CHAPITRE Vil
comme usurpateur à Léon VIII, fit élire Jean XIII , et parvint enfin à emporter le château de Saint-Léon sur Bérenger, qu’il envoya finir ses jours à Bamberg, en Allemagne.
Une nouvelle tentative d’Adalbert, quelques années après, ne fut pas plus heureuse. Les Romains avaient chassé leur nouveau pape Jean XIII, élu un préfet et douze tribuns pour se constituer en république; maint évêque et maint baron avaient rejeté le joug du césar ultramontain. Othon restaura le pape dans son pouvoir temporel, pendit ou exila les consuls et les tribuns, déposa tous les évêques et comtes qui s’étaient montrés ses ennemis, et donna le duché de Vérone et de Frioul à son frère, le marquisat de Montferrat à son gendre Almaran, celui de Modène et Rcggio à un seigneur italien dévoué, Albert Azzon, tout en ayant soin cependant de diminuer leur importance. Il confirma et augmenta surtout les immunités accordées aux saints, patrons des villes, c’est-à-dire aux évêques. Comme il tenait ceux-ci, par l’élection, dans une plus étroite dépendance que les comtes héréditaires, il était de bonne politique de favoriser leur pouvoir, pour s’en faire un appui contre la féodalité laïque. Othon le Grand mit le comble à sa puissance en faisant couronner comme son successeur, en 967, son fils et celui d’Adelhaïde, Othon 11.
Il ne manquait à Othon que le midi de l’Italie ; sur le refus que lui fit l’empereur Nicéphore d’une de ses filles pour son fils aîné, il ravagea le territoire grec jusqu’à ce que Jean Zimiscès , après Nicéphore , lui eût accordé sa fille Théophanie , c’est-à-dire des droits sur le reste de la péninsule. L’Italie avait trouvé un maître et non une idole.
I/euipereur Othon II 5 la petite féodalité laïque et cerlrglaitU
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Tout ne manqua pas cependant à ceux qui avaient désiré et facilité la domination étrangère. Le pape reprit son pouvoir temporel et sa considération. Avec la royauté nationale, les grands duchés de Frioul, d’Ivrée, de Spolète, avaient péri. Les margraves, les évêques, héritèrent des débris de
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l’organisation carlovingienne. Le pape donnant l’exemple renonça au système byzantin des troupes soldées et inféoda ses propres domaines pour défendre son pouvoir et dompter les autres vassaux des environs de Rome ; dans les villes il nomma les comtes chargés de rendre la justice. Malgré son opposition, l’archevêque de Ravenne l’imita dansIaRomagne. Les prélats de la Lombardie, de Milan, de Parme, de Bergame, Yerceil, Crémone se firent également autour d’eux des vassaux dans les campagnes et imposèrent leurs prévôts ou vicomtes aux bourgeois dans les villes. Les petits comtes de l’ancienne organisation, restés libres dans leurs châteaux situés au pied des Alpes ou des Apennins , eurent peine même à défendre leur indépendance contre la puissance épiscopale.
Après la mort du grand Othon, la longue absence de son successeur Othon II persuada même volontiers à tous qu’ils n’auraient après lui que l’ombre de l’empire, et affermit encore leur nouvelle puissance. Dans la Lombardie l’exemple entraîna jusqu’aux nouvelles créatures d’Othon le Grand; le marquis de Vérone, seigneur tout allemand , qui unissait l’Italie à la Carinthie aussi bien que le marquis d’Ivrée, qui avait conservé de l’ancienne puissance d’Adalbert les défilés des Alpes occidentales; le marquis de Montferrat, créé par Othon; celui deModène et de Reggio, aussi bien que l’héritier du duché de Toscane affectèrent l’indépendance des anciens ducs lombards ou marquis carlovingiens.
Cette indépendance n’était pas encore possible pour les cités, restées sous le pouvoir des comtes ou tombées sous celui des évêques. A côté de Venise, de Gênes, d’Amalfi, depuis longtemps libres, et tout occupées de leur commerce, on ne vit s’agiter que Rome et Milan , et autant par esprit de faction que par esprit de liberté.
A Rome les nobles et turbulents barons fortifiés dans leurs palais de la ville, ou leurs châteaux de la campagne ne consentaient à obéir au saint-siège qu’à la condition d’en disposer; un certain Albéric, comte de Tusculum, petitfils peut-être du grand Albéric , qui prétendait prendre les intérêts de l’empereur, et un Crescentius , qui passait pour
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être fils de Théodora, et représentait le parti national, firent alternativement, sous Benoit VI et Boniface VII, dominer leur faction. Dans la cité de Milan, en l’année 980, les gros bourgeois ( cives) chassèrent l’évêque Landolphe, trop exigeant, repoussèrent les capitaines ruraux et les vassaux de l’Église qu’il envoya contre eux, et ne le reçurent de nouveau qu’après lui avoir imposé un bon traité.
