Histoire véridique de Vidocq
François-Eugène Vidocq ^'mt au monde en juillet 1775; son père exerçait, à Arras, la profession de boulanger.
Doué d'une constitution très vigoureuse, le jeune Yi:locq était , à huit ans, la terreur de son voisinage ; à tre-ize ans, il savait déjà manier un fleuret, et chargé d'aller porter le pain aux pratiques de son père, il profilait de ces courses, pour faire de fréquentes visites à la salle d'armes; ses parents tolérèrenl: sa conduite jusqu'à ce qu'ils eussent conslaté !iu dé-
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ficit dans leur comptoir, dont ûs ne retiraient jamais la clef; le frère aîné de Vidocq qui fouillait à la caisse, de même que son cadet, fut envoyé à Lille , chez un boulanger, après avoir été pris en flagrant délit.
La clef fut retirée du comptoir; Vidocq en fît faire une fausse , et l'argent qu'il dérobait à ses parents était dépensé dans une taverne avec d'autres petits mauvais sujets de la ville. Surpris et vigoureusement rossé par son père qui le surveillait de très près , il ne se corrigea pas, il se mit à faire main-basse sur le pain , sur le vin, le sucre, le café, les liqueurs, enfin un beau jour, à l'heure du dîner, il s'empara de dix couverts d'argent, qu'il alla engager pour 150 liv. qui furent dissipées en deux jours.
Son père le fit enfermer dans une prison correctionnelle; le coupable promit de s'amender, sa mère intercéda pour lui, il fut bientôt réintégré à la maison paternelle.
Le pécheur n'était nullement converti ; mais, à son retour, le comptoir était si bien gardé que force fut à Yidocq de le respecter ; le génie du mal lui apparut
sous les traits d'un de ses camarades de vagabondage nommé Poyant qui lui conseilla de voler le coffre-fort paternel, et de fuir avec le magot , sûr d'obtenir son pardon, en cas de non succès, grâce à l'indulgence maternelle.
Un soir, la mère de Yidocq était seule au logis, on vient l'avertir que son fils se bat à l'autre extrémité de la ville et que sa vie est en danger ; la bonne femme abandonne son ouvrage et court à l'endroit indiqué : son fils, aidé de son complice Poyant, met le temps à profit, armé d'une clef qu'il a su dérober, il s'introduit dans la boutique , mais le comptoir est fermé, Yidocq n'en est pas fâché, un remords le prend, il va se retirer; mais l'infernal Poyant est là, il présente une pince, Yidocq la saisit... la caisse contenait deux mille livres que les deux complices se partagent. Une demi-heure après Yidocq était seul sur la route de Lille.
De Lille , Yidocq fut à Dunkerque , voulant s'embarquer pour l'Amérique, mais on lui demanda pour le passage beaucoup plus que la somme qu'il possédait^ à Calais et à Ostende, les capitaines
ne furent pas plus traitables ; enfin un soi-disant courtier de navires lui promettant de le fane embarquer à bon marché le conduisit dans une maison de débauche où il l'enivra. ^
Vidocq se réveilla le lendemain matin, sur le port , à moitié nu avec douze francs dans sa poche ; l'argent volé à ses parents ne lui portait pas trop profit, on le voit.
Sur le point de s'engager dans la marine , Yidocq rencontre une troupe de saltimbanques, il fut admis parmi eux ; le voilà aussitôt, nettoyant les lampions et les cages des animaux, balayant la salle, en but aux impertinences des singes , ses commensaux ; on lui apporte pour déjeuner un morceau de pain bis, bien dur, et comme il n'est pas très habile à allumer les quinquets, le directeur, homme vif, lui administre une correction amicale; au bout d'un mois, paillasse était dans un éi!at pitoyable, les vêtements en lambeaux, rongé de vermine, amaigri par la diète et la fièvre, rossé quotidiennement et par son professeur de saut, et par le régis^seur de la ménagerie, qui avait voulu , mais sans succès, i'ha-
bitner à faîreJe sauvage el à manger de la viande criïe.
Vidocq s'engagea avec deux époux propriétaires d'un théâtre de marionnettes, la femme était très jeune, assez jo* lie ; monsieur était vieux ; i'âge de Vidocq sympathisait avec celui de madame; la sympathie devint tellement intime entre eux deux, que l'époux s'en aperçut ; il y eut une esclandre et Vidocq fut encore une fois sur le pavé et sans aucune ressource ; îl hésitait à retourner à Arras, lorsqu'un pédicure qtii allait à Lille lo prit à son service. Vidocq l'aida à porter ses paquets et ses onguents ; mais comme il avait déjeuné, lorsqu'ils arrivèrent dans la capitale de la Flandre , il refusa obstinément d'obéir à son nouveau patron ek de faire la parade sur la place.
11 arrive le soir à Arras, il entre (fans la ville et court à la maison paternelle : sa mère était seule, il se jette à ses genoux, elle lui pardonne et obtient également le pardon de son père.
Les aventures de Vidocq avaient fait du bruit dans la vill» : il devint presque un homme à la mode ; déguisé en femme, il entama une intrigue avec une actrice
— iode la ville qui l'emmena à Lille pendant trois semaines; à son retour le père Vidocq consentit avec joie à voir prendre à son fils l'état militaire.
