‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 70 sur 347 · I.éon IX; le moine Hildebrand et le» Kormnnds (1048-10S · texte numérisé non relu

I.éon IX; le moine Hildebrand et le» Kormnnds (1048-10S

Léon IX, pape désigné par l’empereur, avait ramené de l’abbaye de Cluny, pour conseiller, un moine nommé Hildebrand, fils d’un forgeron de Soana, en Toscane. Celui-ci avait jeté des doutes dans l’esprit du nouveau pontife sur la validité de son élection , et avait obtenu de lui qu’il se soumît de nouveau au choix et à la confirmation du peuple romain. Homme pieux et de bon vouloir, pénétré des doctrines de Pierre Damiens fort en honneur dans les monastères, niais tout dévoué à l’empereur , Léon IX s’occupa d’abord seulement, avec Henri 111, de réformer l’Église. Il rechercha activement , en Allemagne et en Italie , les ecclésiastiques qui devaient leur élévation à la simonie , pour les punir d’une pénitence de quarante jours , et même les révoquer. Il rappela le clergé séculier, par ses ordonnances et ses menaces, à l’observation du célibat.

Le moine Hildebrand eut bientôt d’autres visées. Prêtre austère et hardi, patriote jaloux, il regardait comme un esclavage la domination exercée à la fois par l’empire sur le sacerdoce et par l’Allemagne sur la péninsule. L’abolition de la simonie, le rétablissement des bonnes mœurs , ne lui paraissaient point possibles tant que le saint-siège dépendrait de l’empire, au pouvoir d’un prince aujourd’hui pieux et demain dissolu. Il croyait ne pouvoir affranchir l’Italie de l’étranger, l’Église de l’empire, qu’en leur arrachant la disposition des évêchés. Devenu puissant à la cour pontificale par la force de sa parole et l’austérité de ses mœurs, il conçut le dessein d’accomplir ce double affranchissement

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par une réforme religieuse, et il consacra à cette œuvre une imagination ardente, une conviction profonde et un caractère capable de tout pousser à l’extrême.

Hildebrand commença d’abord l’exécution de ses desseins avec une prudence et une fertilité de ressources étonnantes en un homme qui avait vécu jusque-là dans un monastère. Sous prétexte de défendre les droits impériaux , il profita de la première occasion pour relever le crédit politique du saint-siège en Italie.

Depuis que dans les premières années du xie siècle, quarante pèlerins normands de retour de Jérusalem avaient, chemin faisant, délivré des Sarrasins la ville de Salerne pour prix delà rançon offerte aux infidèles, les aventuriers de cette nation habile à flairer les faciles conquêtes, s’étaient multipliés dans le midi de l’Italie, sous prétexte de pèlerinage au Mont- Cassin et au Mont-Gargan. Guerroyant tantôtcontre les Grecs pour le compte du duc de Capoue , tantôt contre les Sarrasins pour celui des Grecs, après avoir bien étudié le pays, ses rivalités, ses faiblesses, ils avaient fini par travailler pour eux-mêmes. Un certain Drengot, le premier, prit d’assaut la ville d’Aversa et s’y fortifia malgré l’opposition du duc de Capoue; puis, Guillaume Bras de Fer, Drogon et Umfroy , tous trois fils de Tancrède de Hauteville, gentilhomme normand, pauvre de biens, riche d’enfants, attaquèrent avec quelques Bénéventins les possessions grecques (1040), culbutèrent les soldats du catapan Maniacès , et s’emparèrent de Melfi, Venouse, Siponti, Trani, Cannes, en un mot de presque toute la Pouille qu’ils partagèrent en se donnant d’abord pour chef Guillaume Bras de Fer. Dès le milieu du xi* siècle, les pèlerins normands étaient déjà tout-puissants au midi de l’Italie ; investis de leur conquête par Henri III, ils ne craignaient plus les Grecs, et de concert avec le prince de Bénévent , ils commençaient à piller sans vergogne les terres de l’abbé du Mont-Cassin et même celles du saint-siège.

Ce fut en guerroyant contre ces Normands et ces Bénéventins, qu’Hildebrand espéra rendre au saint-siège quelque importance. Appelé par les habitants de Bénévent, qui ne

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