land wo die Citronen blühn Im dunkeln Laub die goldorangcn glühn Daliiu, daliin!
Voilà la chanson que les nations transalpines répètent depuis plus de quatorze siècles; et ce n’est pas sans raison que maint poète italien a pleuré sur cette fatale beauté du pays qui en fait un objet de séculaire convoitise.
Renouvelée presque de siècle en siècle, sans repos ni trêve, l’invasion n’a jamais été complète ni à fond; elle no s’est jamais assimilé le pays même , elle ne s’est point consolidée, artermie. Ailleurs, sur les ruines de l’empire romain et païen, de fortes créations politiques sont sorties de l’étroite union de la barbarie conquérante et de l’Église civilisatrice, entre autres: le royaume ecclésiastique des Francs et le saint-empire germanique. L’État et l’Église ont, parfois, pu n’y être pas d’accord ; mais au fond ils ont toujours été unis, et cette union a fait la grandeur de ces États à diiï'érentes époques.
En Italie , Rome chrétienne a succédé sans interruption à Rome païenne; le successeur de saint Pierre a choisi cette ville même comme le centre d’une nouvelle domination spirituelle. Comment la maîtresse et la mcre ( domina et mater) de toutes les églises se serait-elle unie avec une conquête
PRÉFACE
barbare et fondue dans un royaume péninsulaire? Que l’Église romaine fût dans l’État italien, ou l’État italien dans l’Église romaine, qui eût reconnu pour souverain pontife des chrétiens, le premier serviteur ou le maître d’une royauté péninsulaire?
Le saint-siège n’a jamais permis, ni qu’une invasion ni qu’un royaume s’étendit à toute la péninsule; il a plutôt opposé une invasion à une invasion , un royaume à un royaume; gage à la fois pour l’Italie de grandeur morale et de faiblesse politique, garantie perpétuelle d’indépendance et danger d’asservissement!
Léon lrr arrête au Ve siècle les Huns idolâtres, et Léon 1Y, au ix°, les sectateurs de Mahomet. Le pape ne permet point à qui menace la chrétienté même de toucher le sol sacré.
Un des plus dignes entre les conquérants barbares, Théodoric, avec la nation demi-civilisée desOstrogoths, est sur le point de fonder le royaume italien. C’est un arien; double danger. Le saint-siège et la vieille population machinent sa perte; ils aiment mieux que l’Italie redevienne un diocèse, un exarchat de l’empire d'Orient.
La féroce population des Longobards se répand des Alpes au golfe de Tarente, réalisant la fin du monde sur son passade; puis elle s’adoucit sous la main d’une femme et se convertit par la politique d’un de ses rois. Les trois grands papes de ce temps, tous trois du nom de Grégoire, résistent à la barbarie et à la civilisation , à l’arianisme et à l’orthodoxie lombarde. Le danger devient- il imminent, le saintsiège condamne les Lombards à périr; il livre leur royaume aux Francs. A l’empire grec qui ne saurait plus le protéger et qui chancelle dans sa foi , il substitue l’empire latin et orthodoxe d’Occident. S’il faut qu’il obéisse, il ne veut obéir qu’à Charlemagne, au maître chrétien du monde.
TRÉFACE.
Mais il n’obéira pas. Léon III a constitué la société chrétienne sous le double contrôle du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, du pape et de l’empereur; mais ce n’est pas pour prendre la seconde place. Aux barbares du nord la force matérielle, aux hommes du midi la force morale; l’empereur vient chercher en Italie, des mains du pape, le symbole de sa puissance : il n’est que le bras de l’Église. Les successeurs de Léon 111 essayent d’imposer ce partage aux descendants affaiblis de Charlemagne; et l’Italie impériale et pontificale est encore fière de sa part de gloire et de domination.
L’empire franc tombe.... Des débris de cette brillante et éphémère création , sortira-t-il en deçà des Alpes , un royaume, une nation , comme il arrive au delà des monts? Quelle capitale s’élèvera à côté de Rome? Pavie, Friuli ou Spolète? Quel prince féodal prendra la couronne, qui n’ait pour égal, au temporel, Saint-Pierre lui-même, que la générosité de l’empereur franc a doté du centre de la péninsule? Bérenger, Guido ou Adalbert? Qui couronnera l’heureux héritier des Carlovingiens? Le pape ne consent à donner qu’une couronne d’empereur. L’archevêque de Milan, peutêtre ? Mais il devient le rival du pape. L’union de l’Église romaine et de l’État italien ne se fera pas. Le royaume d’Italie est impossible; la péninsule s’épuise et se. démoralise à vouloir l’enfanter. Le saint-siège lui-même se laisse avilir plutôt que dompter; il préfère l’opprobre à la servitude; il devient le fief de Marozie et non celui de Bérenger.
Pour se relever enfin avec l’Italie et nettoyer ces écuries d’Augias, Jean XII déchaîne encore du haut des Alpes l’avalanche de l’invasion allemande; Grégoire V et Sylvestre II reconstituent en faveur des Othons le saint-empire germanique. L’autorité spirituelle de Rome, l’existence de la pé-