Voilà Yidocq dans le régiment de Bourbon ; avec sa nature querelleuse, il eut bientôt des duels, et six mois après son entrée au corps, il avait tué deux hommes et mis quinze fois l'épée à la main. Confiné dans un cachot , il aida à l'évasion d'un de ses compatriotes accusé de vol.
Son régiment quitta Arras, pour se diriger sur le camp de la Lune, commandé par Kellermann. Yidocq se conduisit bien dans l'engagement qui eut lieu le 20 octobre contre les Prussiens; il fut nommé caporal de grenadier ; mais, dans une discussion qu'il eut avec son sergentmajor, il le frappa; menacé du conseil de guerre, il déserte , en compagnie de celui qui devaiî; lui servir de témoin dans son duel avec le sous-officier; ils parvinrent ensemble à Yitry-le-Français où ils furent engagés îfh 11® régiment de chasseurs, dont le dépôt était à Philippeville; comme ils rejoignaient cette ^ille , ils rencontrent un soldat picard, qui ne sa-
chant pas lire leur montra un portefeuille rempli d'assignats qu'il avait ^trouvé ; ces messieurs partagèrent avec lui, mais ils eurent soin de s'adjuger la part du lion.
Vidocq assista à la bataille de Jemmapes, et s'y comporta bien ; mais son capitaine lui ayant appris qu'on allait l'arrêter comme déserteur, il sella son cheval et prit la fuite, il passa aux Autrichiens qui l'incorporèrent dans les cuirassiers ; ne voulant pas porter les armes contre son pays il prétexta une maladie et fut envoyé à Louvain où il donna des leçons d'escrime aux officiers ; mais condamné à recevoir vingt coups de schlague, après l'exécution, il s'en fuit en Belgique, et se fît incorporer au 14^ léger ; à Rocroi, il retrouva son ancien régiment, son capitaine le reprit dans sa compagnie; mais séducteur d'une gouvernante qui volait son maître pour donner i son amant , Vidocq eut à souffrir dei plaisanteries et des mauvais propos de ses camarades: il eut dix duels en six jours, et blessé grièvement, il resta plus d'un mois à l'hôpital ; lors de sa guérir^^ il obtint un congé de six semaines.
n vînt le passer à Arras où il trouva sof père, inspecteur de la manutention des vivres.
Blessé à Givet , Vidocq entra ensuite comme maréchal-des-logis dans la légion germanique, composée en grande partis de déserteurs et de maîtres d'armes ; mais sa blessure s'étant rouverte quelques jours après il fut obligé de revenir à Arras.
Embarqué dans une intrigue amoureuse, Yidocq frappe son rival; il est arrêté et enfermé aux Baudets, prison où étaient alors retenus, comme suspects, beaucoup d'habitants de la contrée. Peu d'entre les prisonniers sortaient , si ce n'était toutefois pour marcher au tribunal et de là à la mort; Yidocq tremblait de voir arriver son tour; mais à la prière de sa mère, Joseph Lebon, qui était dictateur à Arras, le fît élargir.
Un terroriste nommé Chevalier avai' été d'abord le dénonciateur puis le sau~ reur de Vidocq, colni-ci crut lui devoir des remerciements : il fut le voir et il exprima à sa sœur tous ses sentiments de gratitude ; cette femme crut qi:e Yidocq était amoureux d'elle, dès lors elle jety. son dévolu sur lui.
A la suite d'une rencontre arec les Prussiens, Yidocq, nommé sous-lieutenant, reçut les félicitations flu général Yandame en même temps qu'un billet d'hôpital.
Redevenu simple soldat, à la suite du licenciement des bataillons de réquisition, Yidocq fut envoyé à Fresner. Les Autrichiens avaient enlevé à une pauvre famille un bateau d'avoine qui composait toute leur fortune; Yidocq résolut de reprendre la proie pour la rendre à ces pauvres gens ; l'entreprise ne réussit qu'à moitié, et si Yidocq parvint à enlever du bateau un sac d'argent qui appartenait aux spoliés, en revanche il eut deux doigts cassés.
Yidocq revint à Arras; sa première visite fut pour Chevalier, par i'iniluence duquel il obtint une prolongation de congé; bientôt mademoiselle Chevalier lui déclara qu'elle était enceinte, Yidocq se décida à l'épouser; il avait alors dixhuit ans. Quelques jours après la noce, sa femme lui apprit que sa grossesse était simulée et n'avait eu pour but que de le décider au mariage. Le ménage allnit ^oît mal, aussi Yidocq reçut-il avec joie
l'ordre de rejoindre à Tournai. Employé dans les bureaux, il est envoyé un jour à \rras , il part en poste et arrive à onze heures du soir, il court chez sa femme ; personne ne répond, un voisin lui ouvre la porte de l'aliée, il entend un sabre qui' tombe, puis tout d'un coup la fenêtre s'ouvre , un homme saute dans la rue, Vidocq le rattrape, c'était un officier de hussards, il était en chemise. Vidocq est arrêté, mais il explique ses faits à Joseph Lebon qui le fait mettre en liberté; le lendemain m.atin, dès le petit jour , le mari infortuné était sur la route ide Tournai.
