‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 62 sur 347 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

les de la royauté, convertis à la glissante politique pratiquée déjà par le saint-siège, pensaient jouir d’une liberté plus complète sous un souverain qui ne résiderait point en Italie, et commençaient à préférer un roi étranger à un roi national. Illusion dangereuse et sujette à de bien terribles mécomptes !

Othon le Grand n’eut pas beaucoup de peine à conquérir une contrée qui s’offrait d’elle-même. Lorsqu’il descendit les Alpes en 951, tout le clergé, ayant en tête Manassès luimême, se précipita à sa rencontre. Il pénétra sans obstacle jusqu’à Pavie, où il mit son épée aux pieds d’Adelhaïde. Conrad, duc de Lorraine, gendre d'Olhon, et chargé de continuer la guerre, pendant que le nouvel époux de l’Italienne châtiait en Allemagne son fils Ludolph mécontent, ménagea d’abord entre le roi de Germanie et Bérenger II un traité qui laissait la couronne en fief à celui-ci et adjugeait à Othon les marches de Vérone et d’Aquilée, c’est-à-dire les portes de la péninsule; mais Bérenger se perdit en irritant l’Église par ses attaques contre les évêques de Reggio , de Milan, de Ravenne et le saint-siège même.

Le fils de cet Albéric qui pendant vingt-deux ans avait dominé la papauté et Rome , Octavien , d’abord sénateur et prince de Rome, puis pape sous le nom de Jean XII, acheva ce qu’Adelhaïde avait commencé ; en appelant une seconde fois Othon le Grand, il donna le dernier coup à la royauté italienne déjà si compromise. Le fils du roi de Germanie, Ludolph, réconcilié avec son père, passa d’abord les Alpes, mais mourut, sans avoir rien fait, victime du climat. Enfin le roi Othon revint lui-même en 961. Le clergé avait été audevant du roi germain lors de sa première apparition; cette fois les seigneurs italiens, vassaux de Bérenger, envoyés sur l’Adige pour en défendre le passage, au lieu de combattre pour leur roi, exigèrent son abdication au profit de son fils Adalbert, puis sur son refus, passèrent du côté d'Olhon. Le roi de Germanie entra en vainqueur à Milan où il fut proclamé roi, tandis que Bérenger s’enferma dans un de ses châteaux forts. De là il se dirigea sur Rome, y fut reçu avec acclamation et couronné empereur le 9 février 962; il s’en-

l’italie sous LES EMPEUEU11S SAXONS (950-1024). 113

gagea à maintenir les donations précédemment faites au saint-siège par Charlemagne; de leur part, les Romains promirent de ne point élire le pape sans la présence des envoyés de l’empereur.

L’alliance tentée par Charlemagne entre le saint-siège et l'empire fut ainsi renouvelée après plus d’un siècle et demi. Encore une fois l’Église transmit à un roi du Nord les droits de l’empire romain et le nouvel empereur garantit au saintsiège son pouvoir temporel sur Rome et sa domination spirituelle sur l’Occident. 11 était temps pour la papauté. L’Orient profitant de son abaissement venait de se détacher d’elle à la suite de l’affaire de Photius ; Rome ne lui obéissait plus; encore un peu de honte, et l’Occident lui échappait.

Les Italiens, les Romains particulièrement, sur qui le nom et l’aspect d’un empereur exerçaient toute la puissance d’un glorieux souvenir, crurent voir la patrie renaître dans cette mort d’une royauté nationale qui s’était abîmée sous ses propres excès, et sous les attaques jalouses de la féodalité ; tout au moins s’imaginèrent-ils, seigneurs, évêques ou villes, jouir d’une indépendance plus grande que jamais sous une idole qu’ils encenseraient de loin. Avant même d’avoir soumis Bérenger et son fds Adalbert, réfugiés l’un au château fort de Saint-Léon, près de Montéfeltro, et l’autre dans une tour du lac de Garda , Othon leur montra qu’il prenait au sérieux le titre d’empereur.

Accusé par les Romains et pressentant déjà un maître trop puissant dans le roi de Germanie, le pope intriguait en faveur du roi déchu. Le nouvel empereur marcha sur Rome, assembla un concile, fit déposer le pape comme coupable d’imposture, d’adultère, de sacrilège et donna la tiare à Léon VIII. Le premier acte plut aux Romains, le second leur parut une usurpation. Au moment où une partie des vassaux d’Othon repassait les Alpes, ils rappelèrent Jean XII, lui donnèrent pour successeur à sa mort , Benoît V , en haine de Léon VIII, et firent cause commune avec Bérenger et Adalbert toujours indomptés. Othon ayant reçu de nouvelles troupes, châtia sévèrement cette mobilité romaine qu’il ne comprenait pas, força Benoit à demander pardon

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