‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 142 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

d’affamer cette ville , qui tirait sa subsistance de la Romagne, envoya le chef de la compagnie blanche, Hawkwood, ravager les moissons, dans l’espoir de l’amener à sa soumission. Les Florentins, indignés, formèrent une commission de huit membres, nommés les huit de la guerre , pour se venger des légats, conclurent une ligue avec Sienne, Lucques et Pise, et traitèrent , de leur côté aussi , avec Visconti pour arracher la Romagne à l’Eglise.

Barnabo, arbitre de tous, n’eut qu’à laisser faire; une armée considérable, rassemblée par la ligue avec un drapeau sur lequel était [écrit en lettres d’or le mot : Liberté ! passa les Apennins et appela toutes les villes soumises par Albornoz à la révolte (1376). En dix jours, quatre-vingts villes ou bourgades secouèrent le joug des légats, se constituèrent en république et rappelèrent leurs anciens seigneurs. Le 20 mars, sous la conduite de Taddeo des Azzoguidi, le légat fut chassé de Bologne, le gonfanon du peuple arboré sur la grande place, douze anziani et un gonfalonier de justice nommés pour administrer la république. Les sénateurs de Rome et les caporioni reçurent de Florence l’étendard de la liberté et entrèrent dans la ligue. En vain les Florentins, cités devant le consistoire, furent frappés d’interdit et d’anathème ; ils forcèrent les prêtres à rouvrir les églises et à célébrer les offices. Les légats, furieux , déchaînèrent les compagnies sur la Romagne et y autorisèrent toutes les horreurs. Jean Hawkwood livra la ville deFaenza à un massacre où périrent plus de quatre mille personnes. Le cardinal-légat Robert de Genève, arrivé en Italie à la tète de la compagnie des Bretons, la plus féroce de toutes celles de ‘France, traita de même la ville de Césène, et au milieu du sac excita luimême au meurtre et à l’incendie. Barnabo se crut au moment de saisir la couronne d’Italie au milieu de l’anarchie. Une sainte, Catherine de Sienne, fut arrachée à ses extases par ces sanglantes réalités, et demanda grâce pour l’Italie. Elle écrivit au pape pour le conjurer de rétablir non pas sa domination , mais la paix en Italie. « Dieu défend , lui disait-elle, d’avoir tant égard à la grandeur et seigneurie temporelles ; il vous oblige surtout à racheter les âmes et à

faire pour la paix tout ce qui sera possible. » Grégoire XI, successeur d’Urbain V, crut devoir intervenir en personne; il convoqua un congrès pour la pacification de la péninsule à Sarzane , et vint à Rome en 1378, mais seulement pour y mourir. Sa mort amena le grand schisme à la place de la captivité de Babylone.

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