‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 68 sur 347 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

plus d’éclat ou même quelquefois payer leur élection au suzerain par les présents les plus considérables, ils menaient un train tout laïque , installaient le goût delà guerre et de la chasse, du luxe et des plaisirs dans les palais épiscopaux, et, qui plus est, entretenaient, nourrissaient à l’ombre du sanctuaire, et malgré les canons de l’Église, leurs concubines et leurs bâtards.

Les évêques n’avaient vu d’abord s’élever contre eux que des intérêts politiques; une opposition plus dangereuse ébranla bientôt, au nom du principe chrétien, leur puissance temporelle. Des voix sévères sortirent du fond des monastères, qui dénoncèrent le relâchement de la discipline et la confusion de tous les principes comme la cause de tout le mal. L’ambition des évêques, à les en croire, avait tout fait; de là, la nomination aux bénéfices par les empereurs, c’est-à-dire la simonie; de là, la violation du célibat, les mauvaises mœurs, les rivalités, la corruption qui n’avait pas épargné même le saint-siège. Pierre Damiens , dans d’éloquentes invectives contre le mal dont périssait l’Église, dans de sympathiques exhortations à revenir au bien , alla jusqu’à demander une réforme. Il fallait, à l’entendre , revenir à la rigidité, à la simplicité, voire même à la pauvreté des premiers jours, et restituer aux prêtres et au peuple l’élection des évêques. C’était encore une voie nouvelle ouverte à l’indépendance.

On comprend avec quelle avidité ceux qui souffraient alors de l’ambition et de la domination temporelle des évêques, saisirent et dirigèrent cette arme nouvelle contre leurs maîtres spirituels et temporels, et comment une révolution politique se compliqua tout à coup d’une réforme ecclésiastique. Les premiers troubles, qui éclatèrent à Rome et à Milan au commencement du règne de Henri 111, eurent ce double caractère. Après la mort de l’archevêque Héribert, Guido de Yélate ayant dû son élection à l’appui de Henri , la haute noblesse et le petit peuple, ennemis de l’empereur, crièrent pour la première fois à la simonie , déclamèrent contre les mœurs de Guido qui n’étaient pas plus mauvaises que celles de ses prédécesseurs, et prononcèrent

le nom de réforme. G uido de Vélale, abandonné, put constater plusieurs fois la répulsion qu’il inspirait, en se trouvant seul à officier dans son église. A Rome, le parti national, fortifié par la recrudescence de l’esprit religieux, chassa enfin, avec les comtes de Tusculum, Benoit IX, cet adolescent qui étalait sur le saint-siège une cruauté et des vices prématurés , et mit à sa place Sylvestre III. Le scandale, il est vrai, n’en fut pas diminué : un schisme se déclara dans Milan ; à Rome, ce fut pis encore. Benoît IX revint bientôt moins pour reprendre son siège que pour en tirer profit et en vendre une part à l’archiprêtre Jean Gratien, qui prit le nom de Grégoire VI ; et la capitale de la chrétienté eut à la fois trois papes, siégeant l’un à Saint-Jean de Latran , l’autre à Sainte-Marie Majeure , et le troisième à Saintl’ierre du Vatican ; tous trois se lançant l’anathème et se partageant les revenus du saint-siège. Jamais la présence de l’empereur n’avait paru si nécessaire.

Henri III, le plus puissant des empereurs, avait soumis ses vassaux allemands, laïques et clercs, à la plus rude discipline. Il agit avec la même autorité en Italie , y termina toutes les discordes et y comprima tous les soulèvements. L’archevêque Guido, son ancien secrétaire, fut imposé aux Milanais; les seigneurs et les villes lombardes contenus. A Rome, les trois papes simoniaques furent déposés au concile île Sutri ; l’évêque de Bamberg élu sous le nom de Clément II. Au midi de l’Italie, le duc de Bénévent, les princes de Capoue, les ducs de Naples, de Gaëte, d’Amalfi, s’empressèrent même de prêter hommage à un homme si puissant.

La piété de l’empereur acheva ce qu’avait commencé son énergie. Il s’autorisa des troubles , des scandales auxquels avait donné lieu le droit d’élection au saint-siège et à l'épiscopat, pour se réserver le choix du pape et des autres évêques de ses États ; mais il eut soin de désigner toujours les plus dignes et d’éviter scrupuleusement tout reproche de simonie. Du fond de l’Allemagne, il donna pour successeur à Clément II, malgré une tentative contraire , l’évêque de Brixen, Damas II ; et après la mort de celui-ci, peut-être Victime de la haine des Romains, son propre cousin, l’évê-

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