N'ayant pas retrouvé à Tournai l'officier qui l'avait envoyé en mission à Arras, Vidocq partit pour le rejoindre à Bruxelles; mais l'ayant également manqué dans cette ville , il s'y lia avec des gens qu'il avait rencontrés sur la route: c'était des officiers de l'armée roulante, espèce d'escrocs qui portaient l'épaulette, sans avoir aucun droit.
Vidocq à Bruxelles servait de sigisbé à une fille entretenue. Il passait son temps dans les cafés, oii se réunissaient ies chevaliers d'industrie et les grecs ; les
grecs ayant vu qu'il s'apercevait do leurs tours , lui payaient tribut pour acheter son silence.
Arrêté au théâtre à la suite d'une dispute, il déclare n'avoir pas de papiers, mais se nommer Rousseau et être de Lille : deux gendarmes sont chargés de le conduire en cette ville ; chemin faisant, le faux Rousseau leur paie un copieux souper, et lorsque ces bons gendarmes sont bien pris d'eau-de-vie et de rhum, "Vidocq s'échappe par la fenêtre.
Réfugié à Lille, il est bientôt incorporé dans l'armée roulante, composée d'officiers, sans brevets, sans troupe, munis de faux titres, de faux étals. Yidocq fut capitaine de hussards ; et sous ce nouveau titre, il revint à Bruxelles, où on lui donna un billet de logement chez une riche veuve, une bar une ; le nouvel hôte fut bien accueilli, son couvert fut mis chaque jour, bientôt ses amis furent acceptés dans la maison hospitalière; Yidocq jouait de bonheur, la baronne avait résolu de l'épouser.
Sans penser à madame Vidocq, qu'il avait laissée à Arras, se faisant passer pour un jeune noble fils d'émigré, Vidocq
tait parvenu à se faire suivre par la veuve jusqu'à Breda; mais touché tle son amour et de son dévouement, il lui avoua qu'il la trompait, et sans se faire complètement connaître, il lui en dit assez pour la résoudre à abandonner son projet ; la baronne avant de partir lui laissa 15,000 livres en or.
Vidocq vint à Paris ; mais malgré son habileté et sa parfaite connaissance des tours des grecs, il perdit cent louis dans un tripot ; avec une jeune et jolie femme nommée Rosine, acheva de mettre sa bourse à sec ; dégoûté de Paris, il revint à Lille, où il espérait trouver plus de ressource qu'à Pans.
Yidocq s'enpgea comme aide, à la suite d'un empiriciue, nommé Christian; le voilà voyageant de ferme en ferme, son patron changeant les écus contre des couronnes , traitant les hommes et les animaux, levant les sorts qu'il avait jetés lui-môme , en faisant quelque temps avant son passage, dans les fermes mêler par des complices. des substanccG nuisibles aux aliments des bestiaux. L'empirique arrivait, et on comprend qu'il n'avait pas de peine à guérir les malades, connais-
— 17 ~ sant aussi bien les causes de la maladie.
A Moulins, l'empirique introduisit son aide dans une assemblée de Bohémiens; mais la probité de Yidocq eut honte d'être associé à des voleurs: il les quitta et revint à Lille après avoir dissipé ses derniers cent francs.
Yidocq s'était hé avec une femme galante, nommée Francine, qui lui paraissait fort attachée ; il la surprends, un jour, avec un capitaine de génie ; il tombe sur eux à coups de poings , le capitaine se plaint, Yidocq est arrêté, conduit à la prison du Petit-Hôtel etcondamné à trois mois de prison.
Du Petit-Hôtel, on le transféra à la tour Saint-Pierre, ou il obtint une chambre particulière; Francine, avec laquelle il s'était réconcihé, lui tenait compagnie. une partie de la journée.
Parmi les détenus, se trouvaient deux anciens sergents-majors , Grouard et Herbaux, condamnés tous deux pour faux, et un cultivateur, Boitol, condamné à six ans de réclusion pour vol de récolte ; ce dernier était père de famille, tout le monde s'intéressait à lui ; Grouard et
Herbaiîx, résolurent de le faire sortir de prison, ils empruntèrent la chambre de Vidocq, soi-disant pour rédiger un mémoire jusîificatif, mais réellement pour commettre un faux plus à leur aise; ils firent un ordre de mise en liberté, qui ouvrit à Boitel la porte de la prison.
' Boitel repris, accusa Vidocq d'être du complot, et lorsque celui-ci voulut sortir à l'expiration de ses trois mois, il apprit qu'il était écroué sous la prévention de complicité de faux.
Vidocq, sans vouloir attendre un jugement qui l'aurait probablement rendu à la liberté, résolut de s'évader ; Francine lui apporta dans son mouchoir un uniforme semblable à celui d'un officier supérieur, chargé d'inspecter la prison; cet officier vint bientôt faire sa tournée ordinaire : pendant qu'un détenu l'occupe , Vidocq se présente à la porte, le guichetier lui ouvre, avec force salutations, il est libre. Vidoeq, au lieu de se tenir caché , se promène dans la ville. Un jour il est rencontré par un sergent-de-ville qui le reconnaît^ et l'arrête» il obtient d'être mené chez sa maîtresse pour lui dire adieu. Francine lui glisse dans sa poche
une poignée de cendres ; arrîvés dans une rue déserte, Vidocq aveugle son conducteur avec une poignée de cendres et prend la fuite.
