‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 141 sur 347 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

terme à ces maux qui depuis tant d’années nous accablent. » Albornoz comptant sur les qualités du pape pour couvrir et appuyer ses rigueurs, le rappela en Italie , lui prépara un palais à Yiterbe , et somma les villes de Gènes, de Venise, de Pise, ainsi que la reine Jeanne de Naples, d’envoyer des vaisseaux en Provence pour servir d’escorte au saint-père. Urbain V, après avoir relâché à Gènes, débarqua, en 1367, à Corneto. Reçu par les députés des Romains , qui vinrent lui offrir les clefs du château Saint- Ange et le reconnaître pour seigneur , il voulut tirer parti du premier effet produit par sa présence pour former contre les Visconti une grande ligue. 11 y fit entrer la reine de Naples, Jeanne, qui venait de prendre un nouvel époux, Jacques d’Aragon; le roi de Hongrie, les seigneurs de Padoue, Ferrare, Mantoue, et même l’empereur d’Allemagne , Charles IV. Les deux Visconti , Barnabo surtout , commençaient à faire horreur à l’Italie. Ce dernier avait rendu une ordonnance détaillée par laquelle il faisait, de la peine capitale, une torture quotidienne de quarante jours. Pendant la seconde peste qui ravagea l’Italie , il s’était retiré dans une maison de chasse au milieu d’une forêt, et avait fait planter des poteaux à deux milles à la ronde pour menacer de mort quiconque franchirait la limite qu’il avait tracée autour de lui. On pouvait espérer peut-être exciter contre les Visconti un soulèvement pareil à celui qui avait précipité la chute des Romano. Mais les Visconti , tout en maintenant leurs sujets dans l’obéissance par la crainte des supplices, avaient, grâce à leurs richesses, la main dans le reste de l’Italie , où ils soldaient des traîtres et tenaient à leur discrétion tous les capitaines de compagnie. D’ailleurs, l’empereur Charles IV, sur lequel on comptait surtout, montra le plus lâche égoïsme et la plus honteuse incapacité.

Entré en Italie en 1368, il licencia son armée dans la Lombardie, sur l’offre d’une somme considérable payée par les Visconti. Dans la Toscane, il se montrait prêt à confirmer à Agnello son titre de doge, lorsque les Pisans chassèrent celui-ci; il favorisa à Sienne la chute des Douze, mais sàns pouvoir se faire décerner la seigneurie. Les honneurs qu’Ur-

bain V lui prodigua à Rome ne lui inspirèrent pas plus de grandeur et de courage ; Charles IV fut toujours le marchand forain que nous avait déjà dépeint Villani, mais moins heureux encore au retour que la première fois. A. Sienne, où il voulut tenter de prendre sa revanche, il se trouva tout à coup séparé de sa garde, entouré par des barricades, et pris respectueusement par la faim. Pise, qui, après Agnello, avait chassé les Raspanti et rappelé les Gambacorti, chefs du parti guelfe, lui ferma ses portes. Charles IV fut encore heureux de lui vendre la paix et de trouver aussi à tirer deux cent mille florins de Lucques pour prix de sa liberté ; bien précieux, mais peu durable, quand on est réduit à l’acheter au

lieu de le conquérir.

Le pape resta livré sans défense a la vengeance de Barnabo, qui lança sur la ville de San Miniato le chef de compagnie Jean Havvkwood, pour se rendre maître des portes de la Toscane. En vain Urbain V, qui n’avait pu s’emparer que de Pérouse, fulmina l’excommunication ; Barnabo fit manger le parchemin de la bulle au légat pontifical , et ordonna à Havvkwood d’attaquer Pise. Urbain, qui venait d ailleurs de perdre Albornoz, effrayé d’une lutte avec un homme qui se prétendait pape , empereur et roi sur son territoire et déclarait Dieu même impuissant à y faire quelque chose qu il ne voudrait pas , quitta la partie et retourna même mourir à Avignon (1370), laissant le champ libre à Barnabo. « H a déserté sa noble tâche, s’écria Pétrarque, pour prouver qu il est difficile non de commencer de grandes entreprises, mais d’y persévérer. Si le Christ ne se lève pour sa propre défense, c’en est fait. » .

11 était besoin d’une telle intervention : les légats laisses

par le pape dans les principales villes ramenees a la soumission de l’Église, àBologne et à Pérouse, compromirent toute l’œuvre d’ Albornoz. Pour la plupart d’origine française, entourés d’étrangers tout occupes à ramasser de 1 argent par toutes sortes d’exactions, au lieu de se liguer avec les seigneurs ennemis desVisconti et avec les villes libres de la Toscane , ils firent trêve avec les premiers et se tournèrent contre Florence. Le légat de Bologne, après avoir essaye

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