‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 100 sur 347 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

chrétiens contre les Mongols; il obtint d’abord un sursis; mais Frédéric refusa de comparaître dans une assemblée où l’attendait une condamnation certaine, et en son absence , malgré les larmes de Thaddée, sans consulter le concile, sans recueillir les voix, le pape Innocent IV, au milieu d’un silence plein d’effroi, déclara Frédéric II impie, sacrilège et parjure, déchu de ses couronnes d’empire, de Jérusalem et de Sicile, et ses sujets déliés du serment de fidélité, et appelés en Allemagne à choisir un nouvel empereur. « Jour de colère, de tribulations et de douleurs , s’écria Thaddée, réjouissez-vous hérétiques! races de païens, soyez satisfaites! Sarrasins et Mongols, faites vos invasions sans crainte et sans pitié ! — J’ai fait mon devoir, reprit le pape, le reste est à Dieu. »

Frédéric II se fit apporter sa couronne, la posa sur sa tête et jura qu’elle ne tomberait que dans des Ilots de sang. L’animosité des deux ennemis, en effet, épouvanta la chrétienté. De Turin, l’empereur voulut s’élancer sur Lyon pour y saisir le pape. Il en appela à tous les rois de la chrétienté, « Si je péris, leur dit-il, c’en est fait de vous. » Innocent IV prêcha une croisade contre l’excommunié, ordonna la fonte des vases et des cloches des églises, déchaîna ses moines sur l’Italie pour ranimer la résistance des villes lombardes, et dans la Sicile pour introduire la révolution communale jusque dans le royaume de prédilection de Frédéric.

L’empereur maintint quelque temps la Lombardie par Eccelino, la Romagne et la Toscane par ses deux fils naturels, le royaume de Naples par lui-même. Mais en 1247 la ville de Parme tomba aux mains du parti guelfe. L’empereur chercha en vain à reprendre cette place importante qui mettait en rapport toutes les villes guelfes. Il s’y obstina un an, et fit bâtir aux portes mêmes de Parme la ville de Vittoria pour prouver que le siège ne serait jamais levé. Le cardinal légat Grégoire, qui défendait la ville , surprit Vittoria pendant une courte absence de Frédéric, la livra aux flammes, prit Thaddée de Suessa, qui fut coupé en morceaux, et poursuivit l’empereur jusqu’à Borgo San Donnino. Presque toute la contrée, la Lunigiana et la Grafagnana redevinrent

guelfes. Un échec plus grave encore suivit celui-ci dans la Romagne; le cardinal Ottaviano Ubaldini, de Bologne, centre deses opérations, avait ramené Faenza, Forlimpopoli, Forli, sous les étendards du pape et pressait Modène et Reggio. Le jeune Enzio, à la tête de quinze mille gibelins, marcha au secours de ces deux villes, rencontra les milices bolonaises non loin d’Oliveto, fut battu, mis en fuite, trahi dans sa retraite par une boucle de ses beaux cheveux blonds, et ramené prisonnier à Bologne où on refusa opiniâtrement de le rendre à son père (1249).

Ce coup atteignit profondément Frédéric II. Il voyait tous les siens tombés comme Thaddée de Suessa et Enzio, ou traîtres comme Pierre des Vignes, qui privé de la vue par son ordre, se brisa la tête contre la muraille. Il songea à se soumettre; saint Louis fut prié de sa part d’intervenir auprès du pape ; il offrit d’abdiquer l’empire, d’aller mourir en terre sainte; il consentit à ce que l’Allemagne et la Sicile fussent partagées, mais au moins entre ses enfants légitimes. Innocent poursuivait l’anéantissement de cette race de vipères et la conquête de la Sicile ; il fut inexorable. L’empereur brisé, malade de fureur, appela de nouveaux Sarrasins d’Afrique pour se venger sur Rome ; il faillit s’adresser aux Mongols et aux Turcs; Eccelino de Romano répandit des torrents de sang pour donner la main à Frédéric; mais la mort subite de ce dernier à Fiorenzuola, dans la Capitanate (13 décembre 1250), épargna à l’Italie une dernière lutte qui eût atteint le paroxysme de la fureur et du délire. Elle annonça en même temps la chute de la domination allemande et de l’autorité impériale en Italie. Elle commença pour la péninsule une période nouvelle : celle de l’indépendance !

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