‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 198 sur 347 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Comme s’il y avait encore place pour une espérance dans ce grand désastre, Florence chassa Médicis, rétablit le gouvernement républicain , et se rendit maîtresse de Livourne et de Pise. Le duc de Ferrare s’assura de Modène; Venise, de Ravenne; les petits tyrans reparurent dans la Romagne.

Deux souverains étrangers, François 1er, Henri VIII, intéressés à arrêter l’agrandissement de Charles-Quint, et mis en devoir de venger le sac de Rome, conclurent une ligue à la fin de 1527 pour délivrer le pape et arracher l’Italie à ses oppresseurs. Lautrec, général déjà si malheureux dans la péninsule, fut mis à la tête d’une nouvelle armée française; l’amiral André Doria, homme d’énergie et d’expérience, passa du pape au service de la France. Le commencement de la campagne parut heureux ; Lautrec s’empara d’Alexandrie, puis emporta Pavie qu’il livra au pillage pour venger la défaite de 1525; André Doria attaqua le port de Gènes, força Antoniotto Adorno à se retirer dans le Castelletto, et fit reconnaître par la ville le gouvernement français; les ambassadeurs des principaux F tats de l’Italie vinrent au-devant de Lautrec. Le pape réussit à s’échapper du château Saint- Ange et se réfugia sous la protection de la ligue.

Mais Lautrec ne combattait que pour son maître, les princes et les républiques que pour elles-mêmes, personne pour l’Italie. Lautrec refusa aux instances des Italiens de prendre Milan pour ne pas refroidir le zèle des Vénitiens qui n’auraient plus rien à redouter ; il se jeta dans la Romagne, la Marche, traversa le Tronto (10 février 1528), et entra dans le royaume de Naples où il s’empara de Barlette, Venouse, Noie, Aversa et assiégea par terre Naples, bloquée sur mer par André Doria. Venise rappela de l’armée de la ligue ses épirotes, et Florence les bandes noires qu’elle avait à sa solde. François Ier enfin , se croyant déjà sûr de Naples, par Lautrec, et de Milan contre laquelle il envoyait maintenant dix mille hommes , sous le commandement de Saint-Pol, ne ménagea rien pour ruiner Gènes, cette clef de l’Italie qu’il était si difficile de garder; il travailla à lui susciter une rivale dans Savone. Doria, Génois avant tout, après avoir fait des remontrances qui ne furent point écou-

tées, offrit ses services à l’empereur. La mer redevenant libre, Naples fut ravitaillée.

Lautrec bientôt affamé lui-même succomba à la peste.

Le marquis de Salures qui prit le commandement des débris de l’armée fut obligé de capituler dans Aversa devant le prince d’Orange, sorti enfin de Rome avec l’armée d’occupation. Les Espagnols rentrèrent dans toutes les places du royaume de Naples. André Doria, aussi de retour à Gènes, enchâssa le gouverneur français, fit déclarer ses compatriotes pour l’empereur, combla le port de Savone, détruisit le Castelletto et donna sous la protection de l’empereur une nouvelle constitution aristocratique à sa patrie. Saint-Pol isolé dans le Milanais fut surpris et fait prisonnier à Landriano par Antonio de Leyva (1528). Tout fut fini.

Clément Vil se résigna le premier; plus indisposé contre Venise, le duc de Ferrare et Florence, grandis ou délivrés par son malheur, que contre Charles-Quint, il consentit, au prix de quelques villes , à la restauration du pouvoir impérial en Italie. L’empereur n’eut qu’à débarquer à Gènes sur les galères d’André Doria, pour recueillir les fruits de sa victoire désormais définitive. L’Italie, ruinée par quarante années de guerres et de ravages , rie pouvait plus rien pour sa défense; la majeure partie des paysans, s’il en faut croire la lettre d’un contemporain, étaient morts soit de faim, soit de peste, soit autrement. Venise et Florence , les deux seules villes encore libres, ne pouvaient trouver de soldats. Charles-Quint, arrivé à Bologne (1529), y manda Clément VII, et dicta ses lois à la péninsule. Venise dut restituer au pape Ra-* venne et Cervia ; au royaume de Naples les villes qu’elle possédait sur les rivages de l’Adriatique , et payer trois cent mille ducats. Florence dut recevoir les Médicis et payer une somme plus forte encore. François Sforza, trop chétif pour pouvoir vivre longtemps, fut laissé en possession du duché de Milan, qui devait revenir à l’empereur à sa mort. Alphonse d’Este se reconnut feudataire de l’empire pour Ferrare, et de l'Église pour Modène et Reggio. Frédéric de Gonzague échangea son titre de marquis de Mantoue contre celui de duc , et prêta * hommage. Le duc Charles 111 de Savoie, et le marquis de

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