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ninsule, sont à ce prix. L’Italie salue encore avec joie son nouveau César et le saint-siège le canonise. Sous Henri II le Saint. Pierre Lombard, Anselme, Lanfranc rétablissent la pureté de la foi au fond des couvents. Un clergé plus moral, investi de privilèges, d’exemptions, de pouvoir, devient le maître politique en même temps que l’éducateur de la péninsule; l’Italie, menacée de périr, se relève; le saint-siège régénéré lui-même , préside à cette grande réforme sous la surveillance de l'empereur et roi d’Italie, Henri III.
Mais la vertu n’est-elle pas digne de la liberté? La foi et la moralité mêmes, assises sur la chaire de Saint-Pierre dans la personne du moine Hildebrand, redemandent à l’empereur franconien, au dissolu Henri IV, l’indépendance que les prédécesseurs de ce grand pape ont mérité de perdre. C’est l’affranchissement du saint-siège et celui de l’Italie que Grégoire VII poursuit en même temps. Après l’élection des papes, il arrache à l’empire l’investiture des évêques, seigneurs féodaux de la péninsule; le souverain pontife et le patriote italien se prêtent un mutuel appui. Mais l’excès de l’ambition accompagne aussi l’excès de la vertu. C’est pour lui seul que le grand pape revendique l’investiture enlevée à l’empereur, et par là, il devient le seigneur politique de l’Italie, que dis-je? de l’Europe chrétienne; il réunit les deux pouvoirs en sa personne, le pouvoir divin et le pouvoir humain, comme Jésus-Christ, les deux natures. Il devient le chef d’une théocratie féodale qui embrasse la chrétienté tout entière.
Sublime utopie ! mais irréalisable. S'il est impossible que la chrétienté reconnaisse son chef spirituel dans le maître temporel de l’Italie, combien plus encore dans celui de l’Europe ! Le successeur de saint Pierre , eût-il réussi , aurait fini comme les khalifes, successeurs de Mahomet. De là, la grande lutte. L’Italie elle-même se partage. Entre les duex
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maîtres qui se disputent sa domination, elle travaille bientôt pour elle-même; la monarchie normande au midi et les républiques au nord sortent des concessions et des faveurs du sacerdoce et de l’empire, et grandissent parleurs luttes. Les premiers successeurs de Grégoire VU se contentent au concordat de IVorms de l’indépendance et renoncent il la domination.
À défaut du saint-siège, la liberté républicaine donnerat-elle à l’Italie l’unité; secouera-t-elle le joug de la domination allemande? Nouveau mécompte. Arnaud de Brescia attaque les deux pouvoirs; il réunit contre lui Adrien IV et Frédéric l<'r Barberousse. L’empereur proclame les droits césariens au domaine de la péninsule a Roncaglia, et les confirme par la ruine de Milan. La péninsule n’aura d’unité que celle de la servitude. Frappés par ce grand malheur, les Italiens entrevoient le vrai moyen de salut, la confédération des États particuliers, sous le patronage du saintsiège; mais ils l’entrevoient seulement. Alexandre 111 ne poursuit jusqu’au bout que sa propre indépendance ; la ligue lombarde est incomplète, et la victoire de Legnano est douteuse. La paix de Constance stipule la liberté particulière des villes et confirme la servitude commune de l'Italie. Le César allemand reste le vrai et légitime souverain de la péninsule.
Le saint-siège et les républiques italiennes ne le voient que trop vite. Frédéric 11 réunit la couronne de Sicile à celle de l’empire. L’Italie est prise comme dans un étau. La lutte recommence, mais avec «le nouvelles fautes. Alexandre III avait manque d’audace; Innocent III, Innocent IV vont trop loin. Le premier n’avait pas voulu l’indépendance entière, les deux autres veulent encore la domination. Innocent IV n’est point satisfait d’avoir sauvé hardiment le saintsiège et l’Italie au concile de Lyon. C’est le royaume de
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Sicile qu’il veut, c’est la ruine de cette grande famille des Hohenstaufen , cette race de vipères; c’est la domination de l’Italie; et Urbain IV, pour atteindre ce but, ne craint pas d’appeler encore un nouvel étianger et de livrer le midi de la péninsule aux Français angevins.