Toute la police fut mise à ses trousses : un commissaire appelé Jacquard, sachant qu'il devait dîner dans une maison , s'y présente avee quatre agents; Vidocq allait se mettre à table avec deux femmes, un convive se trouvait absent, le commissaire ne savait pas celui qu'il venait arrêter. Vidocq l'entraîne dans un cabinet voisin : vous cherchez Vidocq, lui dit-il, il va venir dans dix minutes ; quand il entrera, je vous ferai signe, restez dans ce cabinet avec vos hommes afin qu'il ne se doute de rien et qu'il entre jusqu'ici ; le commissaire consent à rester dans le cabinet avec ses soldats, Vidocq l'y enferme à double tour, et lui crie à travers la porte : Vous cherchez Vidocq, c'est lui qui vous met en cage, au revoir.
Vidocq finit par être repris et reconduit à la tour Saint-Pierre, où on le mit au cachot.
Huit de ses compagnons parvinrent à s'échapper par une uanchée; iwiis quand
ce fut à son tour de passer, comme il était fort gros, il resta engagé danslesouterrain, sans pouvoir avancer ni reculer, il fut obligé d'appeler à son secours, on le tira de sa position, non sans peine ; et on le conduisit à la prison du Petit-Hôtel, oii on le chargea de chaînes.
Dans sa nouvelle prison, Vidocq se trouva avec les plus grands scélérats du pays, les geôliers les surveillaient de près, et une évasion était impossible; cependant un jour qu'il était allé à l'instruction, un gendarme avait laissé son chapeau et son manteau sur un des bancs du prétoire.
Vidocq met le chapeau sur sa tête, s'enveloppe du manteau, prenant un détenu parle bras, il se présente à la porte qu'on lui ouvre.
De retour chez Francine, il se disposait à passer en Belgique avec elle, lorsqu'il rencontra une de ses anciennes maîtresses, qui lui offrit à souper et le garda jusqu'au lendemain matin ; Francine le sut et menaça son amant de le faire arrêter; Yidocq résolut de laisser apaiser
ea colère, il revient en son absence à leur appartement, force un volet et prend ce qui lui était nécessaire.
Après avoir erré cinq jours dans la cami>agne, il revint chez une amie de Franciue qu'il prie d'aller chercher sa maîtresse ; ello le lui promet d'un air singulier; elle sort, et au bout de quelques instants les gendarmes entourent Vidocq et le reconduisent au Petit-Hôtel. Il est pendant vingt-cinq jours au secret, sans connaître les motifs de cette rigueur; il apprend enfin qu'il est accusé d'avoir assassiné sa maîtresse : Francine avait été trouvée frappée de cinq coups de couteau le jour oii Yidocq l'avait quittée. La poursuite à ce sujet n'eut pas de suite, il fut bien prouvé que Francine s'était frappée elle-même, désespérée de se voir abandonnée par son amant.
Vidocq n'était plus enfermé que sous la prévention do faux ; il s'aperçoit, un matin, que la porte de la prison est restée ouverte, il s'empresse de la franchir , et, malgré les cris du concierge, il est bientôt hors de vue ! Il veut quitter Lille, vers le soir, les po 'tes étaient fermées, il descend par les remparts, mais il se foule le pied; un paysan qui passa avec une charrette h recueille chez lui dans un village voisin, et lui pi odigue ses soins,
If) prenant pour un contrebandier.
Francine, à laquelle il fit connaître sa retraite,'lui envoya 120 livres, qui l'aidèrent à gagner Ostende, d'où il a^ait résolu de s'embarquer pour l'Amérique ; comme il était sans papiers, aucun armateur ne voulut le prendre à son bord; cependant son argent baissait, il résolut de se faire contrebandier.
Le métier était périlleux : aussi après avoir assisté à une expédition dans laquelle il eut deux de ses camarades tués à ses côtés , Vidocq demanda-t-il son congé; il revint sm- la route de Lille; reconnu par les gendarmes , il est de nouveau arrêté et réintégré au Petit-Hôtel, où il retrouva ses anciennes connaissant ces.
Rêvant une évasion nouvelle, il était parvenu dans son cachot à fabriquer une fausse clef en étain : il allait en profiter lorsqu'il fut remis avec les autres prisonniers ; deux criminels qui étaient resrtés au «cachot s'échappèrent par un trou fait dans le grenier de la prison, séparé seulement par cette cloison du grenier de l'Hôtel-de-Ville ; on plaça un factionnaire avec ordre de ne laisser passer personne
par cette issue, tandis que ies ouvriers travailleraient à la boucher; Victocq se fait apporter par Francine des '^ rubans tricolores, il s'en affuble ; le guichetier le prend pour un munic.pal, lui présente les ordres ; arrivé à l'ouverture, Yidocg dit aux deux factionnaires qui la gardaient qu'il était impossible que des hommes fussent passés par là ! — Vous y passeriez tout habillé, dit l'un d'eux : Vi-docq se glisse et passe dans le grenier voisin, le soldat lui ouvre la porte, Vidocq descend les escaliers de rilôtel-de-Vill(; et bientôt il fut dans la rue.
