‹ Histoire universelle publiée par une société de professeurs et de savants sous la direction de M. V. Duruy Histoire de l'Italie depuis l'invasion des barbares jusqu'à nos joursChapitre 87 sur 347 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

confédération , donna plus d’unité et de force au gouvernement général de la ligue ; quelques podestats qui étaient de noblesse italienne, s’offrirent eux-mêmes à défendre les villes qu’ils avaient gouvernées au nom de l’empereur. D’autres cités chassèrent ceux qui restèrent fidèles , et retournant contre Frédéric l’épée suspendue sur elles, confièrent leur défense à des podestats nommés par elles -mêmes. Enfin, les villes du Piémont, celles même de la Romagne, Ravenne, Rimini, Imola, Forli , entrèrent dans la ligue libératrice qui embrassa presque toute l’Italie.

Laissé comme vicaire impérial en Italie, l’archevêque de Mayence, Christian, ne put lutter contre ce mouvement. Il chercha seulement à le diviser; il favorisa Gênes contre Pise, qui lui dut la perte de la Sardaigne , et jeta sur la petite ville d’Ancône des vaisseaux de Venise qui n’oubliait jamais ses intérêts. Mais après six ans de répit , en l’année 1174, les villes lombardes apprirent par l’incendie de Suse l’arrivée de l’empereur. Heureusement la ville nouvelle d’Alexandrie , fortifiée si légèrement et avec tant de hâte que les Allemands l’appelaient Alexandrie de la paille, arrêta Frédéric, le marquis de Montferrat et les Pavesans pendant quatre mois et donna le temps à la confédération de rassembler son armée. Lorsque l’empereur, obligé de brûler son camp, se dirigea sur Pavie, Eccelino le Moine, puissant seigneur du Frioul et Anselme de Doara, Lombard, choisis pour commander l’armée de la ligue, gardaient le Tessin avec des forces supérieures. Ils n’avaient qu’à engager le combat; l’empereur était probablement perdu. Mais les Italiens, malgré leur haine contre Frédéric , respectaient encore en lui le souverain féodal de l’Italie, le successeur des Césars; ils ne prétendaient faire qu’une guerre défensive. Frédéric s’étant bien gardé d’attaquer, l’armée lombarde laissa passer, l’arme au bras, son légitime seigneur qui alla se reposer à Pavie.

Touché de ce respect et frappé du caractère de la résistance, Frédéric se montra plus traitable. Une trêve fut signée pour entrer en négociation; on convint de s’en remettre pour la conclusion d’une bonne paix à des arbitres,

en réservant seulement les droits du saint-empire et de la sainte-église. Les deux armées qui avaient été sur le point de combattre furent licenciées. Tandis que des arbitres choisis parmi les Crémonais débattirent les prétentions contraires des républiques et de Frédéric, les légats d’Alexandre vinrent à Pavie pour traiter de l’extinction du schisme et des rapports du sacerdoce et de l’empire. On ne put cependant encore s’arranger; il fallut une bataille pour trancher la question politique et religieuse.

Frédéric en sommant ses vassaux allemands de soutenir sa querelle, éprouva un premier et grave désappointement. Le chef de la maison de Welf, en Allemagne, Henri le Lion, mécontent que Frédéric eût racheté de son oncle de Bavière la plupart de ses droits sur la Toscane, refusa à l’empereur le service de ses vassaux , et pour la première fois rendit ainsi sa maison et son nom chers aux Italiens. L’empereur avec ses seuls vassaux du Rhin et des Pays-Bas, ses auxiliaires italiens de Pavie et du Montferrat, de la Toscane et de la Romagne, marcha néanmoins contre l’armée des confédérés promptement reformée près deLegnano(29 mai 1 176). Les Allemands eurent d’abord le dessus et pénétrèrent assez près du carroccio de Milan porté au milieu de l’armée; mais deux compagnies de Milanais sous le nom de cohorte de la mort , avaient juré de mourir plutôt que de reculer d’un pas, et de laisser toucher le saint étendard. Celles-ci après avoir invoqué Dieu et saint Ambroise, chargèrent les Allemands avec tant d’impétuosité qu’elles les mirent en fuite et les précipitèrent dans le Tessin ; l’empereur culbuté laissa son bouclier au pouvoir des vainqueurs , et ne reparut que quelques jours après à Pavie où on le croyait mort.

Trêve de Venise et pal* de Constance (*■*»-* fl93?.

Frédéric songea sérieusement cette fois à terminer la guerre aux meilleures conditions possibles. Avant tout il chercha à traiter avec le pape pour mettre la religion hors du débat. Alexandre déclara d’abord qu’il ne voulait point séparer ses intérêts de ceux des villes alliées et du roi de Sicile, mais assurer aussi une juste indépendance aux républiques du

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