CHAPITRE XVI
les attaques du dehors, imposa à chaque État une somme destinée à l’entretien d’une force régulière qui fut mise sous le commandement d’Àntonio de Leyva, gouverneur de Milan. L’Italie payait elle-même les frais d’une servitude. qui devait durer un siècle et demi !
Clément VU vit bientôt lui-même dans quelle critique situation il avait placé son autorité spirituelle aussi bien que sa souveraineté politique ; il éluda tant qu’il put la convocation du concile demandé , il se rapprocha de François Ier en donnant à un de ses fils sa nièce Catherine de Médicis , et fit conclure par ses légats de Bologne et de Romagne , une alliance avec le duc de Ferrare , sous prétexte de surveiller les bannis. Tous les États encore libres de la péninsule se fussent unis, si Alexandre*tle Médicis n’avait eu un ennemi à Rome dans la personne de son frère Hippolyte, qui blâmait les excès de son despotisme tout novice ; et ils eussent trouvé un appui dans François I" qui accréditait auprès de Sforza un agent, Merveille, chargé de lui persuader d’échanger la suzeraineté impériale contre la suzeraineté française.
L’avénement du pape Paul III ( 1534), coupa court à ces menées d’un tardif repentir. Ce pontife paraissait persuadé que la restauration de la foi catholique et la réforme de l’Église étaient les meilleurs moyens de rendre au saint-siège son indépendance et son pouvoir, et par là même à l’Italie sa liberté. Il ne fut d’abord occupé que de relever le pape avant le prince temporel; il fit entrer au conclave l’onctueux Contarini, l’ascétique Caraffa, le docte Sadolet, le patriotique Giberti ; il opéra quelques réformes dans la rote, la chancellerie, la pénitencerie, fonda pour le recrutement du haut clergé l’ordre des Théatins, et manifesta à Charles-Quint le désir de s’entendre avec lui pour régler les affaires spirituelles de la chrétienté.
il se tint éloigné avec soin des affaires politiques alors fort compliquées. François Ier, après avoir vengé l’assassinat de son agent dans le Milanais, par la conquête de la Savoie, attendait maintenant sur les Alpes, après la mort de Sforza, que l’empereur se prononçât sur ses droits. Philippe Strozzi, chassé de Florence par celui qu’il y avait installé, et prêt à
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tenter un coup de main contre lui, accusait auprès de l’empereur, Alexandre de Médicis qui venait de faire empoisonner son frère Ilippolyte comme une méchante guêpe. Enlin Frédéric, duc de Mantoue, réclamait la succession ouverte du Montferrat , et prenait encore le maître de l’Italie pour juge. Le pape Paul 111, pour recevoir dignement Charles- Quint à Rome, en 1536, mit un impôt extraordinaire sur les Romains, et fit démolir plusieurs maisons et palais qui gênaient sa triomphale entrée.
L’empereur récemment vainqueur des infidèles à Tunis, et enivré de sa gloire, ne tint même pas compte des désirs, des prières d’un serviteur aussi auguste et aussi dévoué. 11 se laissa gagner par l’habile défense que fit l’historien Guieciardini de son maître, et donna sa fille illégitime à celui-ci malgré la haine que lui portait Paul 111; il daigna reconnaître les droits de Frédéric sur le Montferrat; mais, malgré la protestation du pape, il s’adjugea le Milanais, et en dépit de ses exhortations à la paix, il prodigua l’insulte à François I" eh plein consistoire, et lui déclara la guerre comme au perturbateur de la chrétienté (1536).
L’Italie ne secourut la France dont le territoire fut envahi que par une conspiration et une entreprise de bannis, toutes deux inutiles. Le 6 janvier 1537, un dilettante de crime qui commettait le mal pour le mal , et ménageait une mauvaise action comme une œuvre d’art, pour l’effet dramatique et la difficulté vaincue, Lorenzino Médicis, assassina dans un prétendu rendez-vous d’amour, le nouveau duc de Florence Alexandre. A cette nouvelle, Philippe Strozzi rassembla les bannis sur le territoire de la Mirandole pour rentrer à Florence et restaurer la liberté. Les piagnoni s’agitèrent, encourageant les nobles à tenter quelque chose. Mais les ministres du duc, le cardinal Cibo, Guicciardini, Yettori et les autres se rendirent maîtres de la situation; ils pesèrent sur les délibérations du sénat et firent donner pour successeur à Alexandre, Cosme de Médicis, fils de Jean des bandes noires, descendant d’un frère de Cosme, le Père de la patrie. Rien ne fut changé si ce n’est le nom du maître. Philippe Strozzi trouva déjà tout-puissant le nouveau duc reconnu
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par Charles-Quint, fut défait par son général Vitelli , et jeté en prison où il se donna la mort en demandant un vengeur.
