‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 116 sur 347 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

goire VII et d’innocent III. La réponse de Philippe le Bel fut ' dure ; il coupa les vivres au saint-siège , en interdisant l’exportation de l’argent monnayé hors de ses États. Les Colonna, chassés, allèrent semer partout la haine et la défiance contre le nouveau pontife. Les Siciliens, en dépit des anathèmes pontificaux, refusèrent de retomber sous la domination angevine, et prirent pour roi le frère de don Jayme, Frédéric, dont le nom leur rappelait un souvenir cher. A. Florence, le cardinal légat vit son arbitrage refusé par les blancs, qui étaient en majorité dans la seigneurie ; il jeta l’intérdit sur la ville et mécontenta tout le monde.

Boniface VIII tempéra un instant l’ardeur de son ambition. En s’adoucissant, il obtint quelques concessions de Philippe le Bel satisfait d’ailleurs qu’il eût fait monter sur le trône de Hongrie un Français, Charobert, petit-fils du roi de Naples Charles II. Mais l’an 1300 exalta de nouveau l’imagination du pape. Il avait décrété le yrand pardon séculaire pour ceux qui visiteraient pendant cette année, les tombeaux des apôtres Pierre et Paul ; et deux cent mille chrétiens vinrent chercher cette rémission des dettes du ciel. Boniface n’y tint pas, il se crut tout-puissant. On le vit paraître dans les rues de Rome ceint de la couronne et revêtu de la pourpre impériale qu'il contestait à Albert d’Autriche. Deux hérauts le précédaient, portant l’épée, le sceptre et le globe; et disant « il n’y a pas d’autre roi des Romains que le souverain pontife » ou encore « il y a ici deux épées; Pierre, tu vois ici ton successeur, et vous, ô Christ, votre vicaire. >»

Le maître du monde ne ménagea plus rien. En 1301 , il entra de nouveau en lutte avec Philippe le Bel à propos des régales, et excommunia ses légistes et ses serviteurs. Il manda en Italie Charles de Valois, frère du roi de France, Philippe le Bel, et le créa comte de Romagne, capitaine du patrimoine de Saint-Pierre, seigneur d’Ancône, pacificateur de la Toscane, vicaire impérial de Lombardie, pour établir la paix, c’est-à-dire son autorité dans l’Italie, et chasser de Sicile Frédéric l’Aragonais. Les promesses ne lui coûtèrent pas pour décider Charles de Valois; il se fit fort de lui faire épouser l’héritière de l’empire latin , Catherine de

Flandre, et à défaut de cette couronne, encore à conquérir, lui promit son appui auprès des électeurs jllemands pour celle de l’empire d’Occident.

Entré à Florence à la tête d’un assez grand nombre de gens d’armes, grâce seulement, dit Dante , à l’arme dont se servit Judas, Charles de Yalois y laissa pour longtemps la discorde et la haine. Poussé par le pape , qui était irrité par le refus des blancs , et avait d’ailleurs ses banquiers parmi les noirs , il se déclara pour ces derniers , les laissa courir sus à lqurs ennemis , enlever leurs filles , brûler leurs maisons, et jeta ainsi parmi les adversaires du saint-siège le parti blanc , qui , par une de ces évolutions fréquentes dans l’histoire des factions italiennes , représenta dès lors le principe gibelin. Il ne quitta pas Florence sans avoir cherché à affermir les noirs et porta contre une centaine de familles du parti blanc une sentence d’exil où furent enveloppés le poète Dante, comme prieur des arts, et le père de Pétrarque.

L’unanimité des Siciliens contre le joug angevin, et la valeur de leur nouveau roi, Frédéric 111 , n’offrirent pas une carrière si facile au protégé de Boniface dans la Sicile ; battu dans plusieurs rencontres au cap Orlando et à Falconara , il fut heureux que Frédéric voulût bien renoncer au titre de roi de Sicile , tout en gardant l’ile entière avec le nom de roi de Trinacrie (1302), substitution de titre inventée pour sauver l’amour-propre de Charles de Naples et la vanité du saint-siège, qui ne voulait jamais paraître céder.

Boniface Ylli ne gagna à tout le mouvement qu’il s’était donné que la haine ou au moins le mécontentement des Italiens, et il s’en aperçut bien quand le roi de France, Philippe le Bel, frappé déjà de deux bulles et près d’être excommunié, fit mettre la main sur lui au sein même de la péninsule. Guillaume de Nogaret, un des principaux conseillers du roi de France, avait décidé son maître à terminer sa lutte avec le saint-siège par un coup hardi, et s’était chargé de l’exécution. Arrivé en Italie, sous prétexte de traiter avec le pape, il fut rejoint par les Colonna, reçut de l’argent des Florentins, pénétra en Toscane et machina tout, à loisir, au château de Staggia. Le pape était à Anagni. 11 préparait

Page 1