‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 88 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nord et au royaume du midi. Frédéric en obtenant un traité séparé des villes de Crémone et de la Toscane envers lesquelles il se montra très-généreux, commença à l’ébranler. La ville de Venise fut choisie comme terrain neutre pour rendez-vous des ambassadeurs du pape , de l’empereur et des États italiens. Tournée tout entière du côté de l’Orient auquel elle avait prétendu longtemps appartenir, subordonnant tout aux intérêts de son commerce, attaquant Ancône en faisant partie de la ligue lombarde, Venise était la plus désintéressée dans la question. Les rapports de l’empereur avec les villes et l’organisation intérieure de celles-ci ne la touchaient pas. Elle consentit à recevoir les plénipotentiaires dans ses murs , mais à la condition expresse de n’être pas comprise dans le traité, de crainte de conférer à l’empereur l’ombre même d’un droit.

Le pape Alexandre 111 et les envoyés des principales villes furent reçus au monastère Saint-Nicolas du Lido. Frédéric se tenait seulement près de là à Césène, pour ne point peser sur le congrès par sa présence. La situation réciproque des villes et de l’empereur étaient le plus difficile à régler. Les Italiens ne contestaient point à Frédéric ses droits impériaux sur l’Italie; mais chaque ville voulait maintenir tous les privilèges dont elle avait joui de temps immémorial; de là de nombreuses et inextricables difficultés. Pour terminer enfin quelque chose , l’empereur proposa au pape de faire la paix entre le sacerdoce et l'empire, et seulement une trêve de six ans entre l’empire et les villes, et de quinze entre l’empire et le royaume de Sicile. Alexandre 111 y consentit à la condition que la trêve serait suivie d’une paix définitive. Frédéric sacrifia son pape et reconnut Alexandre; relevé de l’excommunication, il obtint pour quinze ans les biens de Mathilde, sur la possession desquels un tribunal arbitral devait ensuite prononcer; et une messe solennelle de réconciliation réunit le pape et l’empereur dans l’église Saint-Marc, en présence du doge Ziano , du patriarche et d’un grand concours de peuple.

Si l’empereur Frédéric n’eût été fortement occupé en Allemagne pendant les années suivantes, Alexandre en faisant

sa paix à part eût peut-être compromis pour les villes les résultats de la bataille de Legnano. Ce n’était pas sans motifs, que tout en paraissant s’occuper de la paix , Frédéric cherchait et réussissait à détacher tous les jours quelque nouvelle cité, comme Turin, Como, Asti, Verceilde la ligue lombarde. Il semblait encore assez redoutable pour que Alexandrie même cherchât à se faire pardonner son origine , et échangeât son nom glorieux , contre celui tout autrement significatif de Césarée. Le temps de la trêve s’étant néanmoins écoulé sans que Frédéric pût quitter l’Allemagne, la paix fut signée à Constance (1183, 25 juin) ; elle assura aux villes de la ligue les bénéfices de la victoire de Legnano, autant que le permettaient les regrets de l’ambition impériale et la fascination du vieux droit césarien.

Dans le préambule du traité de paix, Frédéric recevait en grâce les cités et les personnes. Après avoir ainsi conservé l’attitude du souverain, l’empereur abandonnait le choix des consuls pour ne se réserver que l’investiture et cédait aux villes tous les droits régaliens qu’elles avaient eus de temps immémorial , nommément le droit de faire la guerre , de se fortifier et d’exercer la juridiction tant civile que criminelle. En cas de doute sur l’authenticité légale de cette possession, la décision de l’évêque de la ville, assisté de quelques citoyens, devait faire foi. Mais en retour, toutes les villes confédérées juraient d’aider l’empereur à conserver ses droits sur la péninsule , de livrer passage à lui et à son cortège à travers l’Italie pour prendre sa couronne , de lui fournir les vivres, les gîtes, de réparer les routes et les ponts sur son passage ; enfin tous les citoyens de quinze à soixante et dix ans devaient lui prêter un serment de fidélité qui serait renouvelé tous les dix ans.

Cette paix, avantageuse pour les villes lombardes, n’assurait pas l’indépendance de l’Italie ; elle ne résolvait rien définitivement. Les villes seules qui avaient fait résistance y étaient comprises; c’étaient Crémone, Milan, Lodi , Bergame, Ferrare, Brescia, Mantoue, Vérone, Vicence, Bologne, Ravenne, Rimini, Modène, Reggio, Parme, Plaisance, Bobbio, Tortone, Alexandrie, Verceil et Novare.

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