Le court séjour d’Othon 11 en Italie, après sept années d’absence , confirma les illusions de la féodalité laïque et ecclésiastique. Couronné à Pavie, le jeune empereur octroya à plusieurs évêques de Lombardie , entre autres à ceux de Parme, Novare, Lodi, Crémone, Reggio, Como, l’immunité de leur diocèse, avec droit d’entourer leur ville de murs, et de recevoir tous les services militaires , prestations en nature et taxes pour entretenir les ponts et les routes. A Rome il mit en fuite Boniface VII , le protégé de Crescentius , qui partit pour Constantinople avec la dépouille des églises , et se fit couronner empereur par Benoit VII, créature du baron impérialiste de Tusculum, Àlbéric. Mais il parut moins occupé de faire sentir son pouvoir en Italie que de faire valoir ses réclamations sur la Lucanie, la Calabre, les républiques de Gaëte, de Naples et d’Amalfi.
Quelques Italiens furent favorables h ses projets. La ville de Pise , déjà la plus commerçante de la Toscane , au milieu du delta fertilisé de l'Arno, mit volontiers à son service ses nombreuses et agiles galères. Pandolphe Tète de Fer, qui avait réuni sous son pouvoir l’ancien duché de Bénévent, joignit ses troupes aux siennes. Othon s’empara d’abord aisément de Tarente et s’avança dans la Calabre ultérieure. Mais il fut battu à Basentello , par les Grecs et les Sarrasins réunis , et tomba entre les mains d’un pirate grec. Celui-ci ne voulait le rendre à l’impératrice que sur une forte rançon. L’empereur se jeta à la mer, atteignit le rivage à force de bras et mourut peu de jours après des suites de cette imprudence, en 983.
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L,t minorité du jeune Othon III , longtemps menacée
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en Allemagne, le départ d’Adelhaïde et de Théophanie, laissées d’abord à Pavie et à Rome, n’étaient pas faits pour rendre plus gênante la domination allemande. Les Italiens mirent à profit ces circonstances favorables.
A Rome , Crescentius s’empara du château Saint-Ange, avec l’antipape Boniface VII, qui , de retour de Constantinople, laissa mourir de faim son adversaire. A la mort de celui-ci, visant plus haut qu’à gouverner Rome par le moyen du saint-siège, il prit la dignité de patrice et consul de la cité, et tint le nouveau pape Jean XV éloigné de Rome jusqu’à ce qu’il se fût soumis à son autorité et à sa constitution municipale. À la faveur de l’humiliation du saint -siège, l’archevêque de Ravenne augmenta son pouvoir politique dans la Romagne, et installa ses prévôts de Ferrare à Osimo, et d’imola à Ancône. Au midi, les Grecs profitèrent de la dissolution du duché de Bénévent en trois petites principautés, Bénévent, Capoue et Salerne, pour étendre et affermir leurs possessions, bâtir Troia dans la Pouille et resserrer l’autorité entre les mains d’un gouverneur ou catapan dont Bari devint la résidence.
A Venise , contre laquelle Othon II et même Othon Ier avaient manifesté quelques intentions hostiles , le doge Urséolo 11 prit ses précautions contre le marquisat tout allemand de Vérone. Sous prétexte de former une ligue pour délivrer les côtes de l’Adriatique des pirateries desNarentins, il se fit prêter hommage par les villes de Trieste, de Capo d’Istria, de Rovigo dans l’Istrie, de Trau, Spalatro, Raguse en Dalmatie, et avec les vaisseaux réunis de ces villes assaillit et dompta les Narentins. Politique habile, qui lui soumit presque toute la côte orientale de l’Adriatique, en même temps qu’elle imposa respect au marquis de Vérone.
L’arrivée d’Othon III , en 996, rappela à l’Italie son état de sujette.
Élevé sous les yeux de sa mère et de sa grand’mère, une Grecque et une Italienne, instruit par l’homme le plus savant de son siècle, Gerbert, ancien moine d’Aurillac qui avait étudié aux universités arabes d’Espagne, Othon III rêvait une restauration réelle du vieil empire romain , que sou
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précepteur lui avait appris à connaître , et ses deux mères à ambitionner. Comme dans ses lectures, il en voulait voir le centre en Italie, dans le pays d’Adelhaïde, et la capitale dans Rome ; ce jeune homme, traité dès ses plus jeunes ans d’enfant de miracle, fut, selon l’habitude, reçu avec enthousiasme par les Italiens. 11 désigna lui-même pour pape un seigneur allemand , Bruno, son cousin, qui prit le nom de Grégoire V, et reçut la couronne de sa main , au milieu des transports d’une population ivre de joie.
