CHAPITRE X
HENRI VI, FRÉDÉRIC II, INNOCENT III ET INNO- CENT IV; GUELFES ET GIBELINS; LES VILLES AFFRANCHIES (1183-1230).
HENRI VI ; RÉUNION DE LA SICILE ET DE L’EMPIRE (1183-1196). — INNO- CENT 111 ; ÉTAT DE L’ITALIE A SON AVÈNEMENT (1196-1200). — GUELFES ET GIBELINS , CATIIARINS ET PATAR1NS ; LE CONCILE DE LATRAN (1200- 1217). — FRÉDÉRIC II ET GRÉGOIRE IX; BATAILLES DE CORTENUOVA ET DE MÉLORIA (1 117-1 14 l). INNOCENT IV ET LE CONCILE DE LYON. MORT DE FRÉDÉRIC 11 (1242-1250).
licnrl VI; réunion do la Nielle et de l'empire (ll§3-l t Ofl .
Frédéric Barberousse n’avait pas sans raison réclamé des villes lombardes, a la paix de Constance, la servitude du passage pour lui et son armée. Aussi ambitieux et plus politique avec l’àge, il poursuivait l’asservissement de l’Italie par des moyens plus pacifiques, mais aussi certains.
Dans ses nombreuses apparitions en Italie, arrêté toujours soit par les villes lombardes, soit par Rome, il n’avait jamais pu toucher les frontières du royaume fondé par les Normands et convoité par son ambition. Cet État nouveau formé d’éléments si divers avait continué à prospérer malgré la tyrannie efféminée et cruelle de Guillaume Ier le Mauvais, promptement réparée d’ailleurs par le règne de Guillaume II
le Bon, ce véritable âge d’or de la Sicile, s’il en faut croire les poètes méridionaux et la tradition populaire. Barons lombards et normands, villes grecques avec leur gouvernement municipal et hordes musulmanes sous leurs alcades, y vivaient en paix sous une administration forte et tutélaire.
Quelle autorité ne devait pas prendre en Italie la maison de Hohenstauffen , si elle devenait maitresse de ce beau royaume dont les fondateurs avaient été les protégés et plus encore les protecteurs du saint-siège ! Maitresse de la couronne impériale et de celle de Sicile, de l’Allemagne et du midi de l’Italie, elle tiendrait la papauté et les villes lombardes serrées comme dans un étau. Mais les armes n’y pouvaient rien ; six expéditions de Barberousso en Italie l’avaient suffisamment prouvé. Frédéric, en 1184, parut en Italie accompagné seulement d'une escorte d’honneur, en souverain tout pacifique. Reçu et fêté magnifiquement dans la ville qu’il avait rasée vingt-cinq ans auparavant, il se montra prodigue de faveurs envers les Milanais, auxquels il permit de rebâtir Crème, et envers la plupart des cités lombardes qui avaient été ses ennemies. Dans la Toscane et dans la Romagne, il favorisa la noblesse territoriale contre les villes qui ne suivaient toujours que de loin le mouvement lombard. A Rome, il soutint le sénat et le peuple toujours récalcitrants à l’autorité du saint-siège, contre le successeur d’Alexandre, Lucius III, qui lui refusa en retour la couronne pour son fils Henri. Tandis qu’il endormait ou divisait ainsi les Italiens, il demanda au roi de Sicile, Guillaume II, qui n’avait point d’enfants, Constance, fille posthume de Roger II , seule héritière du trône, pour l’héritier de l’empire, Henri.
Le saint-siège comprit de suite le danger; mais les papes Lucius III et Urbain 111, toujours en querelle avec les Romains, errant d’Assise à Tivoli, ne purent montrer qu’un mauvais vouloir impuissant. Le mariage entre le fils de Frédéric et Constance fut célébré à Naples en 1186, en dépit du pape, qui suspendit les évêques présents à la cérémonie ; et, le soir même , le patriarche d’ Aquilée posa sur la tète de Henri la couronne refusée par le saint-siège. Chose étrange ! aucune des villes lombardes ne parut comprendre quel coup