‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 212 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

fonda à Rome le collège de toutes les nations , et accomplit une œuvre vraiment européenne par la réforme du calendrier en 1582. Mais comme souverain temporel le pape avait d’autres soins. L’administration pontificale avait d’abord eu d’heureux effets dans un pays livré autrefois aux caprices d’une foule de petits tyrans. La Romagne, la Marche assez doucement gouvernées par les légats avaient joui d’une certaine prospérité ; le lin de Faenza, le chanvre de Pérouse, le vin de -Montefiascone étaient très-recherchés; mais bientôt les impôts mis sur les personnes, les biens, le commerce, pour remplacer les revenus de la chrétienté perdus, tarirent toutes ces ressources. La ville d’Ancône, entre autres, frappée d’un impôt sur les entrées perdit cette foule de marchands grecs, turcs, arméniens et autres, qu’on voyait affluer dans son port, et ne se releva jamaisdece coup. GrégoireXIIl, déjà à bout de ressources , voulut faire reviser les diplômes des petits fiefs de la campagne et les privilèges des cités, pour en obtenir le rachat, et il ne récolta que les troubles et la révolte.

François de Médicis, plus docileencore que son pèreaujoug espagnol, obtint, en 1576, de l’empereur et du roi d’Espagne, par des concessions que Cosme avait refusées la reconnaissance de son titre grand-ducal, avec le droit de préséance sur les autres ducs. Moins réservé que jamais, il établit dans son palais Bianca Capello , qui ne perdit rien de son affection pour lui avoir donné un enfant supposé , et qui devint même sa femme après la mort de l’archiduchesse. Prince tout espagnol il se sépara complètement du peuple; à la manière de Philippe II, il ne vécut plus qu’au milieu de courtisans, de favoris qui commencèrent à former une noblesse dans cet État jadis tout démocratique ; mais il laissa dépérir par sa négligence tous les éléments d’ordre et de prospérité de la Toscane, La ville de Livourne seule gagna quelque développement, grâce aux privilèges commerciaux qu’il lui accorda ; mais le reste du pays devint désert auprès de ce qu’il avait été sous Cosme Ier. Pise , de vingt-deux mille âmes , tomba à huit mille ; et en 1575 une conjuration faillit renverser ce tyran voluptueux qui ne songeait pas même au lendemain.

DERNIÈRE RÉSISTANCE DE L’iTALlE. 407

Dans le Milanais où les gouverneurs avaient respecté les débris des anciennes libertés, on rencontrait encore quelque activité. On recherchait les armes et les broderies de Milan; les métiers à laine étaient très-occupés à Côme et dans la capitale; les travaux de canalisation continuaient; Milan passait pour la plus populeuse ville de l’Italie et renfermait jusqu’à trois cent cinquante mille habitants. Mais à Naples les exigences et la vénalité de l’administration tarirent toutes les sources de la prospérité; tandis qu’en Lombardie de riches familles, les Marignani, les Sforze, les Serboni , les Borromée, les Trivulze étalaient un luxe princier, la noblesse napolitaine, promptement ruinée par la vie de cour, se retira dans ses châteaux et vécut en opprimant ses paysans. La bourgeoisie elle-même écrasée par les impôts et surtout par les caprices des vice-rois futatteinte et ruinée. On poursuivit les malheureux contribuables au point d’enlever les toits des maisons pour en vendre les matériaux, lorsque tous les meubles avaient été saisis. Les villes tombèrent en décadence ; des localités autrefois très- florissantes, comme Giovinazzo dans la Pouille , disparurent complètement ; toute une province désolée , la Calabre , ne fut plus traversée qu’en caravanes.

Dans toute la péninsule le brigandage s’organisa , comme aux grandes époques de misère. Les mécontents, les bannis, les gens ruinés et les mauvais sujets se réunirent par bandes sous la conduite de chefs hardis et aventureux , et exercèrent de sanglantes représailles. Les gorges des Apennins, les petits châteaux qui s’y élevaient, devinrent le refuge de ces bannis ou bandits qui remplaçaient les condottieri, et furent comme la dernière et sauvage protestation de l’indépendance nationale. Le peuple loin de les mépriser les appelâmes bravi. Les grands, des princes, des cardinaux même, allèrent souvent chercher chez eux les hommes de main dont ils avaient besoin pour exercer leurs vengeances ou même satisfaire leurs cupidités.

Marco Bernardi de Cosenza , dans la Calabre ; Pierre Leonello de Spolète, dans la Marche; Alphonse Piccolomini, seigneur de Monte Marciano et de noble famille , dans les

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