CHAPITRE X
dernier coup. 11 refusa pour son frère, et écrivit de sévères admonestations au pontife, « qui voulait avec l’erhpereur fouler tous les rois à ses pieds. »
Le courageux vieillard tenta de mettre la chrétienté entre lui et son adversaire ; il convoqua pour la fin de l’année 1241, dans l’église de Saint-Jean de Latran un concile général. Gènes, où furent envoyés deux légats, mit ses flottes à la disposition des prélats qui se dirigeaient en foule vers son port. Mais Frédéric bloqua Rome, fit attaquer Gènes par Palavicini et Malaspina, joignit ses flottes à celles de Pise et attaqua la flotte qui portait le concile, près de Meloria. Les Génois furent complètement défaits. Vingt-deux bâtiments avec leurs passagers, dont deux cardinaux, une foule d’évêques, d’abbés , de députés des villes lombardes tombèrent au pouvoir du vainqueur. L’empereur fit conduire les prélats à Pise et les chargea de chaînes d’argent. Jamais affront plus sanglant n’avait été fait au saint-siège; Grégoire lança encore l’excommunication et mourut peu de temps après à l’âge de cent ans (1241).
Innocent IV et le concile de I.yon. Mort de Frédéric II (ltlMISO).
Le conclave dura près de deux ans ; on ne pouvait s’entendre ou se réunir en nombre. Pendant cette sorte d’armistice forcé, Frédéric fut tout-puissant au midi et au centre de l’Italie. Dans son royaume méridional, il poursuivit sans obstacle, aux dépens des barons et des prélats, auxquels il ôta le droit de justice et de guerre, l’établissement de sa monarchie, fondé sur l’ordre administratif et judiciaire ; il donna de nouveaux développements à l’université de Naples , y appela des professeurs des différentes parties du monde, et embellit cette ville qui devait prendre bientôt le titre de capitale. Au centre, il rétablit presque partout la domination impériale, prodigua la menace et la raillerie au conclave impuissant, ravagea les terres du saint-siège, des cardinaux, et livra à ses Sarrasins Albano, le séjour délicieux des papes.
Mais le nord résista en attendant un pape. Dans la marche
orientale, Eccelino ajouta les exécutions aux exécutions, sans pouvoir rester le maître. A l’occident, Gènes menacée quelque temps par les villes gibelines, par les Palavicini et le Montferrat, prit enfin le dessus ; grâce à son podestat, Ansald de Mari, elle fit une paix honorable avec le marquis et avec les villes de Verceil et de Novare qu’elle ramena même dans le parti guelfe. L’élection de Sinibaldo Fieschi, sous le nom d’innocent IV, répondit enfin à l’attente du parti guelfe (1243).
Sinibaldo Fieschi était un caractère fier, un profond canoniste, un homme d’énergie ; mais il avait plus d’ambition que de foi ; encore ami de Frédéric, la veille de l’élection, il était le lendemain même son ennemi déclaré, comme l’avait prévu l’empereur. Les Mongols menaçaient alors nonseulement l’empire latin et Jérusalem, mais la chrétienté tout entière ; il no songea qu’aux intérêts politiques du saintsiège. Après quelques commencements de négociations au succès desquelles aucun des deux partis n’avait foi, il s’entendit avec le podestat de Gènes prévenu de tout, s’échappa par Sutri et s’embarqua à Civita Vecchia; reçu avec enthousiasme dans le port de la ville fidèle, il détacha chemin faisant Alexandrie et Astide l’empereur, et ne s’arrêta que dans la ville libre de Lyon, où il convoqua pour l’année 1245 le concile que Grégoire IX n’avait pu rassembler.
Un concile, en effet, paraissait bien nécessaire. L’empereur latin Baudouin II y vint implorer le secours du pape pour son empire déjà en ruine ; des templiers vinrent dépeindre le triste état des colonies syriennes. Innocent IV ne pensa qu’à sa querelle : « Détruisons d’abord le dragon, disait-il, les serpents seront bientôt écrasés. »
La nouvelle de l'évasion du pape et de la réunion du concile, où l’on ne compta cependant que cent quarante membres, frappa Frédéric comme un coup de foudre. 11 envoya pour se défendre contre les accusations d’hérésie, d’impiété et d’alliances sacrilèges avec les Sarrasins , son chancelier Pierre des Vignes , et son grand justicier Thaddée de Suessa: le premier se tut , le second vengea son maître par d’éloquentes paroles et promit de sa part de partir à la tête des