Quoi d’étonnant, au milieu de ces circonstances terribles, que l’Italie se partage encore? Il n’y a plus d’Italiens, il y a des gibelins et des guelfes; mieux que cela! le roi français de Naples prend bientôt la position politique du pape et rend les deux partis tout à fait étrangers. Les gibelins ne sont plus que le parti allemand, les guelfes, le parti français; et Dante, pour échapper à cette honte, se fait blanc, et croit avoir été un parti à lui seul, tandis qu'il n’est qu’une variété de gibelins.
En vain l’empire disparaît dans le grand interrègne , et la papauté dans la captivité de Babylone ; la discorde reste, comme le fer dans la plaie , et l’Italie est pendant deux siècles indépendante par le fait, mais non par le droit. Il lui est donné, avec profusion , tout ce qui constitue la nationalité même : la science théologique et juridique, saint Thomas et Accurse, la richesse commerciale et industrielle, Venise et Florence, une langue, une épopée, un art, et tout cela original. Ce bien seul qui garantit tous les autres lui est refusé : une constitution politique nationale.
Ce n’est pas, au moins, qu’aucune n’y ait été essayée ; bien loin de là. Mais toutes ont dépassé ou n’ont pas atteint la mesure; aucune n’a répondu aux vrais besoins du pays. Après les essais de monarchie impériale ou sacerdotale qui dépassaient les limites de la péninsule, l’un veut l’enfermer dans le mouvant royaume de Naples, l’autre dans l’aventurière tyrannie du Milanais, ceux-là dans les étroites murailles d’une cité républicaine.
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PREFACE
Royautés, tyrannies, républiques, comment donneraient elles à la péninsule l’ordre et l’unité qu’elles ne possèdent pas? Le flot apporte ou remporte, au signal donné j>ar une reine impudique, les Angevins, les Aragonais, les Hongrois même, en vue du Vésuve. La tyrannie a trop à faire pour se maintenir sur le sol héroïque de la Lombardie ; elle ne se transmet pas, elle passe violemment des Torriani aux Visconti, de ceux-ci aux Sforza. Les républiques courent toutes les aventures d'une liberté mal constituée ; elle vont du cardeur de laine Michel Lando, à l’aventurier condottiere Gauthier de Brienne, de l’anarchie à l’usurpation. L’aristocratique Venise est plus tranquille; mais sa constitution et sa politique orientale la séparent encore plus du reste de l’Italie que ses lagunes. D'où viendrait l’unité?
C’est le même peuple cependant, car vous y rencontrez la même foi, la même pensée, le même but. 11 n’est pas un événement arrivé sur un point, auquel le reste soit étranger. Le barbare qui apparaît sur les Alpes fait trembler le pêcheur du golfe de Tarente; la parole qui tombe du Vatican ou du Capitole ébranle toute l’Italie. Du plus grand État au plus petit, du royaume de Naples à la république de Saint- Marin, tous ressentent ce que l’Italie ressent et passent par où elle a passé. En dépit de la division des États, il y a une histoire italienne, et elle n’est autre que ce llux et ce reflux de révolutions qui se propagent de proche en proche tantôt du nord au sud, et tantôt du sud au nord, le long des Apennins; comme ces feux qui, ù certaines époques, s’allument successivement sur chacun des sommets de la grande chaîne.
Le but est le môme en effet, mais les moyens sont divers; le fond est constant, mais la forme mobile. Et alors, bien que l’individu soit puissant, la masse est faible; bien que chaque chose, prise en particulier, soit grande, l’ensemble est petit. Rien ne se généralise, rien ne se fonde ; la mobilité seule et
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la discorde durent , c’est-à-dire les deux plus redoutables ennemies de toute nationalité.
