CHAPITRE XII
deuse ville de la Gaule. » Le roi de Naples , sur ses vieux jours , tout à une science un peu pédante , au milieu de son palais rempli de savants, enthousiaste de Virgile, auquel il élevait un tombeau sur le Pausilippe, l’avait proclamé poète par excellence. Visconti, dans une fête solennelle, lui avait fait prendre rang au milieu des princes. Les Gonzague , les Corregge, les Malatesta, lui offraient la plus magnifique hospitalité. Florence le faisait supplier, par un jeune homme de grande espérance, Boccace, d’honorer la patrie de son retour. Un orfèvre de Bergame , pour le posséder une nuit dans sa maison , faisait décorer une chambre et dorer un lit qui ne devait servir que cette seule fois. On rivalisait pour offrir à ce souverain d’un nouveau genre le vivre et le gite qu’on accordait maintenant si parcimonieusement à l’empereur. Au jour de Pâques de l’année 1341 , enfin, le peuple de Borne avait décerné d’enthousiasme au poète ce qu'il marchandait aux césars; et Plutarque, couvert du manteau de pourpre, monté au Capitole, avait reçu la couronne de laurier des mains du sénateur, au milieu des cris de : « Vive le Capitole et le poète ! »
Ce fut un simple Romain, le fils d’un porteur d’eau , disciple de Pétrarque, qui tenta de relever Rome et l’Italie par cet enthousiasme de l’idéal qui avait éclaté avec tant de vivacité au couronnement du poète. Nicolas Rienzi, à Rome, avait conquis l’estime des savants par sa profonde connaissance de l’antiquité, et l’admiration du peuple de Rome par l’éloquence avec laquelle il interprétait les monuments de la puissance et de la liberté républicaines que les Romains, dans leur insoucieuse servitude, ne connaissaient plus. Envoyé en ambassade à Avignon , il avait été nommé vicaire apostolique par Clément VI. Bientôt, mécontent que le pape ne consentît point à revenir à Rome, aigri par le meurtre d’un frère victime de la vengeance d’un noble, il renouvela, avec quelques différences, l’entreprise de Crescentius et d’Arnaud de Brescia. A force de remettre sous les yeux des Romains les souvenirs d’une antiquité que rendait plus réelle et plus vivante à Rome le spectacle d’une grandeur en ruine, mais encore imposante, il parvint à exciter, chez
un peuple facile à émouvoir, la honte de l’état présent, et l’enthousiasme du passé. A l’entendre, il suffisait de restituer à Rome les vieilles formes du gouvernement des héros de Tite Live, ce qu’il appelait le bon État , pour lui rendre sa prospérité et sa grandeur. A la différence de Crescentius, ce n’était point.pour les nobles, mais pour le peuple qu’il voulait changer les institutions romaines. A la différence d'Arnaud de Brescia, il faisait sa part aux nécessités présentes, à l’autorité pontificale dans ses projets de restauration démocratique. Il se montrait souvent accompagné d’un légat du pape quand il réunissait le peuple autour de lui au Capitole, sur le mont Aventin, ou en face de quelque monument qu’il savait faire parler pour le besoin de sa cause. Enfin le 19 mai 1347, après avoir entendu la messe à Saint-Jean de Latran, il convoqua le peuple au Capitole et y marcha luimême tout armé. Le légat du pape était près de lui; une foule de jeunes gens portant des étendards et des branches de laurier l’entouraient. 11 harangua le peuple du haut du grand escalier encore assez bien conservé ; il évoqua la vieille Rome tout entière; le peuple tout d’une voix demanda le buono Stato, et proclama Rienzi tribun , pour rétablir. Le nouveau maître de Rome commença par réprimer la turbulence et les crimes de la noblesse ; soutenu d’abord par l’enthousiasme de tous, et trouvant de dociles instruments dans les treize caporioni nommés dans les différents quartiers de la ville , il s’empara des portes, fit pendre quelques brigands, imposa assez aux Orsini , aux Colonna , aux Savelli pour les forcer à venir jurer la paix sur l’Évangile. 11 annonça l’organisation de milices urbaines et d’une force navale sur les côtes, une prompte et bonne justice, l’établissement de greniers publics dans la ville pour y entretenir l’abondance, et de nombreuses aumônes pour les pauvres , les veuves et les orphelins de ceux qui mourraient en défendant la patrie.
L’entreprise de Nicolas Rienzi , accueillie en Italie comme elle était exécutée à Rome, avec cet enthousiasme rétroactif que Pétrarque - avait contribué à faire naître, parut un instant couronnée d’un plein succès. Les petits seigneurs de Viterbe, d’Orviéto, d’un grand nombre de petites villes