‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 273 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

révoltés de ses États , était déjà las de sa situation nouvelle. Dans la péninsule, même républicaine, on commençait à sentir la prépondérance française autant que la liberté. Le gouvernement cisalpin ayant refusé un traité proposé par le Directoire, aux termes duquel il devait recevoir vingt-cinq mille Français dans ses places, et payer dix millions , Berthier avait expulsé les récalcitrants et imposé le traité.» Les exactions, les spoliations commises aussi par des libérateurs qui ne pouvaient d’ailleurs être complètement désintéressés, semblaient lourdes. Enfin , l’introduction si brusque d’une liberté nouvelle, l’établissement d’institutions tout à fait exotiques et mal greffées sur les coutumes et les traditions nationales, causaient plus d’un froissement et d’un malaise.

Le roi de Naples Ferdinand , le premier, ordonna subitement une levée de quarante mille hommes , s’assura des secours de l’Angleterre, et en novembre entra sur le territoire romain avec cinquante mille hommes , commandés par le général autrichien Mack. Les troupes françaises , commandées par Championnet, étaient dispersées; le roi de Naples fit son entrée à Rome le 29 et détruisit le gouvernement républicain. Son succès fut de peu de durée. Le Directoire, obligé de garder les positions prises , et voyant déjà se former une nouvelle coalition, demanda à Charles-Emmanuel le secours de ses Piémontais et, sur ses hésitations, ordonna à Joubert, chef de l’armée d’Italie, d’entrer dans le P-iémont. Une partie des villes comprimées par le roi ouvrit ses portes; les soldats piémontais passèrent dans les rangs français; Charles-Emmanuel, sur la sommation de Joubert, n’eut plus qu’à abdiquer ses droits sur le Piémont et à se réfugier en Sardaigne. La chute du dernier gouvernement monarchique du nord paya d’abord l’attaque du roi de Naples contre la république romaine.

Ce ne fut pas tout. Assuré de ne plus être inquiété sur ses derrières, Championnet concentra son armée et revint sur le roi de Naples. L’armée de celui-ci, rassemblée à la hâte, était tout indisciplinée. Parmi les officiers, les uns, attachés à la cour, étaient sans habileté ; les autres , ayant quelque instruction, étaient imbus des idées françaises qu’ils allaient

l’italie républicaine. 503

combattre. Ferdinand, incapable de résister à Championnet, abandonna Rome , qui fut reprise , repassa les frontières de son royaume et rentra dans sa capitale. Accueilli par les murmures de la noblesse et de la bourgeoisie, voyant tomber au pouvoir de l’ennemi les forteresses de Pescara et de Gaëte, il abandonna lâchement la partie et s’embarqua lui et sa famille sur la flotte anglaise avec ses trésors , en chargeant de la défense Pignatelli , nommé vice-roi , et l’Autrichien Mack. Le premier demanda une trêve qu’il obtint au prix de deux millions; le second, dont les soldats en masse désertaient, dont les officiers étaient d’accord avec les républicains, conclut un armistice, et s’enfuit bientôt de sa propre armée dans le camp des Français. Les lazaroni seuls, auxquels Ferdinand et le vice-roi laissèrent prendre les armes, voulurent se défendre et commencèrent assez singulièrement par le pillage de plusieurs maisons et le meurtre de quelques patriotes. Les républicains, aidés de la bourgeoisie effrayée , appelèrent les Français et s’emparèrent du fort Saint-Elme. Après un combat de trois jours, livré par les Français et les républicains aux lazaroni, Championnet ne leur fit poser les armes qu’en promettant de faire respecter saint Janvier. Le lendemain 22 février, il entra dans la ville ; il fut reçu avec joie par les lazaroni mêmes, quand il eut assisté au miracle du patron de Naples, et établit dans la ville un gouvernement provisoire qui proclama le 23 janvier 1799 la république parthénopcenne.

Des anciens souverains de la péninsule, il ne restait plus que le grand-duc de Toscane, Ferdinand! La dénonciation faite à la France d’une nouvelle coalition fut le signal de sa chute. Dans cette nouvelle lutte de la liberté contre le despotisme , il était nécessaire que l'Italie fût unanimement unie à la France. On ne pouvait compter entièrement sur le grand-duc de Toscane, toujours neutre depuis le commencement de la guerre. Le 25 mars, Berthier entra sur son territoire, lui signifia de quitter le pays, entra dans Florence et y installa comme partout un gouvernement provisoire aux tendances républicaines. Depuis les Alpes et l’Adige jusqu’au golfe de Tarente, les troupes françaises et les in-

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