Vidocq rejoignit à Courtrai des escamoteurs, qu'il accompagna à Gand et à Enghien ; il fut arrêté à cette foire au moment où il allait faire la parade ; il i'u^ encore ramené à Lille, mais de là or.
l'expédia dans la prison de Douai. Réuni dans son cachot à deux criminels audacieux, ils creusèrent une travée qui devai> Ieur*permettre de s'évader par la rivière de Scarpe; malheureusement pour eux ils avaient mal calculé leur distance, et \ieur trou était de quelques pieds plus bas Hue le niveau de la rivière , aussi l'eau ahissant leur cache, les empêcha de
mettre leur projet de fuite à exécution ; le concierge les plaça dans des cachots séparés. Un jour que Vidocq avait été conduit avec deux de ses compagnons dans un corridor pour s'entretenir avec son avocat, ils sortirent tous trois au moyen d'une fausse clef.
Les camarades de Yidocq avaient r^ solu de dévaliser le même soir une maison de campagne isolée ; comme ils avaient faim et qu'ils se trouvaient près d'un village, Vidocq fut chargé d'aller acheter des vivres; il partit, et laissant là ses compagnons il suivit une direction contraire à la leur; enrôlé palefrenier par un officier de hussards noirs, il vint loger à Paris à l'École-Militaire; de retour à Guise oii était le dépôt de ce régiment, le colonel l'admit sous le nom de Lannoy ; îrais un gendarme de Lille le rencontre à Guise et l'arrête , il fut renvoyé à Douai.
Accusé d'avoir avalé le faux timbre qui avait servi à libeller l'ordre en liberté de Boitel, Yidocq fut mis huit jours dans un cachot où la paille ne restait pas sèciie plus de vingt minutes.
Ayant appris qu'on devait le réint^rer
dans sa prison ordinaire, il feignit d'être très souffrant ; on lui couvrit les yeux d'un mouchoir pour lui adoucir l'éclat du grand jour ; on prit un fiacre pour le transporter. A peine dans la voiture , Vidocq abaisse son bandeau d'une main, tandis que de l'autre il ouvre la portière, et il était déjà hors de vue avant que les gendarmes fussent revenus de leur premier moment de stupeur.
A la suite d*une querelle qu'il eut le lendemain dans une auberge près de Dunkerque , il fut repris et expédié à Douai, où oiî le plaça à la prison de i'Hôtel-de-Vilie.
Lui et ses compagnons de captivité essayèrent de fuir par une tranchée, mais ils échouèrent et ils se barricadèrent à l'intérieur de leur cachot; ils se rendent sur la promesse d'une amnistie, mais ils sont accablés de coups et mis aux fers.
Le jour du jugement pour l'accusation de faux arriva : Vidocq est présent, mais les coaccusés se sont ligués entre eux, ils témoignent contre lui, malgré les experts qui déclarent que son écriture ne figure pas sur l'acte simulé, il est condamné à huit ans de fers.
Vidocq dut être envoyé sur Bicêtre, où il devait être remis à la chaîne générale,' Dirigé sur le bagne de Brest , il résolut Avec quatorze de ses compagnons de se révolter , lorsqu'ils traverseraient la forêt de Compiègne ; à l'endroit indiqué, les fers, coupés à l'avance , tombèrent tout d'un coup ; mais les soldats de l'escorte chargent les fuyards qui veulent résister: deux condamnés tombent morts, cinq sont grièvement blessés, les autres demandent pardon et se rendent; la diaîne arriva sans encombre à Bicêtre.
De la cour du fort Mahon , où il était retenu, Yidocq entreprit une tranchée qui le conduisit dans la cour des fous, d'où il espérait pouvoir s'échapper; il prit un matin ce chemin, suivi par trentequatre de ses camarades : une perche qu'ils avaient trouvée leur aurait servi d'échelle pour escalader la muraille qui les séparait de la cour d'entrée, lorsqu'un chien, par ses aboiements, attira l'attention des gardiens qui s'emparèrent des condamnés pour les conduire au cachot.
L*instant du départ de la chaîne pour Brest arriva ; après la visite du médecin,'
tous ceux qui, d'après sa déclaration, sont en état d'entreprendre le voyage, '^quittent les habits de la maison pour reprendre les leurs ; toutefois, les vêtements laissés aux condamnés sont lacérés, afin de rendre leur fuite impossible, ils ne peuvent conserver plus de six francs ; on élude toutefois la règle à cet égard, en introduisant des louis dans des pièces de deux sous creusés autour; puis on ferre les condamnés, deux par deux, accouplés par rang dé taille, tenus l'un à l'autre par une chaîne de six pieds, réunie au cordon principal, de manière à ce que tous ne puissent se mouvoir qu'en masse; un détenu coupe à chaque forçat les cheveux et les favoris d'une manière inégale.
