CHAPITRE Mit
voulaient point partager l’excommunication de leur duc , Léon IX envahit le midi avec cinq cents chevaliers allemands envoyés par l’empereur et des hommes levés sur ses domaines. Battu et fait prisonnier par les princes de Capoue, de Salerne, de Bénévent, et par les Normands réunis contre lui, à Civitella dans la Capitanate, le pape trouva seulement dans sa défaite ce qu’il cherchait par une victoire (1053). Prêts à jurer tout serment , à reconnaître tout suzerain , pourvu qu’ils gardassent le pays, Richard d’Aversa et Umfroy de Pouille, alors chefs des Normands, consentirent à recevoir ce qu'ils possédaient comme un fief de saint Pierre; ils aidèrent même le pape à s’emparer de Bénévent, que lui céda l’empereur en échange de quelques domaines et redevances au delà des Alpes.
A la mort de Léon IX, en 1054, Hildebrand tenta un coup plus hardi ; il demanda lui-même à Henri 111 pour pape et obtint Victor 11, son plus opiniâtre adversaire, dont il fit bientôt son plus ardent soutien. L’empereur Henri III avait deux ennemis implacables: Gottfried, de basse Lorraine en Allemagne; en Italie, Boniface, comte de Modène, Reggio, àlantoue, Ferrare, et marquis de Toscane, autrefois serviteurs des étrangers, maintenant leur ennemi; Henri 111 avait dépouillé le premier et l’avait exilé en Italie ; s’il n’avait pas trouvé l’occasion de faire sentir sa puissance au second, il ne lui cachait pas ses défiances. Un moine audacieux, instrument d’Hildebrand, après la mort de Boniface, maria à sa veuve Béatrix, Gottfried, son frère, et releva ainsi en Italie un rival de césar battu en Allemagne. C’était trop à la fois. Henri III parut en Italie, fit prisonnière et garda Béatrix comme garantie de la fidélité de son mari , exila Gottfried en' Flandre, renvoya le moine Frédéric au monastère du Mont-Cassin , et emmena le pape Victor II en Allemagne.
Minorité ‘d'Henri IV; Illimité IV; Alrolcü II: le rtllége «les ourdi na il v (1 050-1033].
La mort seule d’Henri III laissa le champ libre à Ilildebrr.nd (1056) et on le vit alors agir avec autant d’impétuosité
qu'il avait procédé d’abord avec circonspection. Il exigea impérieusement de l’impératrice Agnès, fort occupée à défendre son fils mineur conlreles vassaux allemands, le vicariat de l'Italie pour Gottfried, tout à l’heure dépouillé de ses biens, et fit le moine Frédéric, d’abord abbé du Mont-Cassin et puis pape sous le nom d’Étienne IX.
Ennemi personnel de la maison franconienne, appuyé sur le marquis de Toscane et sur les Normands, vassaux du saint-siège , celui-ci avait la volonté et le pouvoir de prêter main-forte à Ilildebrand. En 10â8 il excommunia tout prêtre marié qui ne renverrait point sa femme, lança l’anathème contre les simoniaques, et par les moines, milice dévouée du saint-siège, souleva le peuple contre les évêques, qui devaient leur puissance à l’empire et qui le soutenaient. C’était prendre hardiment en main et lier l’une à l’autre la cause de la réforme de l’Église et celle de l’indépendance italienne.
Le trouble fut au comble dans la Lombardie. Les anciens ennemis de l’évêque Guido à Milan, ayant à leur tête Anselme de Baggio, évêque de Lucques et deux hommes de main , Landolphe et Ariald, chassèrent les prêtres dissolus ou partisans des Allemands. Guido, s’autorisant delà permission expresse de mariage accordée à son diocèse par saint Ambroise, et exploitant la vieille rivalité du clergé milanais contre le clergé romain , fit condamner par les évêques de la Lombardie, Ariald et Landolphe, les deux chefs de la faction ennemie, et invoqua la protection de l’impératrice. Le pape, irrité, ne garda plus de mesure et conçut les projets les plus hardis. Il songeait à s’assurer l’appui de l’empereur grec contre les Allemands, et à faire proclamer son frère, le marquis de Toscane, Gottfried, roi d’Italie, lorsqu’il mourut.
Les comtes de Tusculum profitèrent d’abord de l’absence d Ilildebrand, alors en Allemagne, pour faire donner la tiare à levêque de Yellélri, Benoit X. Mais Ilildebrand indisposa l’impératrice contre le nouveau pape, élevé, disait-il, sans le consentement impérial; il fit casser cette élection, et toujours heureux et hardi, obtint de l’impératrice Agnès, pour pape,