CU APURE XXI
La politique d’unité n’est plus que le rêve d’un démocrate mystique, qui croit personnifier en lui l’Italie entière, et qui est anathématisé par ses coreligionnaires mêmes.
La fédération , sous une forme ou sous une autre , est l’idée la plus vive qui ait survécu à la révolution; l’Autriche l’exploiterait volontiers à son profit, si elle ne rencontrait pas tant de répugnances. Le roi de Naples est peut-être le seul qui n’en veuille point du tout entendre parler, heureux d’isoler son pouvoir absolu derrière les Abruzzes et au delà du Phare. Pie IX, désabusé, vient encore, il est vrai, de mettre à l’index le dernier livre de Gioberti, Des erreurs et des aventures, des remèdes et des espérances. Mais il ne faudrait pas beaucoup pour rouvrir son cœur à la confiance et aux grandes pensées. La fédération, que les souverains indépendants y songent, n’est pas seulement le mot de ralliement des exilés qui ne suivent pas Mazzini, mais le vœu d’un grand "nombre de cœurs italiens et d’esprits sensés. On ne saurait se le dissimuler cependant, en face de l’Autriche récemment victorieuse , l’Italie ne peut rien seule , pas même se confédérer. Mais il y a encore à Rome un drapeau qui dans ses plis porte de trop glorieux souvenirs pour qu’il ne soit pas toujours un signe d’indépendance et de liberté en même temps qu’une garantie de puissance et d’ordre. Que les Italiens mettent en lui leur confiance ; il ne la trompera point. La France, pour qui toute possession au delà des Alpes ne serait qu’un affaiblissement , ne demande rien à l’Italie, si ce n’est l’oubli de rivalités séculaires, la sagesse des espérances et de la conduite , l’esprit d’union et l’amélioration des mœurs publiques qui la rendront digne de reprendre son rang parmi les grandes nations.
Avril 1852.