‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 46 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rations du clergé, se jeta sur l’Istrie ot la Pentapole , reprit Ravenne, força le dernier exarque Eutychius à s’enfuir dans la ville de Naples, et menaça Rome qui l’empêchait de mettre la main sur les territoires encore indépendants du midi de F Italie. Le pape n’avait pour se défendre que le duc de Rome, chef de ces corporations de soldats assez mal disciplinées ( scholæ militum ), qui faisaient la seule force militaire de la ville, et les membres du collège aristocratique du consulare , possesseurs de grands domaines dans la campagne de Rome, décorés aussi du titre de ducs, mais plus orgueilleux que réellement puissants.

Étienne 11 chercha d’abord à arrêter Astolphe par des flatteries et des présents , tactique qui , sous Zacharie , avait réussi auprès des prédécesseurs du roi lombard. Astolphe écouta les flatteries , reçut les présents , et n’en réclama pas moins la suzeraineté de Rome avec un sou d’or par chaque tête de Romain. 11 fallait donc user des dernières ressources. Après avoir cherché encore à se rapprocher de Constantinople, Étienne, en face d’ Astolphe, frémissant de colère, mais qui n’osa l’arrêter, partit pour la Gaule, escorté de deux Francs, l’évêque de Metz Rodegang et le duc Autchar.

L’œuvre entreprise par les premiers Carlovingiens était déjà presque accomplie. La royauté franque était maintenant dans des mains viriles, et la domination mérovingienne, tonlbée en ruines sous les débiles successeurs de Dagobert, se reconstruisait peu à peu des Pyrénées aux frontières de la Bohême, sous l’habile et énergique direction d’une famille nouvelle , et l’on pourrait presque dire d’une nouvelle race de Francs, les Austrasiens. C’était vers eux qu’accourait Étienne. Pépin, qu’il sacra solennellement roi des Francs, et qu’il nomma patrice de Rome, s’empressa de répondre à ses demandes de secours, et mit aussitôt en mouvement l’armée des Francs.

La première fois qu’il pénétra en Italie par le passage de Fénestrelle (754). il se contenta de faire abandonner au roi lombard ses récentes conquêtes. Rappelé une seconde fois par une nouvelle tentative d’ Astolphe sur Rome (755), il lui fit jurer solennellement de laisser en paix les anciennes provinces

de l’exarcliat. Des envoyés de la cour de Constantinople se trouvaient là. Ils réclamèrent ces provinces au nom de leur maître; le pape Étienne les demanda au nom de saint Pierre et de saint Paul, comme il avait obtenu déjà des rois lombards Sutri et quelques autres villes. Pépin, usant librement de son droit de conquête, abandonna, s’il faut en croire quelques écrivains ecclésiastiques , aux apôtres Pierre et Paul, les provinces d’Émilie, de Flaminie et de Pentapole. Les rois barbares, ceux des Francs surtout, s’étaient toujours montrés généreux envers les églises. 11 était naturel , après tout , que Pépin fit à la première des églises la donation d'un pays qu’il ne pouvait encore gouverner, et où il conservait le titre de patrice , c’est-à-dire une sorte de suzeraineté.

Jusque-là c’était bien. Le saint-siège , sans compromettre l’indépendance de l’Italie, obtenait ce qu’il désirait et ce qui , dans ces temps de violences , lui était nécessaire pour assurer son indépendance. Astolphe tarda bien à céder et garda même jusqu’à sa mort les villes de Ravenne, Faenza, hnola, Ferrare, Bologne, Ancône. Mais dans les autres, le pape nommait déjà et instituait en son nom les ducs, comtes et tribuns militaires, en même temps que les clercs chargés de l’expédition des affaires ecclésiastiques; il avait fait un grand pas dans la voie de la souveraineté temporelle.

Après la mort d’Astolphe, qui ne laissait pas d’enfants (756), de nouvelles difficultés entre le saint-siège et les Lombards amenèrent de plus tristes résultats. Le pape Etienne opposa quelque temps Ratchis tiré de son cloître au duc de Tuscie, Didier, pour lui arracher l’exécution du traité juré par Astolphe ; puis, il favorisa l’élection à Spolète d’un duc qui lui était hostile. Didier, reconnu par les Lombards, après avoir renvoyé Ratchis dans son couvent et chassé son ennemi de Spolète , entama des négociations avec la cour de Constantinople, dans l’intention de poursuivre contre le pape une vengeance commune. Pépin s’interposa encore, et sa médiation eut peine à terminer les hostilités.

A la mort de Paul Lr, Didier poursuivit son but par un nouveau moyen. Depuis que le saint-siège joignait à sa suprême

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