CHAPITRE XI
pas encore fini par la mort de Frédéric. Les flottes de la Sicile et de Pise avaient débarqué Conrad dans son royaume de Naples, au pied du montGargano; il n’eut qu’à se présenter sur un terrain bien préparé par Manfred pour se faire reconnaître partout. L’abbé du Mont-Cassin, qui avait le premier arboré le gonfanon pontifical, vit les Sarrasins de Lucera escalader sa montagne crénelée, Naples fut emportée d’assaut, et Conrad fit mettre un mors au cheval de bronze, symbole de l’antique Parthénope.
Milan, effrayée, prenait déjà pour capitaine général un serviteur de Conrad IV, le marquis de Lancia, oncle de Manfred, et dans la Toscane, Florence avait besoin de son année des victoires (1254) due à l'habileté de son podestat, Pietra Santa, pour maintenir ferme le drapeau guelfe.
La mort prématurée de Conrad IV mit soudainement un terme à la lutte qui recommençait. 11 ne laissait pour héritier qu’un ; enfant, le jeune Conradin. Les grands vassaux allemands ne tinrent point compte de ce dernier rejeton légitime de Frédéric II; ils offrirent la couronne impériale à des étrangers, à un Richard de Cornouailles, à un Alphonse de Castille, qui ne mirent jamais le pied dans leur empire, et ainsi donnèrent lieu à ce grand interrègne , qui ne permit plus à l’Allemagne, pour longtemps, de peser sur l’Italie. L’empire allemand, comme épuisé après tant de luttes, tombait pour ainsi dire de lui-même et affranchissait la péninsule de toute domination étrangère. Heureuse celle-ci s’il l’avait également délivrée de toute discorde.
Clcvutlon de Manfred et deM podcNtata ; chute d'KeeelIno de Koniano; Carinata dcgll t'bertl (1 *54-1 *BO).
Mais l’empire en se retirant laissait dans la plaie Iç fer dont l’Italie devait longtemps souffrir, et la papauté victorieuse des Hohenstauffen, mais non sans dommage pour sa puissance matérielle et morale, n’avait plus assez d’autorité et de force pour faire écouter ses conseils à la péninsule ou l’astreindre à ses volontés. L’ambition des podestats, au sein des villes, avait eu encore plus beau jeu dans la dernière lutte que dans la 'première. Dans la marche de Vé-
LE GRAND INTERRÈGNE ET LA MAISON d’aNJOU (1250-1303). 201
rone, d’où était partie la première étincelle de la révolte lombarde, Eccelino dominait maintenant en maître à Padoue, à Vicence, à Vérone; Albéric, son frère, à Trévise. Le comte de Saint-Boniface était également tout-puissant à Mantoue; Paul Traversari avait longtemps dominé à Ravenne ; à Ferrare , le marquis d’Este succéda comme guelfe au pouvoir longtemps exercé par Salinguerra. La ville de Milan, la première des républiques lombardes, en 1241, lasse il est vrai des factions de la noblesse, avait nommé capitaine du peuple, avec de pleins pouvoirs, un puissant seigneur, Pagano délia Torro , qui l’avait sauvée d’une ruine complète après la défaite de Cortenuova. A (iènes, Ansald de Mari podestat, avait été longtemps tout-puissant. Dans la Romagne enfin, les Manfredi, les Malatesti apparaissaient déjà à la tête des villes de Faenza et deRimini. Les villes de la Toscane seules conservaient encore sans atteinte cette liberté qu’elles avaient conquise après les autres et qu’elles devaient conserver plus longtemps. L’aristocratie féodale des podestats survivant à la lutte, restait , au nord de la péninsule, aux prises avec la bourgeoisie des municipalités.
Au midi, le royaume créé par le saint-siège, organisé par les empereurs souabes des deux côtés du Phare , était une autre cause de discordes. Seul État monarchique dans la péninsule, il était en opposition naturelle avec toutes les cités libres. Vassal des papes, il excitait leur haine et leur ambition • œuvre d’aventuriers heureux jetés sur la route de la Palestine, il était le rêve de tous les chercheurs d’aventures, un appât permanent pour 1 étranger. ... ,
Le devoir du saint-siège eût peut-être ete de chercher a constituer l’unité de la péninsule en dépit de tous ces éléments discordants, pour mettre sa puissance et la liberté de l’Italie à l’abri de nouvelles entreprises. Innocent instruit par ses premiers désappointements, parut le comprendre en Lombardie, où il ménagea son ennemi Eccelino de Romano, le plus puissant des podestats. Mais au midi, égaré par 1 ambition et par la haine, il ranima une guerre qui pouvait s’éteindre en persistant à prétendre au royaume de Naples et à poursuivre les derniers rejetons de Frédéric, Le jeune