CHAPITRE XVII
après avoir gagné par plusieurs victoires navales Coron, Motion, Lépante, Athènes, Thèbes, elle se croyait sur le point de saisir la Morée, et ne voulait point lâcher prise pour se jeter dans une guerre péninsulaire. Le nouveau pape Alexandre VI H , satisfait de quelques concessions de Louis XIV, qui voulait diminuer le nombre de ses ennemis, se radoucit au moment où sa résistance pouvait être utile. Victor-Âmédée seul fit alliance avec les ennemis de la France; mais la petite guerre qui eut lieu en Italie ne fut qu’un épisode de la grande guerre de la ligue d’Augsbourg qui agita toute l’Europe. La péninsule en connut les misères sans en concevoir aucune espérance.
La première victoire remportée par le général français Catinat sur Victor-Amédée, à Staffarde (1690), amena à la suite du général autrichien , Eugène de Savoie, le fléau des armées allemandes et des contributions de guerre. Casale fut assiégée par le prince Eugène et le Montferrat ravagé. Les États de l’Italie, mis à contribution par leur suzerain l’empereur, durent payer : Mantoue, cinq cent mille scudi ; Modène, quatre cent quarante mille ; Parme, deux cent soixante et dix mille; Lucques, quarante mille; le grand-duc de Toscane, cent trois mille. Louis XIV tenta de profiter du mécontentement causé par ces exigences impériales, pour réunir les princes italiens dans une ligue contre l’Autriche. Le pape Innocent^XlI , successeur d’Alexandre VIH, homme tout religieux, déclina toute participation au plan proposé, ne recherchant que la paix en Italie pour pouvoir aider Venise contre les Turcs. Le grand-duc de Toscane en fit autant. L’Italie continua à rester désintéressée dans la guerre faite sur son territoire , et en partie défrayée avec son argent. •
Catinat, en 1693, remporta la victoire de la Marsaglia sur Victor-Amédée, et fit ravager par une flotte les côtes de la Toscane; le prince Eugène pressa Casale et fit vivre ses bandes aux dépens du pays. Les princes italiens ne bougèrent pas. Tous les fléaux à la fois se déchaînèrent sur l’Italie comme aux plus mauvais jours, sans les toucher davantage. Le Vésuve, l'Etna surtout jetèrent comme en sinis-
L’iTALIE AD XVII' SIÈCLE.
tre présage, des torrents de feu ; plusieurs tremblements de terre désolèrent dans la même année la Sicile, la Toscane, les États de l’Église. Plusieurs princes moururent subitement : François il de Modène, pour laisser son duché à Renaud d’Este : Ranuccio II de Parme, après deux de ses fils pour faire place à François ; le duc de Savoie, Victor-Amédée, tomba malade des fatigues de la guerre ; l’héritier du grand-duc de Toscane, des fatigues du plaisir à Venise. Les bandits sortirent de leurs retraites dans les montagnes et se montrèrent hardiment dans les plaines et sur les grandes routes, comme les animaux malfaisants après un orage. Enfin, pour achever l’édification de l’Italie, l’empereur d’Allemagne et le roi de France, las de se battre comme sur un cadavre , terminèrent de ce côté leur différend aux dépens de la péninsule. Ils sacrifièrent ce qui ne leur appartenait pas, et détruisirent d’un commun accord la forteresse et les remparts de la place de Casale, principal objet du litige, et l’une des meilleures places fortes du pays (1595).
La paix suivit de près ces misères de la tin du xvii'siècle. Le duc de Savoie signa, en 1696, avec Louis XIV, un accommodement particulier, que le traité de Riswick , signé l’année suivante entre toutes les puissances, convertit en une pacification générale. Le roi de France rendit au duc de Savoie ses États à peu près intacts, et choisit sa fille aînée pour son petitfils, le duc de Bourgogne ; l’empereur retira ses troupes après avoir, il est vrai, fait payer leur retraite comme leur arrivée. La guerre de Venise et des Turcs se termina aussi, en 1699, et assez heureusement pour la république, qui répara en partie la perte de Candie, par des acquisitions en Morée. Le siècle parut se clore pacifiquement. Le pape Innocent XII, avant de descendre avec lui dans la tombe , eut la consolation de célébrer un jubilé de concorde et de conciliation. Paix bien mensongère cependant pour la malheureuse Italie! Elle était «à la veille de la mort du roi d’Espagne, qui ouvrait la succession de Charles-Quint, et qui livrait ses plus belles provinces comme un legs à d’avides compétiteurs , comme pour autoriser encore une fois Montesquieu à l’appeler le « caravansérail » des ambitions étrangères.