CHAPITRE XIII
à d’autres arts, comme par exemple les teinturiers, les tisserands et les cardeurs rattachés aux drapiers dans le grand * art de la laine.
Silvestvo de Médicis, riche citoyen des arts mineurs et assez ambitieux, proposa une loi destinée à protéger le peuple contre les grands, et à rendre leurs droits politiques aux admonestés. Le collège des prieurs et le grand conseil refusèrent. C’est ce que Médicis attendait ; il fit appeler le peuple aux armes du balcon de la seigneurie , et sous la pression de l’émeute , une balie, ou commission spéciale , fut créée pour satisfaire à ses désirs. Mais le mouvement ne s’arrêta pas là; les arts mineurs et les ciompi , mécontents d’avoir servi seulement d’instruments aux familles puissantes, demandèrent que les arts mineurs fournissent les magistrats de la seigneurie dans la même proportion que les arts majeurs , et que trois nouvelles corporations , formées des gens de petit métier qui n’avaient pas encore trouvé place parmi les arts, fussent revêtues des mêmes droits politiques; puis ils se répandirent en tumulte dans la ville, brûlant les maisons de leurs adversaires, entre autres celle des Albizzi, tout en élevant des gibets pour y pendre les voleurs, jusqu’à ce que la seigneurie eût promis de faire adopter leurs demandes par le conseil commun. Médicis admettait la réclamation des arts mineurs , mais non celle des ciompi ou compères. Quand il s’agit de délibérer sur les demandes , quelques membres du conseil ne se rendirent pas à la séance, d’autres s’enfuirent , d’autres refusèrent opiniàtrément. Les exigences du peuple augmentèrent; il demanda qu’aucun membre du populo minuto ne fût poursuivi avant deux ans pour une dette moindre de cinquante florins, que la banque de Florence (if monte) ne servît plus la rente mais remboursât le capital, de manière à ce que la dette de l’État fût amortie en douze ans. Médicis lui-même fut effrayé, la plus grande agitation était dans la ville; il crut qu’il fallait faire quelque exemple pour en finir; mais à la nouvelle que la seigneurie avait fait mettre à la torture un de leurs chefs , les ciompi se rendirent en armes devant le palais, le 23 juillet, aux cris de : Viva el popolo. Médicis abandonna la sei-
gneurie , qui voulut résister , mais appela vainement les compagnies des différents quartiers. Les ciompi , maîtres de la place, entrèrent violemment dans le palais, et nommèrent gonfalonier l’un d’eux, un cardeur de laine, Michel Lando, qui s’était emparé du gonfanon de l’État, et pieds nus, à peine vêtu, avait le premier forcé les portes.
Le cardeur de laine se trouvait être un homme d’énergie et de sens; il constitua un nouveau gouvernement, une seigneurie composée, selon le vœu du peuple, de neuf membres, trois des arts majeurs , trois des mineurs , trois du petit peuple ( délia plebe minuta) et se montra décidé à rétablir l’ordre et le règne de la loi. Mais les ciompi ne se montrèrent point satisfaits de ces conquêtes toutes politiques. Ils exigèrent, avec menaces, l’adoption des mesures financières qu’ils avaient proposées. Michel Lando leur représenta que c’était attenter à la dignité du gouvernement qu’ils avaient constitué, et promit d’examiner consciencieusement leurs demandes ; il n’obtint rien par la raison ; alors se mettant à la tête des arts majeurs et mineurs, il dispersa les ciompi par la force. Le cardeur de laine eût voulu maintenir la constitution qu’il avait fait respecter ; mais, détesté des arts majeurs sur lesquels il avait pris le palais de la seigneurie, regardé comme un traître par les ciompi contre lesquels il l’avait défendu, soutenu faiblement par les arfs mineurs, qui auraient voulu tenir les uns et les autres en équilibre , il ne put empêcher ceux dont il dépendait maintenant d’abuser de leur succès. Ils chassèrent de la seigneurie les trois prieurs des ciompi et remplacèrent sa constitution par une nouvelle tout en faveur des arts mineurs, qui devaient fournir cinq prieurs sur neuf, à l’exclusion des ciompi de toute magistrature politique. Michel Lando lui-même, frappé par la victoire remportée sur les siens, vit passer son autorité aux Alberti, aux Médicis, aux gibelins, aux arts mineurs , qui profitèrent seuls de la révolution ; découragé , il quitta noblement sa charge et fut reconduit avec les apparences de la reconnaissance par les officiers de la seigneurie dans sa modeste demeure , où l’ingratitude ne devait pas cependant le laisser en paix.