CHAPITRE XV
rent pillés sans pitié au milieu de l'indifférence du peuple et des cris des moines qui annonçaient la fin du monde et le règne de l’antechrist.
Rome allait voir bien d’autres misères. Clément VII, entre Lannoy dans le royaume de Naples , Bourbon et Frundsberg dans le Milanais, en passa par où voulut l’ambassadeur de Charles-Quint, et licencia ses troupes. Assiégé de funestes pressentiments , il semblait vouloir ne laisser à Rome que son prestige pour toute défense. Mais au nord, Bourbon n’était plus maître de ses soldats ; après avoir dévoré le Milanais, ils voulaient une autre proie : Florence ou Rome. Ceux qui étaient nouvellement arrivés , surtout sous la conduite du luthérien George Frundsberg, joignaient à l’avidité du soldat la fureur du sectaire ; ils croyaient faire œuvre sainte en portant le fer et le feu dans les murs de ce qu’ils appelaient la sacrilège Babylone. Ces bandes sans discipline et sans vivres, n’écoutant plus rien, se mutinant, tuant leurs officiers, et menaçant le connétable lui-même, passèrent le Pô, s’abattirent dans les campagnes de Plaisance et de Parme, et entraînèrent Bourbon au delà des Apennins. Le duc d’Urbin par rancune ou plutôt par couardise comme l’assuraient les Italiens, suivait seulement à distance cette cohue féroce qu’il eût peut-être pu disperser.
Le pape s’aperçut trop tard que le seul prestige de Rome ne serait point une défense contre ces furieux. Il vendit trois chapeaux de cardinaux , arma la jeunesse , le peuple et les bourgeois , éleva à la hâte quelques retranchements du côté du Borgo; mais Bourbon donna l’ordre de monter à l’assaut (6 mai 1527), et courut lui-même aux retranchements au milieu des feux nourris de l’armée romaine. Il tomba un des premiers frappé d’une balle que Benvenuto Cellini se vanta d’avoir tirée ; mais ses soldats eurent raison en une heure des défenseurs de Rome mal disciplinés sous leurs caporioni ; les murs furent escaladés; Clément VII en prière, au Vatican, s’enfuit par la longue galerie de la cité Léonine au château Saint-Ange ; les vainqueurs au nombre de plus de trente mille hommes se précipitèrent dans la ville, massacrèrent à coups de hallebardes
NOUVELLES INVASlOxNS DES BARBARES. 379
et de piques ceux qui avaient les armes à la main, puis 3’emparèrent des ponts qui menaient au Transtévère pour s’assurer le pillage de toute la riche et sainte cité.
CHATEAU SAINT ■ A NC F..
Au temps de la chute de l’empire romain, et du sac des Goths et des Vandales, Rome ne souffrit rien de plus affreux. Hommes et choses, femmes et enfants, biens publics, privés et sacrés, furent pris à discrétion par les barbares ; les couvents furent forcés, les religieuses violentées, les autels dépouillés, les tombeaux profanés, la bibliothèque du Vatican saccagée, les chefs-d’œuvre de Michel-Ange et de Raphaël souillés , déchirés comme les monuments de l’idolâtrie. Enfin , l’Italien Colonna revint à Rome lâcher encore ses paysans pour emporter ce que les barbares avaient dédaigné, pour outrager ce qu’ils avaient oublié ; mais ce hideux spectacle désarma le démon de la vengeance : celui qui n’avait jamais pardonné., qui venait se venger encore, protégea et racheta, le cœur brisé, tout ce qu’il put sauver.
Charleo-Qulnt couronné empereur et roi i Bologne (lSI9)t
Tel fut le préludo de la chute et de la ruine de l’Italie.