Tout dévoué aux idées de son maître et voyant dans l’Allemagne le bras du christianisme , le pape proclama , en le sacrant, que si le couronnement sanctionnait seul son autorité, le choix des Allemands liait en même temps l’Italie et Rome; comme si la possession de la péninsule était la garantie du pacte d’alliance des deux pouvoirs. C’était flatter à la fois l’orgueil de l’Italien et choquer ses idées d’indépendance, chatouiller ses souvenirs et blesser ses intérêts. Le roi desGermainsne devenait empereur qu’au contact du sol glorieux de Rome. Le couronner , c’était couronner l’ Italie. Mais cette gloire rayonnait sur la tête d’un étranger, d’un barbare : cet honneur cachait la servitude. Contradiction déplorable , qui est au moyen âge le nœud de ce douloureux mystère de l’histoire italienne, dont le pape et l’empereur sont les deux principaux personnages, et Rome le théâtre.
Le mal fut senti la première fois même que fut prononcée la formule qui consacrait ce singulier droit public. Othon 111 semblait prendre aussi son titre au sérieux; s’il accordait quelques immunités à des seigneurs et à des évêques, il prononçait souverainement sur la querelle entre le pape et l’évêque de Ravenne, ainsi que sur bien d’autres encore. Les Romains comprirent les premiers qu’ils étaient dupes de l’alliance du pape et de césar; on se souleva contre le pape étranger imposé par l’étranger. Crescentius reparut dans Rome et chassa Grégoire V; résolu cette fois d’assurer à sa patrie la liberté et à lui-même le pouvoir, ce tribun entama des négociations avec quelques ambassadeurs grecs venus en Italie, sous prétexte de ménager un mariage entre Othon III et une princesse d’Orient; son but était de remet-
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tre Rome avfcc l’ancien exarchat sous la domination de la cour de Constantinople, pour lui assurer le fantôme d’empereur qu’il fallait à son orgueil et à sa liberté.
Ce projet reçut un commencement d’exécution. Excommunié par Grégoire V, Crescentius remplaça celui-ci par un certain Philagathos, Grec qui avait suivi l’impératrice Théophanie en Occident, et qui était alors évêque de Plaisance. Encouragé par les ambassadeurs grecs, le peuple romain proclama dans Rome, Bazile et Constantin. Le brusque retour d’Othon III déconcerta tout (998). Un grand nombre de barons romains , se rappelant les vengeances exercées précédemment dans de pareilles circonstances par Othon Ier, s’enfuirent à Tivoli. Le Grec Jean XVI, livré par le peuple lui-même, fut promené sur un âne à travers les rues de Rome, le visage tourné vers la queue de l’animal , et envoyé ensuite à un horrible supplice. Crescentius fait prisonnier, après quelque résistance , dans le château Saint-Ange, apprit aux Romains du haut d’un gibet de soixante et dix pieds, qu’il y avait plus de déception que de gloire dans la domination allemande.
L’autorité impériale se fit alors sentir dans toute la péninsule, comme au temps d’Othon le Grand. Le baron de Tivoli, qui avait assassiné un de ses ducs, fut puni. Hugo de race allemande, fidèle serviteur' des Othon, fut investi de la Toscane et même de Spolète. Le puissant marquis d’Ivrée, Arduin , qui avait vaincu et tué l’évêque de Verceil , son rival, fut mis au ban de l’empire. L’ancien précepteur d’Othon, déjà archevêque de Ravenne, devint pape, sous le nom de Sylvestre II. Cet homme, l’un des plus savants et des plus distingués de cette époque, tout en réformant quelquesuns des abus de la cour de Rome, songeait, avec Othon , à enlever le midi de la péninsule aux Grecs et à réunir toute ITlalie sous la domination impériale. Dans son imagination ardente, il formait le premier le projet d’arracher les peuples chrétiens à leurs discordes, et de les réunir dans une de ces saintes expéditions connues plus tard sous le nom de croisade. L’accord du pape et de l’empereur dans cette grande entreprise eût comme consacré l’empire aux yeux de toute la chrétienté.
CHAPiTUE Ml.
