CHAPITRE XXI
d’abord une école normale théorique et pratique. Le gouvernement de Parme laissa ses municipalités protester contre les jésuites. Le duc de Lucques supprima les établissements de jeu dans ses États; on put espérer quelque chose de l’avénement de François V à Modène.
Ceux qui désiraient pour l’Italie plus que des réformes, s’effacèrent d’abord devant Pie IX comme pour ne point le troubler. Dans la spéculative université de Pise(Pisa cogitabunda ) , tout imprégnée des doctrines de Gioberti, le politique Montanelli ne voulut point qu’on parlât encore de constitution ; l’impulsion réformatrice étant partie de Rome , il désirait seulement qu’on adhérât au programme romain : « Mieux valait, dit- il, trois pas ^vec Rome que quatre sans elle. •• A Turin, M. Balbo récusa ce qu’il appelait la politique des utopistes et des révolutionnaires , et M. Petitti fit savoir à la Revue diplomatique , qu’on ne songeait en*Piémont qu’à rester dans la voie des sages progrès où le gouvernement venait d’entrer. De Londres, le chef de la Jeune Italie lui-même , Mazzini, écrivit au saint-père comme pour abdiquer entre ses mains. Dans son livre de t Italie dans ses rapports avec la liberté et la civilisation moderne , il vit dans l’initiative du pape le commencement d’une ère nouvelle, et Ricciardi, un de ses adeptes, se montra de son avis dans ses Confortialt ’ Italia. En France, l’opposition constitutionnelle, par la voix de M. Thiers, encouragea le saint-père , et M. Guizot tenta seulement de modérer le mouvement pour l’assurer , on est en droit de le croire. L’ambassadeur anglais, lord Minto, se montra plus ardent, mais on se défiait de ses encouragements et de ses excitations.
Ce qùi manqua à Pie IX , ce fut la promptitude de la résolution , et le secours d’hommes pratiques en état de réaliser les inspirations de son cœur. Il fallait, après avoir proclamé la déchéance de l’ancien système de gouvernement, réorganiser promptement le nouveau, et en faire sentir de suite les bienfaits pour être en droit de refuser des vœux encore prématurés. On avait mis à l’écart les instruments du despotisme, la justice arbitraire, l'armée suisse;
il était nécessaire de créer promptement les instruments d’un gouvernement libéral, de réorganiser les tribunaux , de lever une armée romaine et d’armer la garde nationale. Les menées de la faction rétrograde qui commençait à effrayer la conscience de Pie IX, les impatiences des masses dont les passions longtemps contenues fermentaient déjà, en faisaient un devoir impérieux. D’un côté, les hommes et les classes intéressés aux abus imploraient l’appui de i’Autriche ; de l’autre , la haine de l’étranger renaissait plus vive. Le 5 décembre 1846, les Apennins furent éclairés par des feux nocturnes d’un bout à l’autre de l’Italie. Le vieux cri national, « hors les barbares, » fuori i barbari, était souvent affiché sur les murailles, ou poussé dans des réunions politiques.
Pie IX hésita, ou se heurta contre d’invincibles obstacles; il ne fit presque rien quand les jours étaient des années , et il laissa aux imaginations italiennes le temps de s’emporter. Il fallut quelques troubles à Bologne et à Ferrareau sujet de la rareté des grains pour le décider à organiser la garde nationale dans ces deux villes seulement. Inépuisable dans sa charité et ami des lumières , il secourut les populations pauvres de Rome , épuisées par un long hiver, et ordonna la restauration de l’université de Bologne. Le 23 décembre, dans son encyclique, la religion parla un langage dont la grave mansuétude et l’onctueuse douceur allaient droit au cœur des hommes du siècle; mais c’était vainement que chaque jour apportait au pape de nouveaux encouragements. Il ne pouvait sortir sans rencontrer une foule ivre de joie qui lui criait par soixante mille bouches : « Courage, saint-père ; fiez-vous à votre peuple. » Pour la première fois, le successeur de l’apôtre recevait les compliments des représentants des républiques de l’Amérique et du sultan turc. Rien de décisif cependant ne se fit.
L’action politique du pape parut comme entravée , soit mauvaise volonté , soit impuissance, par de sourdes et inextricables difficultés. Les commissions nommées pour la réorganisation de l’armée, la création d’établissements agricoles, l’augmentation des écoles primaires, etc., au printemps