‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 67 sur 347 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

convoqua une diète dans Pavie, la rivale de Milan ; il somma Héribert de venir y répondre aux accusations portées contre lui par quelques-uns de ses va vasseurs, et, sur son refus, le fit saisir avec les évêques deYerceil, de Plaisance et de Crémone.

Cet acte de Conrad bouleversa tout en Lombardie et opéra un revirement général des partis. Les Pavesans voyant l’empereur se déclarer contre levêque Héribert, l’accueillirent avec un empressement inaccoutumé, en haine des Milanais. Héribert, au contraire , vit revenir à lui , par un vieil esprit d’hostilité contre Pavie , une partie de ceux qui s’étaient élevés contre lui. Pour sauver la domination allemande, l’empereur fit une révolution. Par un acte solennel, rendu en pleine diète , il déclara les fiefs des vassaux ou vavassaux irrévocables , immédiats et héréditaires. Tout possesseur de fief pouvait désormais les transmettre à ses enfants, n’en était déchu que sur un jugement prononcé par ses pairs, et jouissait de ses biens francs, en pleine et entière indépendance. C’était détruire la puissance des évêques et des grands vassaux, soustraire la petite noblesse et la grosse bourgeoisie, les capitaines mémo avides d’indépendance, à leur domination , et les ranger tous sous l’immédiate protection de l’empire.

Cette nouvelle loi féodale déchaîna toutes les rivalités sans terminer la lutte. Héribert , qui était parvenu à s’échapper des mains de l’empereur, renouvela le projet de ses anciens adversaires ot chercha à opposer à Conrad, Eudes, comte de Champagne. Rome elle-même, qui subissait depuis Henri 11 le joug des comtes impérialistes de Tusculum, chassa Benoit IX, qui lui avait été imposé, selon quelques-uns, à l’àge de douze ans. Conrad opposa à Héribert, Ambroise, chanoine de Milan, mais sans pouvoir l’installer dans son siège. Il rétablit aisément Benoit IX et l’autorité impériale à Rome; mais la peste décima son armée dans le midi de l’Italie. Il fut obligé , au retour do son expédition , de repasser en Allemagne , et mourut (1039) après avoir déterminé seulement un mouvement qui devait agiter bien longtemps la péninsule.

Les vassaux inférieurs et les habitants des villes avaient , pour la première fois , révélé leur existence, et compté pour

by Coogli

quelque chose dans les luttes de l’Italie. Un vif désir de liberté agita spontanément comme un courant électrique les couches inférieures de la société péninsulaire. Dans leur lutte contre l’épiscopat deux classes qui avaient paru ennemies se rapprochèrent ; les petits vassaux firent cause commune avec les gros bourgeois , les capitaines frayèrent avec les gens de petits métiers et de mince labeur qui les soutenaient. Les classes se mêlèrent ; la noblesse se fit octroyer dans mainte ville le droit de bourgeoisie; quelques bourgeois acquirent des fiefs nobles dans la banlieue , fusion sujette à mécompte , jamais complète , qui renfermait en elle-même des éléments hostiles; mais qui en définitive devait tourner à l'affranchissement commun.

Cependant la rivalité qui avait éclaté en même temps entre les deux premières villes de la Lombardie, entre Milan et Pavie, décelait déjà à la naissance même de ce mouvement ce qu’il avait d’incomplet et de défectueux. Il manquait d’homogénéité et d’ensemble ; il était entièrement local, égoïste, sujet aux rivalités, aux contradictions, aux entraves que l’intérêt pouvait susciter entre deux villes voisines. Le goût de terroir dominait dans cette révolution communale, morceléo comme l’était elle-même la terre et la nationalité italiennes.

ITcmpercur Henri III ; révolution politique et réforme eccléHluMtlquc (1039-104*1).

L’archevêque Héribert chercha à profiter de l’avénement de Henri III pour conjurer l’orage qu’il avait déchaîné et qu’il 11e prévoyait pas si terrible. 11 se hâta de reconnaître le nouveau souverain , fit des propositions de paix à ses ennemis, et des concessions à ses bourgeois.

Mais la lutte qui venait de s’engager avait fait ressortir la fausse position de l’épiscopat italien. Personnages politiques, les évêques avaient tout à fait oublié leur caractère ; chefs d’un parti, on les avait vus combattre, vaincre et périr sur les champs de bataille. Choisis, la plupart du temps, par les empereurs, non parmi les plus pieux et les plus instruits, mais parmi les plus puissants ou les plus riches , parmi ceux qui pouvaient rendre les meilleurs services, jeter le

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