‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 5 sur 347 · PRÉFACE. XIX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIX

rectionnels, qui arrachent à Naples une constitution à une résistance opiniâtre et à d’excessives rigueurs. A l’ombre du Vatican, l'Italie renaît à la liberté et peut espérer un jour l’union et l’indépendance. On a pour la première fois le spectacle d’une révolution pacifique, féconde, et qui vient d’en haut. Comment tout a-t-il été subitement compromis?

Comment en un plomb vil l’or pur s’est-il changé?

Pour la seconde fois en soixante ans, la France révolutionnaire compromet par le contre-coup de ses convulsions intérieures, le développement original et régulier des affaires italiennes. 1 848 tombe tout à coup en Italie comme 1789, et exige d’elle plus qu’elle ne peut donner.

Quand tout est ébranlé en Europe, tout paraît facile à la péninsule. Milan, Venise en quelques jours se débarrassent des Autrichiens; Charles-Albert, l’épée de l’Italie, arrive sur le Mincio.»On touche à l’indépendance: un royaume italien adossé aux Alpes, et occupant toute la vallée du Pô en sera la garantie. Mais le saint-siège recule. Pape, Pie IX ne peut être le complice d’une révolution européenne; souverain des États de l’Église, il ne permettra pas plus qu’au moyen âge la formation d’un grand royaume italien du nord. Ferdinand II, plus résolu, frappe la révolution déjà victorieuse à Naples; et Radetzki, longtemps acculé mais toujours redoutable entre le Mincio et l’Adda, culbute le futur royaume italien à Custozza, reprend Milan et le rejette au delà du Tessin.

La royauté constitutionnelle a échoué après la papauté dans cette œuvre nationale. Quand tout est déjà désespéré, la démocratie vient essayer à son tour de se mettre en ligne, et achève de tout compromettre. Après la Rome pontificale, la Rome démocratique ; après Pie IX , Mazzini ; après la guerre royale, la guerre populaire; après Charles-Albert,

PRÉFACE

Garibaldi. La république est proclamée à Rome, à Venise, à Milan ; elle menace ou pousse la royauté à Naples et à Turin, et la papauté au Vatican. Pie IX n’avait fait encore que reculer, il sévit maintenant ; s’il hésitait à devoir l’indépendance péninsulaire au royaume du nord, il la repousse ouvertement des mains de la démocratie et appelle à son aide les armées étrangères et catholiques. L’Italie succombera , mais le Vatican sera sauvé. Charles-Albert, la mort dans l’âme, paraît encore à Novare, non pour vaincre mais pour tomber dignement avec l’Italie; et l’armée française, sur l’ordre de Louis- Napoléon Bonaparte, président de la République, achève la révolution italienne à Rome , et y ramène victorieusement le pontife-souverain.

Dernier épisode de la vie italienne , cette révolution contemporaine a présenté en petit toute son histoire, et par là renferme un grand enseignement. Papauté, royauté, peuple, n’ont rien pu, isolément, au xixe siècle, comme au moyen âge, pour la péninsule; l’avenir de l'Italie est dans leur intime union. La religion, le pouvoir, la liberté, ne peuvent se passer l’un de l’autre pour la constituer en nation et lui donner l’indépendance. Il faut que ces trois principes se concilient, en se faisant des concessions, dans la constitution intérieure de chacun de ces États et dans leurs rapports mutuels, comme le Piémont commence à en donner l’exemple. La leçon des trois dernières années confirme celle de quinze siècles. Accord et équilibre des principes, confédération des 'États, là est le problème. Pour le résoudre, il ne faut laisser de côté aucune des forces vives , aucun des éléments de l’Italie.

Ajoutons encore que ce ne serait pas trop d’une main amie et qu’elle est là peut-être. La France n’a pas seulement troublé l’Italie depuis soixante ans; chaque fois qu’ello a

PHÉFACE.

paru dans la péninsule, elle a laissé quelque chose derrière elle. Après Napoléon, des lois civiles, un code; après le gouvernement de juillet, une tribune sage et libre au pied des Alpes; après la révolution contemporaine, l’armée française. Celle-ci a déjà sauvé Rome de l’Autriche. On peut l’espérer de celui qui l’a envoyée , il ne bornera pas là ses services. L’ordre rétabli en Italie ne peut pas être celui dont parle le poète :

Qucs'.a morte

D’ogni iilea sublime cite ordin si cliiama.

Juin 1 852.

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