‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 138 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Oleggio , au moment où elle cherchait à se mettre en garde par l'occupation de Prato et de Pistoie. L’échec éprouvé par Oleggio ,au siège de Scarpéria , l’alliance vigoureuse des quatre communes guelfes de Florence, Pérouse, Sienne, Àrezzo, la neutralité de Pise , qui faisait toujours passer les intérêts de la liberté avant les conseils de la passion, forcèrent Jean Visconti à accorder à Florence la paix de Sarzane (1353).

Mais l’imprudence de Venise et de Gènes, seules capables encore de défendre avec Florence le principe républicain devant les progrès du despotisme, permit au seigneur milanais de réparer cet échec. Les Génois , après avoir fortifié Péra à Constantinople , Caffa en Crimée , avaient fait l’occasion belle à la jalousie de Venise , en indisposant contre leur despotisme commercial l’empereur Cantacuzène et les Tartares de Crimée. Les deux républiques se cherchaient encore sur toutes les mers et conjuraient leur ruine. En 1352, le Génois Paganino Doria avait surpris l’amiral vénitien Pisani , près de Gallipoli dans le Bosphore, et l’avait battu au milieu d’une tempête. L’année suivante, une victoire de Pisani, qui se vengea glorieusement en vue de Cagliari , jeta les Génois dans un tel découragement, qu 'abattus, dit Villani, comme des femmes peureuses , ils offrirent la seigneurie de Gènes et des deux rivières à Jean Visconti , dans l’espoir de frapper Venise avec l’aide de ce puissant seigneur.

L’an 1354, en effet, Paganino Doria, avec une nouvelle flotte que les richesses du podestat avaient aidé à équiper, alla chercher les Vénitiens dans le golfe de Sapienza en Morée, y détruisitleur flotte etfitleuramiral prisonnier (1354). Des désordres civils , rares à Venise depuis l’établissement du conseil des Dix , affaiblirent encore plus l’aristocratique république que cette défaite. Le doge Marino Faliéro , vieillard fier et jaloux, humilié de l’impuissance du premier magistrat de la république, aigri d’ailleurs par un outrage personnel, voulut profiter de la défaite essuyée par une noblesse tyrannique pour renverser le conseil des Dix et la constitution. La conspiration fut découverte à temps; la tête du doge, jugé secrètement par les Dix, assistés de vingt

seigneurs, roula du haut de l’escalier des Géants devant le peuple consterné. Mais le nouveau doge, Gradenigo, craignant quelque éclat du mécontentement' populaire, devait se hâter de faire la paix avec Gènes , de payer les frais de la guerre, et de renoncer pour les Vénitiens au commerce de la mer Noire (sept. 1355).

Jean Visconti attaquait déjà les seigneurs à leur tour ; il excitait des soulèvements à Vérone, à Ferrare, à Mantoue, contre les Scala, les d’Este, les Carrare. Le nouveau pape , Innocent VI , effrayé, envoyait son légat Àlbornoz en Italie pour recouvrer ou défendre les États de l’Église, et encourageait l’empereur Charles IV à passer en Italie. Mais Jean mourut subitement, et laissa sa succession à trais neveux, qui brisèrent sa puissance en se la partageant , et abandonnèrent l’Italie aux entreprises pontificales.

Innocent VI prit les devants sur Charles IV, qui préparait une expédition dans la péninsule, et pour avancer ses affaires joignit au cardinal-légat Nicolas Rienzi. Celui-ci , depuis sa fuite de Rome , s’était retiré d’abord au milieu des Fraticelli des Apennins, puis avait été proposer un projet de réforme universelle à Charles IV, qui venait de le] livrer à la cour d’Avignon. Les Romains forcèrent à se démettre de sa charge un préfet qu’ils s’étaient donné, pour courir au-devant de celui dont la mémoire leur était encore restée si chère. Le légat le nomma sénateur, le décora du titre de chevalier, mais se servit de lui pour rétablir la tranquillité et mettre à Rome un nouvel impôt sur les vins et sur le sel. L’ancien tribun devenu l’instrument du saint-siège , celui qui avait promis autrefois l’assistance aux nécessiteux de Rome créateur de nouvelles taxes, perdit tout crédit. Le peuple, à la première occasion, se souleva. Nicolas Rienzi essaya de parler, mais son éloquence fut impuissante ; obligé de fuir sous un déguisement au milieu de son palais en flammes, il fut bientôt atteint, reconnu, traîné jusqu’au bas du Capitole par des furieux et mis à mort (1354). Le légat Albornoz sut en profiter; soutenu d’un seigneur de Camerino, chef d’une petite bande, il commença l’œuvre du rétablissement de l’autorité pontifi-

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