Yidocq arriva au dépôt de Brest sans encombre; mis en quarantaine à Pont- Lezeu, baigné à la lessive, il reçut comme ses compagnons une casaque rouge, deux pantalons, deux chemises de toile à voile, deux paires de souliers et un bonnet vert; il avait cache dans une pièce un pantalon, deux chemises, une cravate ; il se travestit et après avoir percé le mur de la pièce oùilsétaientrenfermés, il se trouva
dans une cour dont les murs ayaiem quinze pieds d'élévation ; il s'éleva sur le chaperon à l'aide d'une perche ; mais en sautant de l'autre côté, il se foula les deux pieds, il fut dans l'impuissance d'aller plus loin ; il résolut donc de se présenter de lui-même au dépôt, afin d'obtenir son pardon ; une sœur de charité sollicite et obtint sa grâce ; enfin , au bout de trois semaines, il fut introduit à Brest.
Son camarade de chaîne lui fit procurer le sixième jour de son entrée au bagne, des habits de matelots qu'il endossa sous sa casaque de forçat .3 passant derrière une pile de bois, comme pour satisfaire un besoin, il ôta vivement ses vêtements de galérien, il mit une perruque sous sa casquette, et disparut en se glissant derrière des morceaux de charpente.
Yidocq dans son nouveau travestissement passe à la grille sans encombre ; le soir venu, il se présente à la seule porte de la ville : un ancien garde chiourme était là en permanence qui devinait les forçats à la marche, à la physionomie ; Vidocq arrivé devant ce personnage dépose à ses pieds une cruche de lait qu'il
avait achetée pour rendre son déguisement plus complet, et lui demanda du feu pour allumer sa pipe ; le sbire lui en donna avec empressement, et Vidocq passa devant lui sans exciter ses soupçons.
Vidocq suivait la grande route depuis trois quarts d'heure lorsqu'il entendit les trois coups de canon qui annonçaient l'évasion d'un forçat ; comme il y a une gratification de cent francs pour celui qui ramène le fugitif, il vit beaucoup de paysans armés de faux et de fusils qui battaient la campagne, aucun d'eux n'eut l'idée de le soupçonner.
Vers le soir, Vidocq arriva dans un cabaret tenu par le garde-champêtre, il fut un instant interdit; mais se remettant aussitôt, il dit qu'il voulait parler au maire : c'est moi, dit un vieux paysan attablé au cabaret... Je me suis égaré dans la traverse de Morlaix à Brest, dit Vidocq, suis-je loin de cette ville où je voudrais coucher ce soir. — Cela est impossible, attendez à demain, couchez dans cette grange, le garde-champêtre qui va reconduire au bagne un forçat évadé, vous conduira à Brest en même temps.
Vidocq fit l'homme qui a perdu quelque
chose : malheureux, dit-il , j'ai oublié à Morlaix mon porte feuille oii sont mes paprers et 20 louis, il faut que je les aille chercher: si Monsieur le garde-champêtre qui connaît les chemins veut m'accompagner, nous serons de retour facilement demain pour conduire le forçât ; cette proposition rassura le maire. Yidocq partit avec le garde-champêtre ; arrivés à Morlaix au point du jour , il laissa dans une auberge à l'attendre le fonctionnaire public que le rhum et l'eau-de-vie avaient mis dans un état d'ivresse complet.
Yidocq suit la route de Vannes, et deux jours se passent sans encombre ; mais il rencontre deux gendarmes qui l'arrêtent et lui demande qui il est? Duval, de Lorient, déserteur de la Cocarde à Saint- Malo.
Yidocq avait appris cette particularité pendant son séjour au bagne, le brigadier crut le reconnaître et le fit reconduire à Lorient.
En prison un de ses camarades lui dit: « Duvaldont vous prenez ie nom est mort « il y a deux ans à la Martinique ; per- « sonne n'en sait rien, tant il y a d'ordre « dans les hôpitaux des Colonies j comme
« il était parti fort jeun G de chez lui, sa « famille pourra vous prendre pour lui. « Auguste Duval avait sur le bras gauche « un tatouage, un autel surmonté d'une a guirlande, faites-vous mettre au cachot « avec moi , je vous ferai cette même « marque. »
Vidocq accepta la proposition : ils se firent mettre au cachot , son camarade l'y tatoua et lui apprit en môme temps une foule de détails sur la famille de Duval.
Vidocq joua si bien son rôle, que le père de Duval, sa mère, une cousine et un oncle le reconnurent parfaitement ; renvoyé à Quimper, avant d'être dirigé sur Saint-Malo, le faux Duval parvint à se faire mettre à l'hôpital, en avalant pendant deux jours du jus de tabac, ce qui lui donna une fièvre de cheval ; mais, comme par ce procédé il ne serait resté malade que trois ou quatre jours, il se fit enfler la tôle comme un boisseau, au moyen de procédés qu'il avait appris à Bicétre. Sa té(e devin-t si grosso que les médecins de Ihôpilal ne savaient plus que penser de sa maladie; un forçat libéré, qui faisait le service d'infirmi
lui procura pour queJqu' argent le moyen d'aller passer quelques heures en ville. Une nuit, vers deux heures du matin, ^ndis qu'une sœur était à matines, l'infirmier s'empara de sa robe, de saguim.pe, de ses bas; Yidocq s'habille, traverse la salle. Il est bientôt dans le jardin, il escalade le mur ; au lever du soleil, il avait déjà fait deux grandes lieues au moins.
