‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 25 sur 347 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Théodoric, dont l’armée, pendant un hiver rigoureux , fut nourrie par les soins d’Epiphane. Mais au printemps, avec des secours envoyés de Gaule par son allié le roi des Visi— goths , Théodoric livra à son adversaire une grande bataille sur l’Adda. 11 fut d’ahord repoussé jusqu’aux portes de son camp, et ce furent les reproches de son énergique mère qui le renvoyèrent au combat. Il rallia alors les siens par des prodiges d’audace , et poussa , l’épée dans les reins, son ennemi vaincu jusque dans Ravenne.

La domination de l’Italie dépendait maintenant de la possession de cette ville, que défendaient les deux petits fleuves du Roneo et du Montone , un lac assez considérable et une forêt de pins. Pendant le siège, qui dura longtemps, Théodoric soumit Rimini, Parme, Plaisance, Mantoue, Crémone , pour isoler Ravenne de plus en plus. L’évêque de la ville, Jean, prévoyant enfin une catastrophe, s’entremit comme faisaient alors tous les personnages ecclésiastiques de l’Italie, et parvint à conclure un traité par lequel Odoacre et Théodoric devaient garder chacun le titre de roi, et leurs soldats goths et hérules, entrer en partage de la terre italienne. Mais, au bout de peu de temps, l’impossibilité d’un pareil accommodement éclata; des querelles incessantes naquirent entre ceux qui conservaient l’orgueil de la victoire et ceux qui ne pouvaient oublier la honte de la défaite. Peutêtre Odoacre ne crut-il point encore sa chute irréparable. Théodoric sortit violemment, et par un crime, de cette position fausse. 11 invita Odoacre à un banquet et le poignarda, tandis que sur son ordre les principaux chefs ennemis étaient saisis et tués en trahison dans le reste de l’Italie. La péninsule passa ainsi des Hérules mercenaires aux Ostrogoths, et d’Odoacre à Théodoric.

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Les Ostrogoths étaient encore un peuple presque entièrement barbare, que le christianisme, porté au milieu d’eux par des missionnaires ariens, n’avait point adouci ; ils ne connaissaient rien de la culture de la terre , et dernièrement avaient ruiné la Thrace, en coupant le bras droit à tous les ha-

bitants de cette province en état de tenir la charrue. Par son séjour à la cour de Constantinople, leur chef Théodoric seul joignait à la robuste constitution de sa race, et aux exercices d’une rude jeunesse , une éducation toute civilisée qui le rendait familier avec les mœurs et les lois du monde romain’, bien qu’elle n’eût pas encore tout à fait dépouillé chez lui le barbare. Ennodius , son panégyriste, il est vrai , vante la mobile expression de son visage , caressant dans la joie , terrible dans la colère, et promettant à son gré la guerre ou la paix. Avec les guerriers Theudis et lbbas, Théodoric avait amené en Italie le lettré grec Artémidore. 11 semblait donc propre à présider à la création d’une nation nouvelle , par le mélange des Ostrogoths et des Italiens, comme èela eut lieu entre les Gallo-Romains et les Francs, sous le roi Clovis.

Théodoric l’essaya. Se considérant comme l’héritier, le conservateur des institutions impériales en Italie, il n’y vint rien changer ; il prit seulement pour lui l’autorité, et pour ses compagnons des terres en guise de solde, comme avait fait Odoacre. C’était le moins que pouvaient demander les conquérants , de gouverner et de partager le pays qu’ils se chargeaient de défendre. Un lot proportionné à la naissance, au rang dans l’armée , aux esclaves et aux têtes de bétail , fut assigné à chaque barbare sur les propriétés des riches italiens , et les fit ainsi citoyens intéressés de l ltalie. Le chef des Ostrogoths, en chargeant quelques Romains, entre autres Libérius, de la distribution de ces domaines, essaya de déguiser autant que possible cette prise de possession , qui ne s’acheva point sans quelque désordre. Dans un premier instant de colère, il avait voulu dépouiller tous les soldats qui avaient servi dans l’armée d’Odoacre; mais il revint sur cette décision, grâce à l’intercession d’Épiphane; et les anciens mercenaires se confondirent peu à peu dans cette armée d’occupation , qui , avec le reste des riches propriétaires romains, exploita le sol italien cultivé par d’anciens colons ou de nouveaux captifs, dont la condition se rapprocha bientôt de celle des serfs.

Ceci fait, le roi Théodoric s’efforça de restaurer le vieil

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