CHAPITRE XVII
I/ITALIE AU XVIIe SIECLE , ENTRE LA DÉCADENCE DE L’ESPAGNE ET LA GRANDEUR DE LA FRANCE (1884-1700) *.
SIXTF.-0U1NT ET FERDINAND I" (1584-1590). — LE PAPE CLÉMENT VIII; LE MOINE CAMPANELLA (1590-1C05). — LEPAPE PADL V ; CHARLES EMMANUEL 1er (1G05- 1618). — DON PÈDRF. DE TOLÈDE ET LE DUC D’OSSUNA ; CONSPIRATION DE VENISE (1618-1620). — AFFAIRE DE LA VALTELINE (1620-1626). — LE PAPE URBAIN VIII ; SUCCESSION DE MANTOUE ; PRISE ET RUINE DE CETTE VILLE; MAISON DE GONZAGUE-NEVERS (1626-1631). — ÉTAT MATÉRIEL ET MORAL; SCIENCES, LETTRES ET ARTS. — INNOCF.NT X ; MASAN1ELLO ; LUTTE DE LA FRANCE ET DE L’ESPAGNE EN ITALIE (1635-1639). — ALEXANDRE VII ET CLÉMENT IX ;■ CHARLES-EMMANUEL II ET FERDINAND II; GUERRE DE CAN- DIE (1639-1675). — INNOCENT XI; RÉVOLTE DE MESSINE; BOMBARDEMENT DE GÈNES; AFFAIRE ET RUINE DE CAS ALE (1675-1700).
Mlitc-Quint et Ferdinand Ier (1584-1500).
A la fin du xvie siècle, après la dernière résistance du saint-siège et des républiques , la péninsule était tombée dans le plus complet découragement. Deux hommes d’énergie essayèrent de la relever sur le seuil du xvn* siècle, et de
! Voyez Boita, Histoire d' Italie: Daru , Histoire de Venise; RauVe, /7mtoire de la Papauté.
1,’lTALIE AU XVII* SIÈCLE.
la mettre à même de profiter de la restauration de la France, sa protectrice naturelle depuis qu’elle était tombée sous le joug de l’Espagne : Sixte-Quint, souverain pontife, et Ferdinand Ier grand-duc de Toscane.
Félix Peretti , d’une pauvre famille slave réfugiée à Montalto, avait été élevé à la rude école de l’indigence; il avait souvent dans sa jeunesse surveillé les fruits et gardé les pourceaux; reçu dans un couvent de franciscains, il s’était élevé par un mélange assez rare d’érudition théologique et de savoir-faire administratif que relevaient encore un esprit décidé et un caractère ferme. 11 était âgé de soixante-quatre ans, et atteint de quelques infirmités, lorsqu’il fut élevé à la papauté (1584). Cet honneur parut l’avoir rajeuni, retrempé; c’est ce qui a fait dire que le lendemain de son exaltation il jeta loin de lui ses béquilles. Le premier depuis longtemps , il comprit que le pape , souverain temporel , ne pouvait s’absorber exclusivement dans ses devoirs religieux, sans mettre en danger sa puissance spirituelle même; et il entreprit d’abord de détruire le brigandage et de relever les finances du saint-siège.
Dès les premiers jours , les mesures les plus énergiques furent prises contre les brigands. On mit à prix la tête de leurs chefs; on rendit leurs parents responsables et solidaires de tous leurs méfaits. Le saint-père trouva bons tous les moyens employés contre eux ; il n’y eut à espérer de lui aucune pitié. « Tant que je vivrai, avait-il dit le jour même de son couronnement, tout criminel subira sa peine capitale. » Au bout de deux ans les ambassadeurs félicitèrent le pape sur la sécurité des routes du domaine pontifical.
Grégoire Xl II avait mangé, au dire de Sixte-Quint, les revenus de trois pontifes : les siens , ceux de son prédécesseur et ceux de son successeur. Sixte-Quint fit des économies considérables sur les dépenses de la chambre pontificale; il créa un certain nombre d’emplois vénaux, et établit des monti nouveaux sur la consommation du vin, du bois, et même sur les petites industries. En peu de temps il eut payé ses dettes, et put mettre annuellement de côté un million d’écus en or, réserve qu’il destina à parer aux grands