‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 134 sur 347 · I.c poëte Pétrarque et le tribun Slcola» RienzI · texte numérisé non relu

I.c poëte Pétrarque et le tribun Slcola» RienzI

Au milieu de ces désordres, la ville de Rome avait encore descendu plus bas les degrés de l’anarchie. Toujours sous l’autorité nominale des papes, qui choisissaient le sénateur, mais sans avoir au moins les avantages de leur présence, Rome , sans gouvernement réel , était en proie aux factions des Colonna et des Orsini. Ceux-ci , retranchés dans le Colisée ou dans les autres ruines de la grandeur romaine, se livraient des combats acharnés, et ne s’entendaient que pour piller les habitants , déshonorer leurs femmes , dépouiller les églises et rançonner les pèlerins. Le sénateur, le préfet et les caporioni ou chefs de quartier n’y pouvaient rien.

Après la chute de la papauté et de l’empire, et dans la défaillance de la liberté, il fallait un mobile bien puissant pour arraeher l’Italie à ses misères. Sur la foi d’une idole nouvelle

qu’ils s'étaient pris à adorer , sur la foi de l’art qui semblait leur rendre, dans les régions de l’idéal , tout ce qu’ils perdaient dans le monde réel , les Italiens s’efforcèrent un instant d’échapper à la décadence qui les menaçait. Dante, aussitôt après sa mort, en 1321 , avait trouvé >< la vie qu’il avait cherchée de son vivant, » l’immortalité « chez ceux qui appelleront son temps le temps antique. »

« Yita Ira coloro

Che questo tempo chiameranno antieo. »

Son poème, avidement dévoré dans toute l’Italie, malgré et peut-être à cause de « l’àpreté d’un fruit si fortement acide, » devenait déjà l’objet d’une sorte de vénération religieuse. De toute part on entreprenait de l’expliquer et de le commenter comme un livre national et sacré. Visconti rassemblait les hommes les plus savants de l’Italie , deux théologiens, deux philosophes et deux antiquaires, pour interpréter le texte hiératique. Florence , honteuse d’avoir forcé son plus illustre citoyen « à monter et à descendre l’escalier de l’étranger, » redemandait les saintes reliques au seigneur de Ravenne da Polenta , en attendant qu’elle fondât une chaire exclusivement consacrée à la lecture et au commentaire de la Divine comédie.

Jalouse de ne plus se faire accuser de barbarie et d’ingratitude , l’Italie tout entière se mettait aux pieds du successeur de Dante , et traitait à l’égal d’un empereur ce roi d’une nouvelle patrie. Fils d’un Florentin exilé, nourrissant deux passions idéales, l’une pour l’ancienne gloire de Rome, l’autre pour une noble dame d’Avignon , Laure , femme du syndic, Hugues de Sade, Pétrarque , par ses hexamètres latins, où il célébrait l’antique maîtresse du monde, et par ses canzones modernes , où il chantait la dame de ses pensées, avait ébranlé vivement les deux cordes du souvenir et de l’amour, toujours vibrantes au fond de toute âme italienne. Nobles, peuple, pape, roi ou prince le comblaient d’honneurs à l’envi. La cour d’Avignon le choyait , malgré les reproches violents qu’il adressait aux papes pour avoir « échangé la splendide reine du monde contre une hi-

Page 1