Arrivé dans un village, un sacristain l'introduit chez le curé qui l'invite à écouter la messe et à déjeuner ; à la nuit, il se présente à la porte d'une chaumière, une femme âgée vint ouvrir et l'introduisit dans sa famille, composée de son mai4, de son fils, âgé de dix-huit ans et de deux filles de qumze à dix-sept ans; on l'invita à prendre place à la table commune. Après le souper, la prière dite, le père de famille annonce à Yidocq que, n'ayant pas de lit à lui donner, il serait oblige de coucher avec ses deux filles; ces demoiselles, qui logeaient dans une étabîe, une fois entrées dans leur chambre à coucher, se déshabillèrent fort librement; Yidocrj élail plus embarrassé, car il avait sous ses habits de religieuse une chemise d'homme ail faire recomiailrc &on sexiî
véritable, aussi ne se pressait-il pas de se déshabiller; mais, lorsque les deux sœurs furent couchées, il renversa ia lampe comme par mégarde, l'obscurité lui permit alors de se mettre au lit sans crainte ; cette nuit était cruelle, car ses voisines étaient fraîches et jeunes, deux qualités assez séduisantes pour un homme condamné depuis longtemps au célibat absolu. Vidocq respecta les filles de son hôte ; au petit jour, il endossa sa robe de bure et se mit à genoux dans un coin, ev attendant le réveil de la famille; ces braves gens ne le laissèrent partir qu'après lui avoir préparé une bonne soupe au lait pour son déjeuner.
La sœur de charité rencontra une marchande de reliques, avec laquelle elle se rendit à Nantes par la traverse ; Vidocq avait entendu parler à Bicêtre, par des détenus, d'une auberge située à l'île Feydeau, où les voleurs étaient bien accueillis; Vidocq découvrit cette maison, et se recommandant de quelques noms connus, il fut admis sans difficulté par l'aubergiste, qui l'introduisit dans une sallo secrète, où la fausse religieuse, ayant défait ses vêtements d'emprunt, reconnut
plusleurs camarades de prison ; l'hôtesse poussa la générosité jusqu'à donner à Vidocq des habits neufs, du hnge, tout ce qu'il fallait pour compléter une toilette présentable.
Quand Vidocq fut un peu remis de^ fatigues du voyage, ses compagnons lui annoncèrent qu'ils comptaient sur lui pour exécuter un coup de main sur une maison isolée de la ville : ce n'était pas le compte de Vidocq qui résolut de fuir pour échapper à ce nouveau danger. Il troqua ses habits neufs contre une casaque de paysan, et portant au bout d'un bâton un panier de provisions, il quitte Nantes*
Arrivé à Cholet, dans la Vendée, un marchand de bœufs lui donna à conduire un troupeau jusqu'à Paris. Le premier jour de son entrée au service de cet homme, Vidocq est chargé d'une commission pour une personne de Cholet; cette personne lui demande si son maître Relui a pas dit de recevoir de l'argent: Vié©cq répond négativement; la personne cependant !ui donne un sac de cent écus. que !e commissionnaire remit fidèlement îi son maître qui parut touché de son exactitude.
AU bout de trois jours de voyage, marchand de bœufs, ayant eu à se détourner de la route pour ses affaires, mit Vidocq à la tête de son troupeau en qualité de maître- garçon ; le commis ayant agi avec beaucoup d'économie et de probité, son maître lui fit de sincères compliments, lui donna une gratification de 40 francs et voulait le garder à l'année et lui donner un petit intérêt dans son commerce ; Yidocq n'avait eu depuis longtemps des nouvelles de sa famille, il refusa et partit pour Arras. Il apprit que sa femme avait eu des débordements scandaleux et qu'on la disait alors enceinte d'un avocat de la ville qui subvenait à ses besoins ; il était peu prudent de rester dans la ville, aussi Vidocq se réfugia-t-il chez un ex-prêtre dans un village des environs; ce brave homme était obligé de se cacher dans une grange pour dire la messe. Yidocq lui servit de sacristain et remplit fort bien ces fonctions, nouvelles pour lui ; le vieux prêtre était également maître d'école. Vidocq, à son exemple, enseignait donc à lire aux enfants du village, mais il comptait pour ton malheur parmi ses élèves quelques
jolies paysannes, trop dociles peut-être A ses leçons. Une nuit qu'il était occimé dans un grenier à foin à donner des leçons de physique expérimentale à une écolière de seize ans, quatre garçons brasseurs le fustigèrent jusqu'au sang avec des verges d'orties et de chardons.
