‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 4 sur 347 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

français se retirent ! Instrument de son propre génie, consul et empereur, il la couvre de royaumes et de rois plébéiens, d’origine française : Eugène Beauharnais , Joachim Murat. Encore un peu, et après l’avoir délivrée de l’ombre du Saint- Empire germanique , il la fondra tout à fait dans un nouvel empire français, auquel le roi de Rome du moyen fige ne manque même pas.

Cette initiation à la liberté, à la lutte, à la gloire sous le drapeau français et par un grand homme , n’est pas sans avantages pour la péninsule. L’idée d’un royaume italien du nord, qui serve de boulevard à l’indépendance commune, devient familière à tous les esprits. Les principes de liberté et d’égalité civile, vraies et légitimes conquêtes de la révolution, s’implantent sur le terrain même de la routine ecclésiastique et féodale. Toutes les contrées italiennes passent sous le joug d’une même loi, tous les peuples s’enrôlent sous la même discipline ; les Piémontais et les Romagnols surtout , montrent qu’ils savent à côté des Français mourir pour une idée. La pensée « de régénérer la grande patrie italienne # est évidemment l’un des rêves de Napoléon.

Mais les services de l’étranger ne sont jamais gratuits, et le despotisme gâte même ses bienfaits. La réunion d’une partie de l’Italie à la France est décrétée, et ses propres souverains ne sont que les instruments d’un maître. La révolution a promis à l’Italie l’indépendance, la liberté; Napoléon la démembre et la domine encore. Un seul souverain résiste à celui qui commande à tous ; la dernière protestation de l’Italie émane de Pie VII. Entraîné par la grandeur et l’excès de ses desseins , Napoléon ne respecte pas celui devant qui les barbares, devant qui l’Autriche s’est arrêtée. On le sent trop alors, l’Italie est l’humble satellite de la France; ses souverains, les vassaux de l’empereur ; son territoire, le patrimoine de famille du vainqueur. On oublie les bienfaits.

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pour ne plus voir que la servitude et les carbonari s’unissent aux sanfédistes , les libéraux aux rétrogrades, pour chasser les souverains et les soldats français quand l’heure de la chute de Napoléon a sonné !

Malheureuse alliance et victoire plus triste encore ! L’Italie n’aide à la chute de la domination française que pour rentrer sous celle de l’Autriche, encore appesantie , et elle regrette bientôt un despotisme politique qui assurait la liberté et légalité civiles , pour un autre qui viole l’une et l’autre. Ce ne sont pas seulement les anciens souverains que les Italiens trompés , battus, ou complices ont rappelés, c’est l'ancien régime tout entier. Il n’y a pas plus de constitution libre que sous l’empire de la France, et les vieux abus sont restaurés. Le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel sont d’accord ; la papauté qui a résisté à Napoléon ne sait plus ni protéger contre l’Autriche, ni consoler la malheureuse péninsule. C’est une époque triste entre toutes. Au xvne siècle, l’Italie ne connaissait pas son malheur; au xixe siècle, elle le sent; douleur poignante, mais qui fortifie! La littérature devient par la bouche de Manzoni et de Silvio Pellico, la plainte éloquente de la servitude ; les malheureuses tentatives constitutionnelles de 1821 à Naples et à Turin sortent des sociétés secrètes du carbonarisme.

La révolution de 1830 irrite les plaies et appesantit les chaînes de l’Italie, mais non pas encore sans profits. La prise d’armes si modérée de Bologne en 1831 arrache aux puissances le mémorandum libéral adressé au saint-siège. Grégoire XVI, Ferdinand II ferment, il est vrai, leurs oreilles aux conseils de la prudence et leur cœur à la mansuétude ; la Jeune-Italie , avec Mazzini , école radicale et ardente de révolutionnaires, germe et grandit derrière le libéralisme. Les constitutionnels n’obtiennent rien , les républicains deman-

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dent tout ; les souverains refusent à leurs sujets des réformes , le gouvernement parlementaire; Mazzini rêve une Italie démocratique et unitaire, sans souverains et sans pape. Mais les souverains de Piémont et de Toscane, l’empereur d’Autriche même, mieux inspirés , entrent dans la voie des réformes administratives et matérielles. Quelques âmes aussi généreuses que sages dans le Piémont, dans la Toscane, MM. d’Azeglio, Balbo.Montanelli, etc., reprennent confiance dans leurs souverains. Ils applaudissent à leurs réformes, ils espèrent les institutions libérales de leur bonne volonté; c’est de l’accord de la péninsule avec ses princes qu’ils attendent un jour l’indépendance tant désirée. L’abbé Gio berti même croit que le divorce n’est pas définitif entre le saint-siège et l’indépendance italienne; il tente d’arracher le pape aux funestes conseils, et d’en faire, comme aux époques glorieuses, le défenseur et le protecteur de l’Italie. C’est alors que Pie IX parait.

C’est un beau moment en Italie, en Europe même; on l’a bien oublié aujourd’hui. Mastaï Ferretti vient tout à coup réaliser la pensée de Gioberti; sa main s’ouvre pleine de pardons pour le passé et de promesses pour l’avenir, et les générations italiennes se lèvent avec gratitude et espérance. Toute la phalange constitutionnelle se range derrière le saint père; les radicaux se taisent dans le respect et dans l’attente: « Courage, saint-père, » tel est le cri , non pas seulement de Rome, mais de l’Europe civilisée tout entière. Le roi de Sardaigne, le duc de Toscane, cèdent de bonne grâce à ce mouvement réformateur, accordent des institutions libérales et préparent une alliance avec le saint-siège. L’opinion publique condamne l’Autriche, qui étend la main non pas sur Ferraré, mais sur la personne sacrée du pape même ; elle n’a que de l’indulgence pour les mouvements insur-

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