C’est le danger que ressentent et que redoutent tous les poètes nationaux de l’Italie; et c’est pourquoi ils font un pénible effort aussi pour se rattacher à un principe d’unité, qu’il faille le demander au delà des monts ou l’implorer du ciel même. Pétrarque est la plus fidèle image de cette douloureuse et inquiète maladie. Il salue dans Rienzi, et avec quel espoir! la liberté qui vient réunir sous le même drapeau toute la famille italienne ; Charles IV lui apparaît comme le seul cavalier fait pour dompter la fougueuse Italie ; enfin , il voit dans Urbain IV l’intervention du Christ lui même. Mais l’empereur ne veut que rançonner l’Italie; mais le pape ne revendique que le domaine de Saint-Pierre ; mais la liberté républicaine n’est que l’oppression ou la proscription d’un parti. C’est un privilège et non un droit, une conquête égoïste et non un bien commun. La foi chrétienne, féodale et républicaine se perd, car aucune n’a pu donner l’ordre, et Pétrarque, désabusé de tout, finit par l’étude d’IIomère, sous la protection d’un Visconti.
La tyrannie et la renaissance, voilà en effet où aboutit l’Italie du moyen âge , entre les mains d’un heureux condottiere et d’un banquier libéral ! 11 n’y a plus ni parti pontifical, ni parti impérial; la péninsule est constituée en petits États indépendants sous le pouvoir d’un seul; l’Italie est princière. La politique est toute d’intérêt, d’égoïsme personnel ou local; le succès est le but de chacun , l’équilibre ■•s des forces , celui de tous. Pour y arriver tous les moyens sont bons, même la trahison et le meurtre. Le livre de Machiavel est la vraie théorie politique de l’Italie princière. L’inspiration dans les lettres n’est non plus ni chrétienne ni nationale. La foi fait place à l’érudition ; le génie italien se
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plie à l’imitation païenne. L’art est tout dans la forme; la beauté physique devient son idéal, si l’on en excepte le démenti que deux grands artistes donnent à leur siècle, parce qu’ils sont au-dessus de lui. C’était une belle chose que cette découverte de l’antiquité, une grande et profitable école que cette étude des chefs-d’œuvre de la raison et de 1 art du paganisme. Mais l'Italie fascinée s’y oublie presque tout entière, et l’admiration tue trop souvent l’originalité. Elle ne s’y est point façonnée, fortifiée comme la France, elle y a trouvé seulement de splendides obsèques.
Le saint-siège est restauré, en effet, mais ce n’est plus la grande papauté du moyen âge, ce n’est pas même celle que demande le siècle; je n’en excepte que la mort de l*ie II. Grégoire VII, Innocent 111 avaient compris le monde dans leurs desseins : les papes de ce temps n’y font pas même entrer l’Italie; ils ne voient pas au delà des États de 1 Église. Les deux tentatives de fédération de 1454 et de 1484, dont Guiociardini fait tant de bruit, ne sont que d’artificielles ébauches. Nicolas V, Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI sont des princes italiens, au même titre que les Sforza ou les Médicis, tantôt païens comme Laurent le Magnifique, ou tyrans comme Ludovic le More. Ils ne s’élèvent pas moralement au-dessus du niveau de leur temps.
C’est un siècle prospère, brillant que la fin du xve et le commencement du xvr, mais combien en somme inférieur au xmc! Son plus grand chef-d’œuvre politique n’est que la raillerie du monde de foi et d’héroïsme qui finit; l’art qui y tient le premier rang, la peinture, est le plus matériel de tous les arts. Son éclat est dans la forme ; le fond manque : la vertu et la liberté. Tous ces brillants dehors ne recouvrent que des sépulcres blanchis; et dans une de ces fêtes théâtrales, tantôt folles et tantôt lugubres, qu’il donne à la molle (4 insoucieuse Florence, un artiste déguisé en spectre,
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peut s’écrier : « Nous sommes morts, comme vous voyez, et morts nous vous verrons; nous avons été comme vous êtes maintenant , et bientôt vous serez comme nous sommes. »
Morti siam, comc vedete,
Cosl morti vedrem voi j Fumnio già corne voi siete,
Voi sarete coinc noi.
