‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 120 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mains de podestats ou de seigneurs étrangers , pour échapper aux rivalités des Doria et des Spinola. Venise, maîtresse de l’Adriatique , d’une partie des îles et des côtes de la Grèce , de plusieurs points du littoral en Asie et de l’île de Candie , entretenait à la fin du xiii*- siècle trois cents gros navires et quarante-cinq galères , toujours complètement armés et un nombre double de vaisseaux marchands; ses flottes étaient montées par trente-cinq mille marins; ses seules constructions navales occupaient dix mille ouvriers. Sans négliger Constantinople et la mer Noire, elle fréquentait principalement l’Égypte et Alexandrie ; mais son ambition jetait plus loin les yeux ; et Marco Polo, son célèbre voyageur, en pénétrant jusqu’au fond de l’Asie, indiquait à son activité de nouvelles contrées. La ville de' Gènes , qui n’était pas moins riche en navires, exploitait, avec les côtes de l’Espagne et de la France, celles de l’Asie Mineure, les Dardanelles où elle avait à Constantinople le faubourg de Pera, et la mer Noire au fond de laquelle sa colonie de CafFa prenait le nom de reine de la Crimée. Les soieries de la Chine, les épices, les bois de teinture, les pierreries de llnde, les parfums de l’Arabie, les tissus de Damas , le sucre du Levant, l’or et les plumes d’Afrique étaient les principaux objets que les deux républiques marchandes répandaient dans toute l’Europe, et faisaient pénétrer même par le Rhin jusqu’aux Pays-Bas, en Angleterre * en Suède et en Danemark.

Les villes de l’intérieur n’étaient pas en retard sur celles de la côte. Les manufactures y étaient très-actives, surtout celles de laine et même celles de soie. L’ordre des Humiliés en Lombardie avait gagné d’immenses richesses en introduisant dans ce pays l’industrie de la laine. Milan était toujours la reine de la Lombardie par sa population et son industrie. En 1288, elle comptait, selon Giulini, treize mille maisons, six mille fontaines , quatre cents fours à boulangers , cent cinquante hôtelleries, et près de deux cent mille habitants. Les fabriques d’armures, de harnais, de selles, de draps fins, y étaient très-nombreuses. D’autres villes la suivaient quoique de loin. En 1300, il se fabriquait à Vérone vingt mille

pièces de drap par an. Florence, au dire de Villani, était la plus prospère des villes de la Toscane. Elle comptait vingtcinq mille hommes en état de porter les armes; quatrevingt-dix mille habitants dans Florence même, et quatrevingt mille dans le territoire de la ville. 11 y avait cent dix églises en comptant celles des faubourgs, deux cents tissages de laine qui occupaient trente mille ouvriers et expédiaient quatre-vingt mille pièces de drap d’une valeur de douze mille sequins. Pise perdait un peu; à Sienne, qui expédiait beaucoup pour le Levant, la taxe de quatre livres, payée pour chaque pièce de drap exportée, était affermée six cents sequins.

Un système hydraulique , fortement conçu et rigoureusement appliqué, dans la Lombardie et la Toscane; une distribution salutaire des eaux dans les vallées du Pô, le terrassement régulier du bassin en amphithéâtre de l’Arno, si favorable à la vigne , au figuier, à l’olivier ; l’exploitation de la terre par des métayers, substituée presque partout au servage , grâce aux affranchissements faits par les bourgeois des villes devenus propriétaires , et même par quelques nobles ou prélats désireux de s’attacher les habitants de leurs domaines, faisaient marcher l’agriculture du même pas que l’industrie. Le plus considérable des travaux do canalisation entrepris à cette époque, le Naviglio Grande qui conduit les eaux du Tessin à Milan , était achevé à la fin du xm* siècle.

Entrepôt du commerce continental , l’Italie était aussi devenue comme le centre du mouvement financier de l’Europe. La cour de Rome, qui percevait des fonds du monde entier, avait donné l’exemple de faire voyager les valeurs par une sorte de commerce de banque, et avait bientôt trouvé des imitateurs ; les lettres de change circulaient déjà en Italie dès le commencement du xue siècle. Le système du crédit public avait été découvert et appliqué par l’établissement de Monti ou banques d’État à Venise dès 1156, un peu plus tard, mais sur une plus grande échelle à Gènes dans la banque de Saint-George et à Florence. Les Lombards ne méritaient pas seuls que leur nom devînt synonime de celui de banquiers ou de prêteurs. Les Florentins,

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