CHAPITRE MU
et prélats de son parti , et prêta serment d’hommage et de fidélité au nouvel empereur. Conrad, favorisé par lui et par l’Église, vit, en 1027, la plupart des villes acquitter les droits ordinaires d’entretien, de routes et de logements (foderum, parafa, mansionaticum) , et reçut à Milan et à Rome, d’Héribert et de Jean XIX, les couronnes d’Italie et de l’empire. Les deux seules villes de Pavie et de Ravenne , ainsi que le marquis de Toscane, Reinier, avaient osé refuser le serment d’obéissance ; à son retour Fempcreur entra à Ravenne , condamna Pavie à rebâtir le palais impérial que chaque grande ville devait entretenir pour le passage de l’empereur et dépouilla le duc Reinier de la Toscane en faveur de Boniface, petit-fds d’Azzon. Les grâces ne furent pas épargnées aux évêques; le patriarche d’Aquilée reçut les droits de suzeraineté sur presque tout le Frioul, aux dépens du marquis de Vérone, singulièrement amoindri. L’évêque de Como, qui tenait aussi les clefs de l’Italie; eut les droits de comte sur Chiavenna et Bellinzona. L’archevêque de Milan fut investi de la suzeraineté sur l’évêque de Lodi , et exerça même les droits du souverain absent dans la Lombardie.
En 1032, quand Conrad voulut recueillir, malgré le comte de Champagne Eudes , la succession du royaume de Bourgogne, à lui légué par Rodolphe 111, Héribert, archevêque de Milan , et Boniface , marquis de Toscane , à la tète des Italiens, l’aidèrent dans une conquête qui avait pour résultat d’entourer plus complètement encore l’Italie des possessions impériales , et interceptait ses communications avec les rois ou les puissants feudataires français dont dernièrement encore elle avait imploré la protection. La politique des empereurs saxons portait tous ses fruits sous le premier des Franconiens; l’épiscopat tout-puissant parut garantir à l’empire l’obéissance de l’Italie.
L’empire avait même dépassé son but ; il avait armé l’épiscopat contre lui. Ceux qui n’avaient plus rien à demander à l’Allemagne devaient être tentés maintenant de rendre sa suzeraineté toute nominale, et de restituer par là, sous une forme nouvelle, à la péninsule son indépendance. Les évêques y eussent même peut-être réussi, s’ils n’eussent
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en même temps fait peser leur pouvoir sur les chevaliers encore libres des campagnes qu’ils voulaient réduire en vasselage, et sur les bourgeois des cités auxquels ils ne voulaient laisser aucun droit. Mais leur ambition les perdit; pour n’avoir pu souffrir de maître au-dessus d’eux, et n’avoir voulu voir au-dessous que des sujets, ils sé compromirent encore, et avec eux l’Italie.
L’opposition contre eux commença au moment même où ils croyaient déjà réussir. D’abord, la noblesse encore libre des campagnes fit alliance avec les gros bourgeois des cités contre les capitaines et le petit peuple des villes, ordinairement soutien des évêques. Enfin l’empereur intervint pour défendre ses droits menacés par ceux qui devaient les soutenir, et enleva à la péninsule cette voie de salut.
La lutte la plus importante ou la moins inconnue, celle qui caractérise le mieux celte position d’intérêts, eut lieu dans la ville de Milan. L’archevêque Héribert, homme d’ailleurs fier et hardi , marchait à la tête des évêques lombards à la conquête de la toute-puissance. Les gros bourgeois de Milan avaient fait, de leur côté, une ligue ou motta avec quelques petits seigneurs contre les usurpations de l’archevêque. Chassés de la ville en 1035, les bourgeois revinrent bientôt avec leurs alliés, et ceux de Lodi, Marthesana et Séprio, qui avaient aussi à se plaindre d’Héribert , pour présenter la bataille à leur ennemi près de Campo-Malo; cette fois l’archevêque de Milan fut battu; l’évêque d’Asti , Olderieh , un de ses plus chauds adhérents, périt. Cet avantage grossit singulièrement les rangs de la motta ; toute la Lombardie fut en combustion. On appela de toutes parts l’empereur.
C’était alors le recours universel. Conrad, arrivé (1036) en Italie, ne se montra point aussi favorable à l’archevêque qu’on eût pu le penser. 11 comprit qu’il était grandement temps d’arrêter les usurpations des évêques et de mettre un contrepoids à la puissance de l’épiscopat. Héribert ne manquait ni d’habileté ni d’audace. Il donna à sa cause une couleur nationale; serviteur jusque-là intéressé de l’étranger, il répandit la haine de la domination tudesque parmi les capitaines et le petit peuple des villes. Conrad, avec autant d’adresse,