Arrivée là, l’Italie gardera-t-elle ce qui lui reste encore : l’indépendance? Hélas! qui apprécie la liberté commune, dans la ruine des libertés particulières ? et sans la vertu où est la force morale? S’il y a encore du courage en Italie, c’est un courage vénal ; le condottiere Alviano se vend à Venise, mais Trivulzio se vend à la France. Savonarole est impuissant à proscrire le paganisme et à renverser la tyrannie, à ranimer la foi éteinte et la liberté morte. Les barbares peuvent venir : le traître Ludovic le More les appelle comme un instrument d'usurpation , et le dominicain réformateur comme un instrument de pénitence.
Us viennent en effet de tous les points de l’horizon: Français, Allemands , Espagnols, Turcs même, prennent la péninsule pour champ de bataille au xvr siècle. Qui restera maître du jardin des Hespérides? Le danger est trop grand, les éléments de résistance sont trop petits , pour permettre uu saint-siège de sauver l’Italie ; c’est sa politique, au moins, qui décide quel sera, entre les rivaux, le maître de la péninsule. Le grand Jules 11 voudrait davantage; il tente une guerre d’indépendance. Il jette l’Allemand Maximilien entre Louis Xll et Ferdinand le Catholique; il préférerait voir l’Italie à l’empire qu’à la France ou à l’Espagne; car l’empire sous Maximilien n’est qu’un fantôme. Mais Jules II
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commence par attaquer une puissance italienne , et Léon X ajoute bientôt ses fautes aux siennes.
Le roi d’Espagne devient empereur; Charles-Quint réunit la Sicile à l’Allemagne, comme les empereurs du xmr siècle. C’était le temps peut-être de recommencer la lutte; Léon X scelle le pacte d’alliance ; il craint de perdre l’Allemagne qui se sépare de lui à la voix de Luther, et il livre l’Italie à la maison d’Autriche. Les Italiens croient voir la barbarie même intronisée dans le sanctuaire avec Adrien VII (// barharo pontefice). Un pape italien, un autre Médicis, Clément VII veut conjurer le péril; il est trop tard. Les troupes du traître Bourbon prennent Rome d’assaut; tout est fini, l’Italie est pour plus de deux siècles condamnée à subir la domination austro-espagnole.
Les Italiens eux-mêmes ont flétri cette servitude politique et morale ; le xvue siècle, le seicento, est pour eux le siècle de la honte. La péninsule se résigne à son malheur. Les princes qui vivent par la permission de Vienne ou de Madrid se disputent seulement le premier rang dans l’esclavage; les peuples restent plongés dans une profonde léthargie. La France grandit sans qu’on s’attache à ses promesses, l’Espagne tombe sans qu’on y cherche une espérance ; rien ne bouge, si ce n’est un duc de Savoie au pied des Alpes, et un pécheur au pied du Vésuve. S’il y a encore du courage italien , c’est au dehors qu’il se montre: Philibert-Emmanuel, Alexandre Farnèse, Montecuculli. A l’intérieur, l’ancien condottiere se fait bravo , et ses soldats sont les brigands des Apennins. La vie même paraît indifférente il l’Italie. Les travaux hydrauliques s’arrêtent dans la Lombardie , le désert se fait dans les environs de Rome , dans la Maremme et dans la Calabre. Comment les Italiens prendraient-ils soin de leur gloire? Us la renient, ils s’en prennent aux lettres, aux arts,