CHAPITRE XVI
où il pèserait de tout le poids de ses victoires pour y terminer à sa guise les querelles religieuses, et imposer à la cour de Rome les concessions qu’il croyait nécessaires aux exigences de l’opinion, et à un besoin impérieux de réforme.
Le saint-siège poursuivit d’abord sans y songer l’œuvre commencée avec l’empereur, afin d’en recueillir aussi les fruits. Une seule ville, Florence, refusa de se soumettre au vieux droit italien ressuscité après une suspension de trois siècles. Clément YII , avec l’approbation de Charles-Quint , lança (1350) contre elle les bandes féroces du prince d’Orange.
La république n’était pas en état de résister. Déjà, secrètement attaqué dans son principe par les partisans des Médicis, les Palleschi, le gouvernement républicain, à Florence, était encore comme au temps de sa grandeur, mais sous d'autres noms, divisé par les factions aristocratique et démocratique; les citoyens imposés ( supportanti ) voulaient remplir seuls les magistratures ; les statuai/, , ne payant que les impôts indirects , ambitionnaient les droits politiques. En langage vulgaire, c’étaient les deux partis des arrabbiati ou enragés, et des piagnoni ou pleurards. L’approche du danger, le souvenir de Savonaroie, rappelé par quelques moines, fit passer le pouvoir, au moment décisif, aux mains des piagnoni. Le gonfalonier Nicolas Capponi, chef des arrabbiati, fut remplacé par Balthasar Carducci, un vrai piagnone. Dans une heure d’enthousiasme , le peuple, animé par les prédications de Benoist de Foiano et de Zacharie , moines, proclama, sur une motion du gonfalonier Carducci, le Christ roi perpétuel de la république de Florence. Une commission des Dix de la guerre requit pour la défense de la patrie , la garde du palais et de la constitution , composée de trois cents jeunes nobles, la garde urbaine de quatre mille hommes, et X ordinanza de Machiavel. On y joignit les restes des bandes noires; Michel-Ange se chargea de diriger la défense des fortifications; on confia le commandement de toutes les troupes au condottiere Malatesta de Baglione , général expérimenté, mais impie, cruel , souillé de vices ; et pour montrer qu’on était résolu à repousser l’attaque par tous les
DERNIÈRE RÉSISTANCE DE L’iTALlE. 385
moyens, on rasa les maisons de campagne et les bois de plaisance qui pouvaient gêner la défense.
Ces efforts d’un patriotisme tardif et local furent inutiles. Le -prince d’Orange, après s’être rendu maître du val d’Arno supérieur, établit son camp sous les murs de Florence au Piano à Repoli ; Ferdinand de Gonzague, sur la rive droite de l’Arno, occupa Pistoie et Prato. De vigoureuses sorties, les hardies tentatives de François Ferruccio qui fut fait prisonnier, tout couvert de mortelles blessures àGravignana, ne servirent que d’épisodes héroïques à la chute de la liberté. Le condottiere Baglione qui vendait le peuple, la ville et le sang des Florentins once à once , se voyant suspecté, livra décidément un bastion à l’ennemi pointa son artillerie contre la ville. Les Florentins, pour éviter les horreurs du pillage, s’engagèrent à payer quatre-vingt mille écus et à recevoir les Médicis à la condition qu’on leur garantît l’amnistie et la liberté. Mais aussitôt les exilés rentrèrent ; quelques partisans des Médicis, Vettori, Guicciardini l’historien, Valori et Philippe Strozzi, firent créer par un dernierparlementune balie, qui condamna à mort ou à l’exil les ennemis d’Alexandre de Médicis, et permit à celui-ci, proclamé duc de Florence par Charles-Quint, de rentrer sans condition dans la ville de Cosme et de Laurent. L’année suivante, \a seigneurie, le gonfalonier étaient supprimés ; le parlement remplacé par un sénat de quarante-huit ottimati , et Alexandre déclaré duc perpétuel et héréditaire par le nouveau gouvernement.
Ce fut le signal de la chute de tout ce qui restait de liberté dans la Toscane. Le gouvernement démocratique de Lucques avait tout employé pour se faire pardonner son existence ; sous la menace des arquebuses espagnoles une oligarchie plus dévouée encore à Charles-Quint, fut investie du pouvoir. A Sienne, Ferdinand de Gonzague intima aux habitants l’ordre de rappeler les exilés, de reconstituer le mont des neuf et de prendre pour capitaine de leurs troupes, Alphonse Piccoïomini, duc d’Amalli, vendu aux Espagnols. L’empereur, de retour en Italie à la fin de l’année 1532, sanctionna à Bologne toutes les conditions nouvelles d’asservissement, et pour les maintenir contre les soulèvements du dedans et