Mais Othon 111 et Sylvestre 1! n’étaient pourlèsltaliens que des étrangers. L’an 1002 , le jeune empereur mourut à Civita Castellana, empoisonné, dit-on, par la veuve de Crescentius, Stéphanie, devenue sa maîtresse; et l’année d’après, le pape, haï des Romains qui l’accusaient d’avoir donné son âme au diable pour avoir la science, suivit son élève dans la tombe, victime aussi, selon l’annaliste saxon, d’un breuvage composé par l’implacable veuve du tribun de Rome.
ENfftil de restauration d'une royauté Italienne; l'empereur
Henri le Maint; puissance de l'épiscopat (looa-toï a,'.
Une réaction du sentiment national suivit naturellement la mort d’un prince qui avait fait sentir tout le poids de la suzeraineté; quelques Italiens tentèrent la restauration d’une royauté indépendante, après trente ans d’oubli. Othon 111 était mort sans enfants ; les Allemands avaient choisi pour lui succéder Henri 11, de race saxonne il est vrai, mais parent fort éloigné du dernier empereur, petit-fils d’un frère d’Othon le Grand. Le pacte d’obéissance qui liait les Italiens à Othon le Grand et a ses fils, paraissait annulé par l’extinction de la descendance directe du grand homme. On ne consentit pointa ratifier le décret de l’Allemand Grégoire V.
Arduin, marquis d’Ivrée, le même qui avait eu des démêlés avec Othon 111, convoqua une diète de prélats et de seigneurs italiens à Pavie. C’était un des seigneurs les plus puissants de l’Italie; il dominait dans Ivrée, Aoste, Suse, Verceil, et jusqu’aux crêtes des montagnes de la Savoie. Avant ses démêlés avec Othon, il avait été revêtu de la dignité de comte palatin de la Lombardie. Ses partisans se trouvèrent en nombre à la diète , il fut proclamé roi ; pour se faire adopter, il se montra prodigue d’exemptions et de droits de régales, en faveur des évêques lombards, et mit le comble à leur puissance.
Malgré ces concessions, le roi national fut loin de rencontrer un assentiment unanime. Le marquis de Vérone, qui était en même temps duc de Carinthie; le fils d’Azzo, le protecteur d’Adelhaïde, Thédald qui avait obtenu d’Othon II , outre les comtés de Modène et de Reggio. le comté de Man-i
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toue comme fief de la couronne et celui de Ferrare comme fief de Ravenne; enfin les évêques, de la marche d’Ivrée principalement, se déclarèrent en faveur de l’empereur élu en Allemagne.
Arduin battit d’abord une armée allemande envoyée au secours des dissidents près de Vérone. Mais l’opposition de l’archevêque de Milan rendit sa position plus difficile. Il suffisait que i’évèque de Pavie et les Pavesans eussent pris la plus grande part à l’élection d’Arduin, pour exciter contre celui-ci l’hostilité des Milanais et de leur évêque; tant la rivalité était impérissable entre l’ancienne capitale des rois lombards et la vieille métropole des Insubres. L’archevêque de Milan de retour d’une ambassade à Constantinople fit proclamer Henri II, roi de Lombardie, par une assemblée de seigneurs et de prélats réunis à Roncaglia, et décida l’empereur à descendre en Italie.
Devant des forces supérieures, Arduin s’enfuit dans les châteaux forts de ses montagnes. La ville de Pavie elle-même ouvrit ses portes au vainqueur (1003). Mais le jour du couronnement, les Pavesans insultés par quelques Allemands se révoltèrent; un combat s’engagea dans les rues. L’empereur assiégé dans son palais se sauva à la faveur d’un incendie, mais en se cassant la jambe. Arduin redescendit de ses montagnes et acheva de rejeter l’empereur au delà des Alpes, par le lac Majeur.
Pendant l'absence de dix ans que fit l’empereur germain, l’Italie avec deux souverains couronnés n’eut réellement pas de roi. Arduin persécuta ses adversaires plutôt qu’il ne régna ; de tous côtés, chacun en invoquant le nom d’un des deux compétiteurs, affermit son indépendance et augmenta ses domaines. Rome fut l’image de l’anarchie générale.
Les comtes de Tuseulum dominèrent d’abord dans cette ville au nom de Henri II, avec Jean XVII pour pape. Puis Jean, fils de Crescentius, réveilla le parti de son père, rétablit la forme républicaine, et gouverna comme sénateur avec Jean XVIII et Sergius IV, jusqu’à ce que la faction de Tusculum eût fait succéder à Sergius IV, Benoit VIII.
Henri 11 ne termina ces troubles qu’en 1015. Après avoir