LES VÊPRES SICILIENNES; CHUTE ET MORT DE CHARLES D’ANJOU
— L’ARISTOCRATIE LOMBARDE ET LA DÉMOCRATIE TOSCANE; RIVALITÉ DE FLO- RENCE ET DE PISE, DE GÈNES ET DE VENISE (1285-1294). — BONIFACE VIII ; CHUTE POLITIQUE DE LA PAPAUTÉ (1294-1303).
Chute de la domination allemaude ; Conrad IV (1*50-1 *51).
L’indépendance de l’Italie, compromise à Cortenuova par la défaite des républiques, avait été sauvée en réalité par la papauté à Lyon. Au delà des Alpes, le fils de Frédéric II, Conrad IV, roi des Romains, paraissait avoir trop à faire contre les anticésars qui lui étaient opposés , pour songer à l’Italie. En deçà des Alpes, au midi de la péninsule, un fds de Frédéric II, Manfred, prince de Tarente, déclaré par le testament de son père vice-roi des Deux-Siciles en l’absence de Conrad, était de naissance illégitime et âgé seulement de vingt ans ; au nord, Eccelino de Romano, que sa conduite passée et ses fureurs attachaient invariablement au parti gibelin, s’était fait détester de tous. Une politique prudente pouvait achever ce que la guerre la plus terrible avait commencé.
i. Voy., pour ce chapitre, les histoires particulières des villes dans la collection de Muratori ; Verci, Storia degli Eccelini ; Malespini, Historia Florentina ; J.'Yillani, Istorie Florentine; Alexis de Saint-Priest, Histoire de la conquête de Naples par Charles d'Anjou. s
L’ambition empêcha Innocent IV de le comprendre. A son retour en Italie (1251), il avait joui d’un véritable triomphe. Tous les Génois avaient couru au-devant du pontife leur concitoyen. L’ovation de Milan surpassa encore celle de Gènes. La multitude, rangée sur le passage du pontife, couvrit la route jusqu’à dix mille pas hors des murs. Innocent crut le moment venu de rétablir la domination du saintsiège dans toute la péninsule. Il tint cour plénière dans la capitale de la Lombardie, revendiqua la propriété entière du royaume de Sicile, prononça entre les factions de Lodi, nomma de sa propre autorité le podestat de Milan, et lança l’excommunication contre Eccelino dans la Marche, contre Doara dans Crémone, et contre Palavicino dans Plaisance. A la nouvelle que les guelfes, reprenant le dessus à Florence, rétablissaient un podestat avec une seigneurie de douze anciens, et que les villes de Naples, de Capoue, de Foggia, d’ A verse se soulevaient à sa voix contre Manfred, il se dirigea par Mantoue, Ferrare et Bologne sur Rome, pour réaii- .ser ses vastes projets. Mais il avait déjà mécontenté par ses exigeances plus d’une ville, entre autres Milan, où il avait soutenu trop vivement les privilèges de quelques moines; les Italiens ne prétendaient pas avoir changé seulement de domination.
Rome, lasse comme la plupart des autres républiques de la turbulence des nobles , avait confié le pouvoir pour trois ans à un Bolonais du nom de Brancaleone, qui ne l’avait accepté que comme une dictature. Ce rude sénateur, qui ne souffrait pas un délit sans le punir, qui rasait les maisons fortifiées des gentilshommes au moindre prétexte, et laissa un souvenir cher aux Romains, commença à dissiper les rêves d’Iiqiocent IV, qui voulait faire ses conditions avant d’entrer dans la ville. Sous prétexte qu’il était malséant à un pape d’errer sans feu ni lieu, il enleva Innocent, l’amena dans Rome bon gré mal gré, l’y surveilla et le tint en bride tout comme un autre.
L’arrivée et les rapides succès du jeune Conrad IV, le fils et le successeur de Frédéric II, vainqueur de ses compétiteurs allemands , firent craindre un instant que tout ne fût