CHAPITRE XVII
détruisit d’innombrables abus ou privilèges, réduisit d’un pour cent le taux de tous les moud précédemment établis, et rétablit l’équilibre des finances à la veille d’une banqueroute. Mais dans sa politique extérieure, fidèle au parti qui l’avait élevé, il aggrava les difficultés de lq cour de Rome et du gouvernement français. Les autres ambassadeurs étrangers avaient renoncé, à Rome, au droit d’asile qui était une grande source d’abus. 11 poussa trop vivement un souverain qui prétendait servir d’exemple aux autres et non les imiter.
Louis XIV trouva toute l’Italie soumise q l’influence austro-espagnole, quand il voulut la soulever. L’occasion était belle, cependant : les Messinois, pour défendre leurs vieux privilèges contre leur vice-roi , étaient en pleine révolte depuis 1674. Maîtres de leur ville dont ils avaient chassé les Espagnols, ils leur opposaient une vigoureuse résistance. Louis XIV tenta vainement de rendre l’Italie solidaire de ce mouveniept : l’envoi, en 1675 et 1676, d’une flotte considérable sous le commandement de Duquesne , trente millions dépensés dans cette entreprise, la promesse faite aux Siciliens de les laisser libres de se choisir tel roi national qu’ils voudraient, enfin les trois victoires de Stromboli, d’Agosta et de Palerme, n’y tirent rien. L’Italie resta neutre ou hostile, comme le pape. Cosme III ne voulait plus rien avoir à démêler avep cette cour qu’il connaissait trop par sa femme Marguerite-Louise. Après la mort de Chai’les- Emmanuel 11, la Savoie était gouvernée par une femme sous la minorité de Victor-Amédée II. Les Palcrmitains mêmes, et quelques autres cités siciliennes , refusèrent de suivre Messine par haine contre les Français. Louis XIV finit par abandonner la courageuse cjté aux ressentiments et aux vengeances de l’Espagne , sans rien stipuler ppur elle à la paix de Nimègue signée en 16.78.
L’Italie ne sut pas davantage opposer l’Àutyiçfie aux ressentiments de la France. En 1679, Louis XIV profitant des craintes que la maison d’Autriche inspirait à Charles IV de Mantoue, entamait des négociations avec lui pour se faire livrer l’importante place de Casale. Le cabinet autrichien, pour défendre l’Espagne et fendre quelque vie politique à
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l'Italie, proposa aux États italiens de former une ligue. 11 ne fut point écouté. Le pape resta comme auparavant brouillé avec Louis XI Y, à propos du droit de franchise et de quelques autres difficultés ecclésiastiques, mais sans rien entreprendre contre lui. Le jeune duc de Savoie, Victor-Amédée, et Ferdinand de Toscane se laissèrent fasciner par Louis XIV, qui donna à l’un la fdle du duc d’Orléans, et promit au fils de l’autre la reine môme de Portugal. Le duc de Modène comme celui de Mantoue, oubliait les intérêts de l’Italie dans les plaisirs publics et secrets de l’opéra, qui faisait alors fureur en Italie. Venise ne songeait qu’à prendre une revanche sur les Turcs ottomans. L’Italie endormie, vit sans s’émouvoir le duc de Mantoue autoriser le général français, Catinat, à mettre garnison dans -la citadelle de Casale(1681). Les princes renoncèrent même à user de cette vieille politique de bascule, dont après tout, la péninsule avait toujours été la victime. Arrivés au dernier degré de l’affaissement, ils parurent vouloir attendre le dernier coup sans s’inquiéter s’ils le recevraient de la France ou de l’Espagne.
Gènes et le saint-siège seuls, ostensiblement fidèles à l’Espagne , portèrent la peine de la neutralité des autres États. Les Génois cherchaient à gêner l’approvisionnement de la citadelle de Casale. Louis XIV demanda des explications, et, sur le refus du sénat, envoya contre la république le marquis de Seignelay. La flotte française ^jnt se ranger devant le port de Gènes, et pendant quatre jours fit pleuvoir sur la ville une grêle de boulets, jusqu’à ce que le doge consentit à aller implorer à Versailles la clémence royale (1684).
Innocent XI , menacé dans sa puissance spirituelle par la déclaration de 1682 sur les libertés de l’Église gallicane, ne cédait pas un pouce •même sur le droit d’asile. Louis XIY envoya l’ambassadeur marquis de Lavardin prendre possession de l’hôtel de l’ambassade, à la tète d’une troupe armée; en 1687, il fit saisir Avignon ainsi que le comtat Venaissin, et abrégea par ces tracasseries les jours du pontife.
La guerre qui éclata l’année suivante, entre la France et l’Europe, ne secoua pas davantage la léthargie italienne. Venise venait de recommencer sa lutte contre les Turcs;