‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 144 sur 347 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

lui qu’un regret amer. Il ne comptait plus sur l’efficacité de la présence du pape en Italie , ni même sur son retour. Il n’avait plus confiance dans cette race tudesque, qu’un désir aveugle de l’Italie obstinée contre son propre bien appelait en dépit des barrières élevées par la nature. II n’invoquait maintenant que la pitié du roi du ciel en faveur de ce beau pays , de cette chère patrie , dont la parole ne pouvait plus guérir les blessures ; « celui-là seul, écrivait-il, était capable d’adoucir les cœurs , et d’arrêter le sang qui coulait à flots sous l’épée de l’étranger. »

L’Italie cependant espéra encore quelque chose du rétablissement de la papauté à Rome après la mort de Grégoire XI, en 1378. Le moment semblait favorable. La fin subite de Galéas Sforza, cette année même, avait arrêté dans l’exécution de ses projets Barnabo , gêné dès lors par la jalousie de son neveu Jean Galéas.

L’entreprise récente d’Albornoz, sa conduite, celle surtout de ses successeurs, faisaient de l’élection du pape une question toute nationale. Il s’agissait d’arracher le centre de la péninsule aux légats impitoyables et aux compagnies rapaces. Les Romains profitèrent de l’obligation où étaient les cardinaux de tenir le conclave dans le lieu où le dernier pontife était mort, pour demander un pape romain ou tout au moins italien. Les seize cardinaux , dont onze étaient Français, cherchèrent en vain à retarder l’élection ; le peuple envahit leur palais en menaçant de faire leurs têtes plus rouges que leurs chapeaux. L’évêque de Rari , Italien , sujet du roi de Naples , mais qui avait passé presque toute sa vie en France, fut élu (8 avril). On espérait que ce choix satisferait toutes les exigences. Mais Urbain VI, au lieu de travailler avec ménagement à la conciliation des intérêts , se montra Italien à outrance, maltraitant les cardinaux français, menaçant de faire une promotion qui les annulât tout à fait dans le sacré collège. Ceux-ci se retirèrent cinq mois après l’élection dans la ville d’Anagni ; et là, sûrs de l’appui du roi de France et de la reine de Naples, entourés d’une compagnie d’aventuriers français, ils déclarèrent la nomination de l’évêque de Bari nulle, le saint-siège vacant, et élurent

le cardinal Robert de Genève , homme puissant par ses •alliances, magnifique et belliqueux, qui prit le nom de Clément VII. Celui-ci, recueilli à Naples par la reine Jeanne, sa protectrice, espérait bien renverser son rival. Mais le peuple napolitain, attaché à Urbain VI, son compatriote, se souleva et chassa le pape français, qui consomma le schisme en fixant sa résidence à Avignon. La chrétienté eut deux chefs, comme deux capitales.

Un des principes d’unité, qu’invoquait l’Italie, en étant arrivé là, la discorde eut beau jeu. La restauration du pouvoir pontifical, commencée par Àlbornoz, compromise parles légats français, fut ajournée ; et au même instant des querelles renaquirent partout, entre les factions à Florence, entre Gènes et Venise sur mer, entre deux compétiteurs dans le royaume de Naples.

Révolution à Florence; guerre de Chlozzaj révolution à Naples (1338-13S4).

La guerre précédemment faite par Florence contre l’Église avait rendu aux gibelins et à la famille des Ricci, principalement dans la commission des huit de lu guerre, une influence qu’ils étaient décidés à ne plus perdre. Quand la paix fut conclue entre Urbain VI et Florence, et celle-ci rentrée dans son rôle ordinaire, les Ricci et les gibelins se trouvèrent menacés d’être admonestés ou privés de toute participation au pouvoir par les guelfes et les Albizzi, encore maîtres du gouvernement régulier; ils résolurent de profiter de l’arrivée de Silvestro de Médicis1 (mai 1378)à la charge de gonfalonier pour faire cesser la proscription qui pesait sur eux; ils pouvaient compter sur les arts mineurs jaloux des arts majeurs, dont les membres Composaient presque toute la seigneurie , et sur la partie la plus pauvre de la population, les ciompi , dont les métiers inférieurs ne formaient pas de corporations particulières , mais étaient subordonnes

1. L'alliance de la maison de Medici avec la maison de France a consacre son nom, parmi nous, sous la forme française de Médicis. Nous nous conformons à l’usage comme pour les grands noms de Tasse, de Machiavel , de Michel-Ange, pour ceux, des papes, pour tous les personnages enfin qui appartiennent moins a r Italie qu’au monde.

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