I.a peste de 1348 et le Jubilé de 1330; Boceaee
La chute parut d’autant plus profonde quand on retomba dans la réalité de ces hauteurs de l’idéal. Rome fut en proie à une anarchie plus violente qu’auparavant. A Florence, la noblesse, le peuple gras et le peuple maigre s’entre-déchirèrent et firent succéder les constitutions aux constitutions. En Lombardie, Luchino maintint Pavie révoltée par la téiv reur, et reprit Parme, Tortone et Alexandrie qui avaient échappé à sa famille. Jeanne de Naples, après le départ éw Louis de Hongrie, qui était un instant resté maître du* royaume , fut rappelée par les barons et rentra dans sa ca-
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pitale avec son ancien amant pour époux et une sentence d’absolution délivrée par le pape en échange de la ville d’Avignon (1348). Les mercenaires amenés par le roi de Hongrie et par Jeanne, n’ayant plus rien à faire au midi de la péninsule, se réfugièrent de nouveau sous Guarnieri pour mettre le pays à contribution. Une peste affreuse, à laquelle Boccace a fait donner le nom de peste de Florence , pour l’avoir admirablement décrite, comme Thucydide, dans l’antiquité, avait illustré la peste d’Athènes, vint mettre le comble aux maux de l’Italie. Elle emporta Luchino Yisconti, Jean Yillani et bien d’autres. Les effets produits par ce fléau, qui enleva trois personnes sur cinq, furent encore plus déplorables que le fléau lui-même. Les âmes y perdirent tout ressort et se réfugièrent dans un égoïsme honteux ou dans une folle licence. Descendu des hauteurs du symbolisme reigieux et passionné de Dante , ou de l’enthousiasme idéal de Pétrarque, l’art, dans le Décaméron de Boccace , fut mis au service d’un épicurisme élégant qui glissait volontiersjusqu a l’obscénité, et ne servit plus qu’à distraire les imaginations du spectacle de leurs maux et de l’universelle décadence.
Le pape Clément YI essaya vainement de relever les âmes, en l’année 1350, par la publication d’un jubilé. Une merveilleuse et innombrable multitude de pèlerins, selon Mattéo Yillani , qui porte leur nombre à douze cent mille , accourut de toutes les contrées de l’Europe où la peste sévissait encore, et se succéda aux saintes basiliques. Toutes les maisons de Rome , transformées en hôtelleries , ne suffirent point à héberger les étrangers, qui campèrent dans les rues. À l’exhibition du saint suaire du Christ dans l’église de Saint-Pierre, on compta plusieurs fois jusqu’à six , douze personnes étouffées ou foulées aux pieds. Mais en Italie, l’effet moral de cette expiation fut petit. On y savait qq’à, Avignon, depuis Jean XXII, il se faisait commerce d’abbayes, d’évêchés, d’indulgences; le légat du pape, pendant tçute l’année du pèlerinage, avait augmenté les impôts des Romains , et ceux-ci , suivant l’exemple qui leur était donné, avaient cherché à s’indemniser en interdisant aux étrangers l’importation des denrées dans la ville, afin de vendre les
captivité de babtlone, tyrannies et républiques. 263
leurs à un plus haut prix. Le jubilé ne fut, pour l’Italie , qu’une spéculation dont le reste de la chrétienté fit les frais.
Jean Visconti, les papes Clément VI et Innocent TI; guerre de Isptema entre Cènes et Venise; l'empereur Charles de Luxembourg ; 1350 1 3 ifl
Aussi après la tentative malheureuse de Rienzi , la peste de 1348 et le jubilé de 1350, les villes de l’Italie marchèrent plus rapidement vers leur asservissement politique.
On ne vit plus seulement quelques cités tomber isolément sous de petits usurpateurs. Parmi les seigneurs, les plus puissants voulaient maintenant se tailler aux dépens de la liberté de petits États dans la péninsule ; heureuse après tout celle-ci, s’ils avaient pu fonder des établissements assez forts pour sauver l’indépendance commune après avoir détruit les libertés particulières. Mais là aussi les ambitions rivales étaient en présence. Le pape Clément VI voulait alors mettre à profit les bénéfices considérables qu’il avait faits; pour faire rentrer les villes de la Romagne sous la domination de l’Église, il mettait un certain Hector de Durfort, à la tête d’une armée, et le créait comte de Romagne. D’un autre côté, Jean Visconti, d’abord archevêque de Milan , puis devenu son seigneur par la mort de son frère Luchino, en 1349, faisait servir ses deux pouvoirs à l’agrandissement de sa maison , « défendant la croix avec son épée, et son épée avec la croix, » comme il aimait à le répéter en faisant porter l’une et l’autre devant lui. Le saint-siège et Visconti se trouvèrent en rivalité. Pendant que Bologne , toujours soumise aux Pépoli , se défendait contre Durfort et implorait les Florentins, Visconti trompa les uns et les autres, acheta la ville des Pépoli, qui la trahirent honteusement après l’avoir usurpée, et obtint même , en menaçant, la ratification du marché par Clément VI , moyennant une redevance de douze mille florins.
On tenait la Romagne par Bologne; pour avoir la Toscane, il fallait Florence. Après avoir fait alliance avec tous les petits tyrans de la Toscane, les Tarlati, les Castracani et autres, Jean envoya contre Florence le nouveau gouverneur de Bologne ,