‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 24 sur 347 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ments impériaux , satisfait do conserver la réalité de la puissance, sous le titre modeste de patrice. Selon la promesse faite aux barbares, le tiers des terres, des maisons, des esclaves , leur fut partagé ; des bandes de mercenaires arrivées après coup , eurent même part aux dépouilles. Odoacre s’efforça de mettre autant d’ordre qu’il était possible dans cet acte de dépossession des anciens habitants. 11 conserva l’administration civile, qui continua à être exercée sous ses ordres par un préfet du prétoire; les lois de l’empire furent maintenues; le sénat et le consulat, qui d’abord avaient été abolis, furent rétablis au bout de sept ans. Les soldats et les compagnons d’Odoacre formèrent seulement en Italie comme une garnison militaire, dont on avait payé la solde, une fois pour toutes, par une large cession de terres.

Le barbare montra en tout, au dedans comme au dehors, la même fermeté. A la suite d’une émeute à laquelle avait donné lieu le choix du pape à Rome , il défendit de procéder désormais à une élection sans son aveu ; sur les frontières, il châtia les assassins de Julius Népos en Dalmatie , et battit les Rugiens qui attaquaient le Norique. Assez fort pour se borner dans ses désirs, il céda la Provence aux Goths établis dans la Gaule; il recouvra sur Genséric l’ancien grenier de Rome, la Sicile, mais à la condition d’un tribut. Il échoua cependant dans le projet de fonder une domination puissante et durable en Italie, comme semblaient alors faire les Visigoths en Espagne. Ses mercenaires, recrutés dans toutes les nations, étaient trop peu nombreux et formaient un corps trop hétérogène. Les Italiens, qui voyaient en eux des spoliateurs, et dans leur chef un arien, un hérétique, étaient plutôt disposés à les trahir qu’à faire cause commune avec eux. Enfin Odoacre, qui connaissait les ressources du despotisme impérial, avait continué à son profit toutes les exigences du fisc, et la population de l’Italie avait encore diminué depuis que la péninsule était privée des blés de l’Afrique. Le pape Gélase rapporte qu’il y avait alors des contrées , dans l’Émilie et la Toscane , où l’on rencontrait à peine un homme.

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Le roi Odoacre ne put défendre sa conquête lorsqu’une nouvelle nation de barbares se présenta en 4S9 sur la frontière des Alpes. C’était le second ban de la vaillante et vagabonde nation des Goths, arrivant non plus pour passer comme un torrent ainsi qu’avaient fait les Visigoths, mais bien pour s’établir. Soumis quelque temps par Attila, les Ostrogoths , après la mort de celui-ci , s’étaient fixés dans la Pannonie, avec le consentement de l’empereur d’Orient dont, selon l’occurrence, ils défendaient ou ravageaient les provinces. Après avoir obéi à leurs trois chefs , Walamir , Widemir et Théodemir , ils s’étaient enfin réunis sous un seul, le jeune et vaillant Théodoric, de la race des Amales, qui avait été longtemps retenu en otage à la cour d’Orient. Celui-ci, adopté comme son fils d’armes par l’empereur Léon 1" le Thrace, avait défendu son successeur Zenon contre l’usurpateur Basiliscus ; mais il s’était enfin lassé des intrigues des Grecs et avait obtenu de lui l’autorisation de faire rentrer l’Italie sous ses lois, en y établissant son peuple. Il arrivait maintenant à la tète de deux cent mille barbares, émigrant avec chariots, femmes, enfants et richesses, c’est-à-dire à la tète de tout un monde nouveau (; migrante in Ilaliam mundo).

Odoacre opposa d’abord , dans les Alpes , le roi des Gépides Ardaric et quelques Sarmates à la marche des Ostmgoths. Cette avant-garde écrasée, non sans peine, il ne put lui-même tenir sur l’Isonzo et se retira sur l’Adige, près de Vérone, où il livra et perdit un combat décisif. A Havenne, il apprit la soumission de Laurent et d’Épiphane, évêques de Milan et de Pavie , ainsi que la défectiop de plusieurs chefs de mercenaires, entre autres de Tufa, un des plus vaillants. C'était la perte de toute. la Ligurie.

Odoacre profitant bientôt d’une nouvelle trahison de Tufa rentré à son service, à la suite de quelques difficultés sur le partage, recouvra encore Milan, dont l’évêque Laurent et. les habitants furent punis, et accula vers Pavie le roi

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