‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 211 sur 347 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Les autres petits souverains dont la vie n’était pas fort exemplaire se montrèrent fort jaloux. Le duc de Ferrare et le duc de Savoie , protestèrent auprès des cours de Madrid et de Vienne, et prétendirent garder le droit de préséance que le pape venait ainsi de changer. Ils tenaient à rester au moins les premiers parmi les esclaves. Le droit de préséance ! tel était dans la commune servitude l’objet de la fiévreuse rivalité des princes; pour le soutenir leurs savants dépensaient beaucoup de science héraldique et féodale, leurs ambassadeurs se battaient aux cours de Madrid et de Vienne.

Toute indépendance fut aussi proscrite de la littérature et des arts. Les académies de Rome, de Naples, de Modène se dispersèrent. Tout ce qui avait fait l’admiration du siècle précédent , on le tint pour paganisme. Carnesecchi fut livré au pape par Cosme de Médicis, Guido Zanetti, par Venise. Un profond philosophe, Giordano Bruno, erra longtemps poursuivi par les inquisiteurs jusqu’à ce qu’enfin il tombât au pouvoir de Rome et finît par le feu. Un seul de ces novateurs, Bernard Patrizzi, esprit bizarre et entiché de la cabale, trouva grâce devant l’inquisition. L’étude de l’antiquité même fut presque abandonnée ; Aide Manuce , à Rome , ne rencontra pas une dizaine d’élèves qui consentissent à lire encore les poètes grecs et latins. La cour classique de Ferrare même, où brillaient les deux sœurs du duc, Lucrezia, épouse du duc d’Urbin , et surtout la fameuse Eléonore si douce d’abord et depuis si fatale au Tasse, eut grand’peine à défendre ses délassements de prédilection contre la proscription générale. Elle était obligée de chercher une compensation à ses sacrifices dans la représentation de ces pièces â machines qui sont l’origine de l’Opéra; et c’était bien rarement qu’elle osait se transformer en cour d'amour , comme elle le fit une fois sous la présidence de son poète bien-aimé.

La religion tint la plume et le pinceau , presque sans rivale. Le jésuite Rellarmin défendit avec un grand appareil de science, qui n’est pas toujours il est vrai de très-bon aloi, des prétentions pontificales renouvelées du moyen âge. Baronius écrivit ses savantes annales; l’histoire politique se

DERNIÈRE RÉSISTANCE DE I.’lTALIE.

tut, ou eût mieux faiFde ne point parler. Noël Conti, Bardi, Campana, Tarcagnota succédèrent à Paul Jove et à Guicciardini. L’épopée héroïque tombée si bas avec Giron le Courtois, ne se releva que par le sentiment chrétien, dans la Jérusalem délivrée , du Tasse; et un peu plus tard l’indépendance d’esprit (lu poète eut presque autant de part à ses malheurs que la hardiesse de ses désirs.

Dans le$ arts, les disciples de Raphaël étaient tombés dans l’affectation, ceux de Michel-Ange dans l’extraordinaire. Les Carrache , à Bologne , animèrent seuls la toile par un idéal chrétien tout nouveau, Louis dans sa Vocatioti de saint Ma- ■ thieu, Auguste dans son saint Jérôme , Ànnibal dans son Ecce homo. Les Madones , les Vierges se multiplièrent ; elles couvrirent les murs des églises, envahirent les places publiques, et devinrent l’ornement ordinaire des foyers même les plus pauvres.' Enfin la musique religieuse naquit avec Palestrina comme pour célébrer dignement la restauration catholique.

Malgré tous ces dehors , la réforme religieuse et morale n’arriva pas au fond des âmes. Les princes qui appuyaient les décrets pontificaux ne se les appliquaient point à euxmêmes. Ceux qui accusaient tout haut les Médicis, suivaient tout bas leurs exemples. Le peuple contractait ces habitudes de dévotion étroite et extérieure qui sont encore aujourd’hui l’un des traits de son caractère ; il apprenait à accommoder la religion avec le vice ; et la moralité n’en devenait pas meilleure. Le paganisme était vaincu, le christianisme restauré, mais point où il avait surtout besoin de l’être, dans les mœurs.

Orégoire XIII et François de Médlclg ; misère de la péninsule; les bravl et leu brigands (IStMSDIJ.

La perte de la liberté ne fut point compensé par la prospérité matérielle. On s’en convainquit clairement pendant les règnes de Grégoire XIII à Rome, et de François 1" à Florence.

Grégoire XIII, quoique d’une piété bien moins profonde que son prédécesseur, suivit dans le gouvernement spirituel l’impulsion vigoureuse qui avait été donnée par Pie Y. Il

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