Le pape Paul 111 resta fidèle à lui-même au milieu de la guerre. François Ier avait fait alliance avec Soliman qui ravageait les côtes de l’Italie; le pape ménagea entre Ferdinand, archiduc d’Autriche, Gènes et Venise, une ligue pour arrêter en commun les ravages de l’amiral turc (Chéreddin- Barberousse). 11 fit plus encore l’année suivante (1538) : il ménagea entre l’empereur et François à Nice une trêve qui devait durer dix ans pour permettre aux chrétiens de faire aux Turcs une guerre que la jalousie de Venise contre André Doria et Gènes fit échouer.
Organisation du pouvoir de l'empereur et des nouveaux souverains ; ehute de la renaissance.
L’empereur profita seul de cette paix pour affermir sa domination.
Le duc de Guasto, nommé gouverneur de Milan, et don Pedro de Tolède, vice-roi de Naples, commencèrent à transformer en un gouvernement régulier ce qui n’avait été jusque-là qu’qne occupation violente. Sur l’ordre de Charles- Quint, qui comprenait toute l’importance militaire du Milanais, le duc de Guasto mit la vallée du Pô à l’abri d’une surprise. Il fortifia la capitale, y acheva cette citadelle qu’on regarda longtemps comme la plus parfaite de l’Europe, et fit de Côme, Crémone, Lodi, Tortone, Novare, Alexandrie, autant de places fortes. Onze compagnies de gens d’armes, huit de cavaleries légère^, quinze mille hommes d’infanterie espagnole furent entretenus même en temps de paix. Charles-Quint réunit l’autorité militaire et l’autorité civile dans les mains du gouverneur. Un sénat nommé par le roi parmi les citoyens des communes et investi du droit de refuser sa ratification aux choix des fonctionnaires de l’administration, de la justice et des finances, fut la seule limite opposée à son pouvoir; garantie assez puissante cependant pour amener quelquefois la révocation d’un gouverneur, entre autres celle de Guasto lui-même.
Dans le royaume de Naples, les vice-rois avaient remplacé
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le ban féodal par une force régulière. Une maison militaire de cent gentilshommes tant espagnols qu’italiens, cinq compagnies de gendarmes espagnols , onze d’italiens , dix mille hommes d’infanterie, dont six mille Espagnols, en tout vingt-quatre mille hommes formèrent l’armée ordinaire du vice-roi. Don Pedro de Tolède appuya ces ressources militaires d'un système politique plus efficace encore. 11 s’aida contre le pape son suzerain de l’esprit d’indépendance du clergé napolitain, contre le clergé du pouvoir du saintsiège ; il combla lés nobles attirés à Naples d’honneurs , qui en firent l’objet des jalousies bourgeoises; il conféra aux bourgeois une part de puissance judiciaire qui les exposa à la haine de la noblesse. En contenant tous ces éléments de résistance les uns par les autres , il les soumit à une forte hiérarchie de fonctionnaires administratifs et judiciaires, moitié espagnols et moitié italiens dépendants tous d’une haute eour appelée Santa Chiara ; et il transmit ainsi à ses successeurs une autorité telle qu’ils purent élever le chiffre des impôts à une somme considérable pour l’époque.
L’empereur vint lui-même fréquemment en Italie pour présider à cette organisation décisive qui mettait le sceau à l’asservissement de la péninsule. En 1540, il investit solennellement son fils, Philippe, du duché de Milan, comme pour annoncer qu’il ne le céderait jamais; l’instabilité du gouvernement des petites républiques de Lucques, et surtout de Sienne, était une tentation continuelle pour l’ambition de Cosme et même du pape. Charles-Quint prit Lucques sous sa protection. 11 envoya Granvelle dans la république de Sienne avec de pleins pouvoirs pour y organiser le gouvernement à sa guise.
A l’exemple du maître, les princes italiens rendirent aussi leur pouvoir plus absolu dans leurs États. Le saint-siège , sous Clément VII, avait déjà saisi la ville d’Ancône longtemps indépendante, et la tenait en respect au moyen d’une citadelle bâtie sur la hauteur qui domine la place. Paul III, pour être plus sùr des États de l’Église, les livra à ses créatures; il fil son neveu Ottavio, duc de Camerino, dont fut dépouillé l’héritier d’Urbin Guid’Ubaldo; il donna à son
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