CHAPITRE V
autorité spirituelle , une puissance politique considérable , l’élection des papes était l’objet de brigues et de luttes d’autant plus ardentes , qu’elles se compliquaient de l’ambition des plus puissantes familles de Rome et de la rivalité des factions byzantine, lombarde et franque. Le pape Paul Ier était à peine mort qu’un riche baron romain , Toto, duc de Népi, s’était jeté dans la ville de Rome et avait fait violemment consacrer pape son propre frère Constantin, par l’ évêque de Préneste Géorgius , au grand scandale de la plupart des Romains. Didier, sous prétexte de chasser l’intru, fit pénétrer dans la ville quelques Lombards, et au milieu du trouble tira du cloître un certain Philippus, qu’il fit consacrer pour avoir un pape à sa dévotion. 11 ne réussit pas ; le primicier Christophorus fut assez habile pour jouer le roi. Il profita de la déchéance de Constantin, empêcha la confirmation de Philippus, et fit élire Étienne 111, pape entièrement opposé aux Lombards.
Obligé d’en revenir aux hostilités ouvertes , Didier donna ses deux filles Hermengarde et Gerberge à Charles et à Carloman , pour détacher du pape les deux princes francs ; occupa militairement Faenza, Ferrare, Comacchio; bloqua Ravenne et pensa tenir l’exarchat. Mais l’alliance sur laquelle il avait cru bâtir sa fortune , amena justement sa ruine et celle du royaume lombard. Charles répudia bientôt celle que le pape lui représentait comme issue d’un peuple de lépreux, et après la mort de son frère Carloman, dépouilla les fils de sa veuve, Gerberge. Doublement blessé comme père et comme roi , Didier recueillit à sa cour tous les ennemis du roi franc, entre autres le vieux duc des Aquitains Iïunald, et marcha sur Rome pour forcer le pape Adrien à sacrer les fils de Carloman, les neveux de l’usurpateur. C’était une déclaration de guerre au roi des Francs.
Charlemagne en Italie (193); Adrien I*f; rétablissement de l'empire d'Oceldent (*»««'.
Après d’inutiles propositions de paix, Charles rassembla les Francs dans un champ de mai et leur proposa de défendre le pape son allié. Didier et son fils Adelchis avaient
fortifié le pas de Suze. Un diacre nommé Martin, envoyé par Léon , archevêque de Ravenne, alors partisan zélé du pape, indiqua au roi des Francs un sentier inconnu et non gardé, pour tourner les fortifications et l’armée de Didier. Les deux villes de Pavie et de Vérone pouvaient seules maintenant résister. Didier se renferma avec Hunald dans Pavie, et Adelchis avec les fils de Carloman, dans Vérone (773).
Charles fit bloquer ces deux villes, et alla visiter Rome. Reçu avec enthousiasme par le pape , le clergé et le peuple au milieu des solennités de la fête de Pâques, il renouvela la donation de Pépin , sans faire abandon cependant de ses droits de souveraineté. De retour au Nord , il reçut d’abord la soumission de Vérone, après la fuite d’Adelchis en Grèce. Dans Pavie , Hunald voulait résister jusqu’à la dernière extrémité. Il fut lapidé par les femmes, qui ouvrirent les portes. Charles prit le titre de roi d’Italie, reçut le serment de fidélité des ducs lombards et emmena Didier et ses neveux en Gaule (774). Ainsi périt, pour n’avoir pas paru compatible avec la souveraineté spirituelle du pape, le second royaume essayé par les barbares ; avec lui tomba l’indépendance de la péninsule.
La condition des Lombards eût été assez douce si, pour conserver leurs lois et leurs domaines, ils s’étaient résignés, sans révolte, à la perte de leur indépendance ; mais Rodgaud, duc de Frioul; Hildebrand, duc de Spolète ; Aréchis, duc de Bénévent, rappelèrent de Constantinople le fils de leur roi, Adelchis, qui au mois de mars 776, pendant une expédition de Charles contre les Saxons, débarqua sur les côtes d’Italie. Cette tentative ajouta la perte de la liberté à celle de l’indépendance. Vainqueur des Saxons, Charles battit et tua Rodgaud, chassa Adelchis, et cette fois abolit la constitution et les lois lombardes, destitua les ducs, divisa les anciens duchés et les confia à autant de comtes, la plupart Francs, qui devaient gouverner en son nom et à son profit (777).
L’ordre et l’unité ne furent pas d’abord pour l’Italie le prix de la domination étrangère. Les comtes francs eurent quelque peine à faire accepter leur autorité. Au centre de