‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 8 sur 347 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

vaient à la péninsule de grenier et de boulevard; elles devaient assurer son approvisionnement et sa défense.

Elle-même, mise connue diocèse sous l’autorité d’un vicaire dépendant du préfet de Milan , renfermait dix-sept provinces ayant chacune un caractère particulier. Au nord les deux Rhéties devaient, avec leurs nombreuses légions, défendre la frontière du haut Danube ; à l’ouest les Alpes cottiennes gardaient le défilé de Suze, et, dans la Méditerranée, la Sicile, la Corse et la Sardaigne formaient comme autant d’avant-postes, comme une seconde enceinte fortifiée et pourvue de dépôts d’hommes et de vivres. Dans le large bassin du Pô, la Vénétie et Tlstric occupaient, entre les Alpes juliennes, l’Adige et la mer, la contrée montagneuse , coupée par les torrents de la Br enta et du Tagliamento qui se jettent au fond de l’Adriatique, et concentraient dans l’active ville d’Aquilée tout le commerce du Nord avec l'Orient ; la grande province de Ligurie, qui allait de l’Adige à Gènes, traversée par l’Oglio, l’Adda, le Tessin, baignée par les lacs de Garda, de Côme et Majeur, s’étendait sur les deux rives du cours supérieur du Pô et voyait s’élever dans ce paradis italien, qui gardait encore quelque fécondité au milieu de l’appauvrissement général, la nouvelle rivale de Rome, Milan; enfin, en deçà du Pô, jusqu’aux premières crêtes des Apennins, l’Émilie, moins riche et moins vaste, renfermant dans son sein les villes de Plaisance et de Parme, était comme chargée de défendre l’entrée de la péninsule même, les défilés des monts, et le cours du Rubicon, ruisseau autrefois sacré.

Au centre la chaîne nue et sauvage des Apennins, en s’engageant dans la Péninsule, séparait la Flaminie, tournée vers l’Adriatique où se baignait Ravenne, bientôt le dernier asile des empereurs, de l’Etrurie, qui communiquait par l’Arno avec la Méditerranée occidentale. Rome, qui avait un préfet particulier, était comme flanquée de trois anciennes et rebustes provinces : la Sabine qui se cachait sous le nom adouci de la Valérie, le Picénum et le Samnium , qui n’avaient plus conservé d’eux-mêmes que leur nom. Une partie de ces provinces désignée quelquefois sous le nom de Suburbicaire, était particulièrement liée à Rome dont elle

ÉTAT DE L’iTAUE.

formait le diocèse. On avait fait à la vieillesse de Rome comme une couronne de ces premières conquêtes qui furent l’origine de sa prodigieuse fortune. Au midi, la Campanie, avec ses anciennes limites, avait vu s’accroître et s’embellir Naples, qui paraissait déjà dominer la Sicile, heureuse si elle n’avait énervé davantage encore ses habitants en ajoutant aux délices de son climat toutes les délicatesses de la civilisation. A l’extrémité de la péninsule, le Brutium, joint à la Lucanie avec Cosenza pour capitale, à l’ouest du golfe de Tarente, et la Calabre réunie à l’Apulie avec Lucérie pour chef-lieu; à l’orient, regardaient, la première vers l’Afrique dont elle avait presque le climat, l’autre vers la Grèce avec laquelle elle entretenait d’assez actives communications.

Chacune de ces provinces était gouvernée par un président ou consulaire qui dépendait du préfet de l’Italie. Dans toutes les villes importantes résidait un comte chargé de représenter le pouvoir central. Ces agents, qui relevaient tous du conseil de l’empereur, composé de sept ministres, le grand chambellan, le maître des offices, le questeur, le comte des largesses, le comte du trésor privé et les deux chefs de la garde palatine {comités domestici), transmettaient et faisaient exécuter sa volonté dans toutes les parties de la péninsule , jugeaient et assuraient l’assiette et la rentrée des impôts, sans cependant bannir de l’Italie toute espèce de liberté.

Au sein des provinces les villes avaient en effet conservé leur constitution municipale. L’ordre des curiales, composé des plus riches ( ordo decurionum), formait dans chaque cité une curie ou sénat chargé du soin des intérêts locaux et du choix des duumvirs ou des quatuorvirs qui rendaient la justice en première instance, et du curator ou censor qui administrait les biens et revenus de la cité. Pour la protection spéciale des intérêts du peuple qui n’avait point accès dans la curie , un défenseur était élu par la masse des citoyens moins aisés , et assez souvent groupés selon leurs métiers en différentes corporations : il était fâcheux seulement que l’avidité impériale, faisant de ce dernier reste de liberté un instrument de tyrannie, rendit les eu-

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