CHAPITRE XXI
sent ouvertes , et envoya aux habitants «le la Romagne la promesse formelle de prochaines améliorations administratives. Le 16, une illumination subite à Rome remercia et encouragea le pontife; et le lendemain un décret général d’amnistie rappela tous les exilés qui promettraient par écrit de ne point abuser du pardon. Le soir même, par une magnifique nuit d’été, le pape, arraché à ses fécondes veilles par la joie reconnaissante de tout le peuple romain, fut obligé de lui donner, aux flambeaux , une bénédiction qui ne fut jamais reçue avec autant de véritable émotion.
Ce n’était là que des dons de joyeux avènement. L’État romain appelait des mesures plus sérieuses , des réformes essentielles; « mais, comme l’écrivait Rossi, le sillon était ouvert. >*
Rie IX , le 8 août, choisit pour secrétaire d’Ëtat le cardinal Gizzi , le représentant véritable des idées libérales, dans le sacré collège ; et sur ses conseils , il changea les cardinaux des légations, diminua les dépenses de la cour, imposa le clergé et nomma une commission de jurisconsultes pour la réforme des lois civiles , criminelles et pénales des Étais romains. 11 n’y avait plus à s’y méprendre, une ère nouvelle commençait pour l’Italie. La parole de vie était cette fois tombée du Vatican. Tous les esprits, tous les cœurs se tournèrent vers Pie IX. Le saint-siège était relevé de la condamnation portée contre lui par Cino Capponi; Pie IX semblait la réalisation vivante de la pensée de Gioberti ; la religion rattachait au mouvement les masses d’ordinaire indifférentes ou hostiles, et la péninsule pouvait espérer de renaître enfin.
Sous cette unanimité apparente imprimée un moment à tous les esprits, se cachaient cependant des désirs et des besoins de nature diverse. En premier lieu, ce que nul n’osait contester, môme parmi les rétrogrades, c'était la nécessité de certaines réformes, d’améliorations administratives, judiciaires, materielles, dont l’absence mettait l’Italie au-dessous de tous les peuples. Les souverains ne reculaient euxmêmes devant ces réformes que par crainte d’être obligés de concéder davantage. Mais l’aristocratie, la haute bourgeoisie,
tort éclairées en Italie et pénétrées de sentiments libéraux, ne s’arrêtaient pas la : elles ne regardaient ces réformes que comme un acheminement vers des institutions politiques, constitutionnelles, qui leur donneraient la part légitime d’influence que méritaient leurs lumières et leurs richesses. Enfin, l’instinct national, quoique aveugle, des masses, voyait au bout du mouvement et comme dernier résultat, la lutte contre l'étranger, l’Autrichien, la conquête de l’indépendance; et si celle-ci ne pouvait être atteinte que par le sacrifice des souverains et l’union de I Italie entière en un * seul État, on ne recu'ait pas, quelques têtes ardentes, au moins, devant cette dernière et suprême lutte; loin de là, l’union de la pépinsule, du sommet des Alpes au golfe de Tarente , apparaissait comme le but supérieur et suprême de tous les efforts , l’utopie désirable et réalisable peut-être, le vrai et définitif avenir de l’Italie.
Pie IX avait le cœur et la pensée assez hauts pour comprendre quelle conduite il fallait tenir au milieu de ces circonstances; il pensait à réaliser progressivement chez lui et à seconder dans la péninsule, ce qui était dans la mesure du temps, et à ne pas se laisser entraîner au delà. « Il nous faut dix ans , disait-il , pour faire pénétrer l’esprit national et politique dans les masses. •• 11 y travailla, dès les pre miers jours, avec son ministre Gizzi. 11 demanda aux corps municipaux et ecclésiastiques les meilleurs moyens pour améliorer l’éducation populaire ; il institua des commissions chargées d’examiner l’état de toutes les branches de l’administration; mais il prit soin d’éviter encore de toucher tout ce qui menait directement a la politique.
Le respect et les sympathies de l’opinion générale encourageaient l’œuvre de Pie IX. A son exemple, les autres souverains entrèrent dans la voie des réformes. Le roi Charles- Albert, à la fin de l’année 1846, établit dans les écoles de droit , des chaires publiques d’histoire de la jurisprudence, d’encyclopédie du droit, et de philosophie. L’administration impopulaire de M. de La Margherite fut obligée de faire quelques concessions. Le grand-duc de Toscane forma une commission pour la réorganisation de l’enseignement, et fond»