CHAPITRE I
dompté et gouverné tant de nations, était tombé, à la mort du grand Théodose, dans l’abâtardissement le plus complet; et l'Italie, après avoir versé sa robuste population par tous les défdés de ses montagnes et les rives de toutes ses mers, de l’Atlas au Rhin et au Danube, du Tigre et de l’Euphrate à l’océan Atlantique, maintenant amollie et dépeuplée, attendait avec effroi l’invasion des barbares qu’elle n’avait pu soumettre.
Depuis plusieurs siècles tout annonçait cette déchéance. La péninsule avait perdu de bonne heure le privilège de produire et de nommer les empereurs. L’Espagne avec Trajan et Adrien, la Gaule avec Antonin, l’Afrique avec Sévère, la Syrie avec Caracalla, la Pannonie avec Déeius et Àurélien , l’Arabie avec Philippe , la Dalmatie avec Dioclétien , avaient conquis successivement l’honneur de donner des maîtres à l’Italie et au monde. Depuis Antonin, deux Italiens à peine avaient pris place dans la nombreuse suite des empereurs.
Ces maîtres étrangers ménageaient peu le vieil orgueil romain. Sous la république, la jouissance des droits de la cité mère, de la cité conquérante, n’avait guère dépassé les limites de la péninsule. Sous l’empire, déjà Claude, un des premiers Césars, avait admis la Gaule entière au partage; le Syrien Caracalla, d’un trait de plume , accorda à tous les sujets les droits du citoyen et lit descendre l’Italie au niveau des provinces qu’elle avait réduites, bien plutôt qu’il n’éleva celles-ci au rang du pays dominateur. La puissance du sénat romain . ce corps célèbre dont la persévérante politique avait lait autant que les armées pour la grandeur de la république, avait été frappée dans la même mesure. Auguste lui avait déjà fait sa part bien petite ; Adrien lui enleva les restes de son autorité législative; Gallien interdit à ses membres l’honneur de commander les armées; Constantin, dans sa nouvelle organisation monarchique, lui ôta toute influence sur l’administration générale de l’empire et le réduisit à n’ètre plus guère qu’un corps municipal.
Cependant jusqu’à Dioclétien et Constantin , Rome et l’Italie étaient restées sinon la tête t du moins le centre de l’empire. Mais le premier, par l’établissement de sa tétrar-
ÉTAT DE L1TALIE.
chie , relâcha tous les liens qui unissaient les provinces à l’Italie, et, au sein de la péninsule même, suscita une rivale à Rome dans la ville de Milan, résidence de l’Auguste d’Occident; le second, en fondant Constantinople pour donner un boulevard à la Grèce et à l’Asie, éleva une seconde Rome et acheva de briser tous les rapports de l’Italie avec l’Orient. La scission du monde romain , ainsi préparée , fut consommée définitivement par le partage de l’empire , après Théodose, entre ses deux tils Arcadius et Honorius. L’Italie n’était plus que le centre administratif des provinces de l’Occident , au moment où elles furent toutes menacées par l’invasion. Elle avait même déjà perdu en partie sa première ligne de défense. Les Germains , en effet , avaient franchi le Danube et gravissaient les pentes septentrionales des Alpes comme pour aller contempler d’avance les belles campagnes et les riches cités qui devaient être leur proie.
Sous Honorius les provinces au nord et à l’ouest des Alpes vont se détacher de l’Italie , soit sous l'effort des barbares qui franchiront les frontières , soit sous celui d’usurpateurs qui rejetteront un pouvoir habile à opprimer , incapable de défendre. La péninsule réduite à elle-même sera-t-elle au moins assez forte pour sauver son indépendance , sa nationalité, dans la dissolution générale de l’empire?
Organisation politique de l'Italie.
L’Italie semblait , à ne considérer que les dehors , avoir reçu une organisation faite pour assurer la prospérité d’une région si heureusement douée par la nature. Dans la division administrative de l’empire d’Occident , l’Italie était à la tête de la première préfecture , qui comprenait trois diocèses : celui de l’Italie proprement dite avec la Sicile , la Sardaigne et la Corse; celui d’illyrie avec ses robustes et montagnardes populations de Dalmatie , de Norique et de Pannonie , d’ou étaient sortis tant de vaillants empereurs et de si nombreux soldats ; enfin celui d’Afrique avec ses fertiles contrées du territoire carthaginois , de la Byzacène et de la Numidie. L’Afrique et lillyrie, liées ainsi administrativement à l’Italie, sous l’autorité supérieure d’un préfet résidant à Milan , ser-