CHAPITRE XVII
événements, comme une croisade, une famine ou une invasion du domaine de Saint-Pierre.
L’excédant ordinaire des recettes fut employé par lui à embellir Rome. Depuis que Sixte IV avait joint encore les deux rives du Tibre par le pont de Travertino , qui porte toujours son nom, la partie basse de la ville avait été entièrement renouvelée; au delà du fleuve s’élevaient les merveilles du Vatican, le Belvédère, les Loges, le palais Chigi ; en deçà la chancellerie de Jules II, les palais Farnèse et Orsini. Mais les collines de la ville haute étaient toujours abandonnées ; l’église de Sainte-Marie des Anges, le palais des Conservateurs, sur le Capitolin, n’y attiraient pas les habitants. Sixte- Quint, pour repeupler ces belles et célèbres collines, y amena l’eau, dont elles manquaient, par des travaux qui rivalisent avec ceux des Romains. 11 fit venir de vingt-deux milles sur le Capitolin et le Quirinal, tantôt sous terre, tantôt sur des aqueducs , cette aqua felice qui donne en vingtquatre heures vingt mille cinq cent trente-sept mètres cubes d’eau et entretient vingt-sept fontaines ; il perça un grand nombre de rues, facilita les communications entre la haute ville et la basse, et doubla pour ainsi dire la ville de Rome.
L’ancien moine franciscain faisait aussi de la réaction contre le paganisme dans l’art, et était heureux de célébrer dans ses œuvres le triomphe de la foi chrétienne. 11 surmontait d’une croix le bel obélisque que l’architecte Fontana éleva avec tant de peine et de bonheur sur la place Saint- Pierre ; il précipitait de leurs colonnes les statues de Trajan et d’Antonin pour y faire monter saint Pierre et saint Paul ; il détruisait pour bâtir ses églises ou réaliser ses plans les monuments de l’antiquité, le beau temple de Sévère même, et faillit sacrifier à ce vandalisme chrétien l’admirable tombeau de Cæcilia Metella ; mais, avant tout, cet esprit positif se proposait toujours un but d’utilité publique , et Rome se releva réellement sous son pontificat.
La mort du grand-duc de Florence, François, fut aussi favorable à la Toscane que celle de Grégoire XIII aux États de l’Église. Le duc François et le cardinal Ferdinand de Médicis, rarement en bonne intelligence , s’étaient encore brouillés
L’iTÀLIE AD XVIIe SIÈCLE. 411
après l'avénement du pape Sixte-Quint. Dans l’automne de 1587, François étant tombé malade, Ferdinand vint à Florence; il y eut réconciliation. Mais quelques jours après la fièvre de François empira, Bianca Capello elle-même fut atteinte de la môme maladie ; l’époux et l’épouse dont la passion avait troublé la cour de Toscane, même l’Italie, moururent à deux jours de distance, et le cardinal Ferdinand devint duc de Florence. Mille bruits non prouvés en coururent à son détriment ; mais le nouveau duc les étouffa bientôt sous le poids de ses bienfaits.
Homme éclairé , de sens pratique et de résolution , Ferdinand Ier répara les misères causées par la négligence de François. La prospérité de Livourne fut entretenue; la ville de I*ise relevée par l’ouverture d’un canal qui la fit communiquer avec Livourne , au point que les Génois assistèrent bientôt aux foires qui y furent tenues tous les ans. Le cours de l’Arno reçut une direction plus avantageuse ; on s’occupa de dessécher les terrains inondés , et on reprit le projet de repeupler la Maremme , en facilitant l’écoulement des eaux et en arrêtant les débordements du lac Fuccechio. Enfin Ferdinand entretint une marine militaire assez considérable pour aller relancer les barbaresques jusqu’à Bone , et il essaya de ranimer les lettres et les arts, qui avaient fait la gloire de sa patrie et de ses ancêtres.
Le pape Sixte-Quint et Ferdinand étaient faits pour s’entendre. Leur politique extérieure commença à trahir plus d’indépendance vis-à-vis de l’étranger. Sixte-Quint poursuivit jusque sur le territoire des Espagnols, les brigands qui étaient quelquefois protégés par eux. Ferdinand congédia tous les Espagnols que François avait pris à sa solde, et confia ses forteresses aux Italiens dont il n’avait pas à se méfier. Tous deux entretinrent de bons rapports avec la république de Venise; le pape aimait particulièrement cette ville, qui l’avait aidé à détruire les brigands. Il assurait souvent <■ qu’il verserait volontiers son sang pour elle. » Ils se rattachèrent encore les Gonzague de Mantoue et Gènes , menacée par Charles-Emmanuel Ier de Savoie, qui espérait tout obtenir de l’Espagne en se faisant son plus zélé partisan.