Cette aventure le dégoûta du lutrin et de l'enseignement primaire. Muni de quelques ressources, il s'embarqua pour Rotterdam en Hollande ; il rencontre dans celle ville un Français qui lui fait force amitié et qui le régale d'un bon dîner... Le lendemain matin, Vidocqse réveilla à bord d'un bâtiment de l'État ; depuis le temps qu'il voulait devenir marin, il était arrivé au but de ses désirs. Mais les coups de corde du maître d'équipage le désespérèrent bientôt, il résolut de s'échapper à la première occa" sion ; transbordé sur un nouveau bâtiment sur lequel se trouvaient réunis 270 rearues forcées et seulement 50 inatelots et soldats, Vidocq décide ses compagnons à rei^tusser la violence par la force ; à 'àxi signal donné, ils mettent les officiers à fond de cale ; mais, vendus par le pilote
et menacés d'être fracassés par le canon d'un fort voisin du lieu où lis avaien abordé, ils sont forcés de se rendre: on pardonna, et Vi(^ocq fut placé sur nouveau vaisseau, où, donnant c* çons d'escrime aux. officiers, il position s'améliorer sensiblement.
Le gouvernement français ayant réclamé ceux de ses nationale qui pou° valent être à bord des vaisseaux hollan» dais, Vidocq fut arrêté dans une excursion à terre. Il se dit Hollandais, parlant la langue de ce pays avec facilité; on le crut et on le conduisait a son bâtiment pour s'assurer complèterr ent de son identité, il s'échappa et s'cnbarqua sur le corsaire le Barras, où il séjourna six mois avant de relâcher à Ostende ; un commissaire étant monté sur le Barras pour visiter les papiers de l'équipage, Vidocq déclara s'appeler Auguste Duval, né à Lorient, dont les pa?3iers étaient restés à Rotterdam ; il fut pris et reconnu pour s'être, sous ce même n am de Duval, évadé de l'hôpital de Quimp €r.
Vidocq fut dirij2;é sur.Quimper; en passant par Lille, oî' il avait demeuré si longtemps, il cm!"- ?nit d'être reconnu
par les gendarmes, aussi s'était-il fait enfler les joues de manière à être méconnaissable : écroué à la prison de l'Égalité, il y rencontra son ancienne maîtresse Francine, qui était devenue la femme d'an matelot ; le lendemain, il fut surpris de voir que le convoi, au lieu de suivre la route de Lens, prenait celle de Douai; Francine, qui l'attendait à la première halte, lui glissa dans la main 200 francs en or. A Douai, un geôlier et un huissier croient le reconnaître, on lui demande s'il ne serait pas Yidocq par hasard? Il affirme qu'il est Duval; on lui tend une embuscade, on fait venir sa mère; mais il l'avertit d'un signe, et cette femme dit que le prévenu ressemble bien à son fils, mais que cependant ce n'est pas hii.
Le tatouage que Vidoeq avait au bras dérouta complètement les magistrats qui commencèrent vraiment à croire qu'il était Duval; cependant, comme on ne prenait contre lui aucun parti décisif, Vidoeq finit par déclarer son véritable nom.
Vidoeq fut renvoyé à Bicêtre, il y entra en avril 1799.
Lors du ferrement, Vidocq fut placé en première ligne, au premier cordon de la chaîne, accouplé à un voleur fameux, nommé Josat.
A Châlons -sur-Saône, la chaîne fut embarquée sur un grand bateau rempli de paille, couvert d'une toile qui ôtait aux forçats la vue de la campagne ; les forçats continuèrent leur navigation sur le Rhône, ils arrivèrent sans encombr e au Pont-Saint-Esprit, où une violente Jempête faillit les engloutir tous au fon t du fleuve ; ils en furent quittes pour la p eur 5 après trente-sept jours du voyage le plus pénible, la chaîne entra à Toulon.
Les condamnés, une fois revêtu/ 1 de l'uniforme du bagne, furent condui (s à bord d'un vaisseau rasé qui servait de bagne flottant.
En sa qualité de cheval de retour (forçat évadé), Yidocq fut mis à la salle n** 3 avec les criminels les plus dan genoux ;
Ï)our qu'ils ne pussent s'échapper, oa né es conduisait jamais à la fatigue, ils passaient leur vie sur leur lit de camp.
Confondu dans ce lieu, à vingt-quatre ans, avec les plus infâmes scélérats, jamais Yidocq n'avait été aussi mal heu-
retîx ; il résolut de tromper la surveillance active, exercée autour de lui, et de s'éva-dPT s'il le pouvait ; il parvint à capter la bienveillance d'un vieil argousin, confiant comme Cerbère, qui lui permit de fabriquer des jouets d'enfants; mais, la place encombrée de ses produits, Yidocql se fit admettre à l'hôpital, et un matinj que le chirurgien avait laissé à côté de' son lit son manteau, son chapeau, sa' canne et ses gants, il s'en revêt à l'in-l stant et passe effrontément devant une troupe d'argousins qui ne le reconnaissent pas ; mais il est rattrapé par un surveillant à l'instant même où il allait franchir la grille de l'arsenal, et on le renvoie au bagne où il est mis à la double chaîne et réintégré à son banc ; mais bientôt et à force de prières, il obtint d'être envoyé à la fatigue, on lui procura des habits bourgeois qu'il cacha sous ses vêtements de galérien : il passe derrière des pièces de bois, brise ses chaînes, jette sa défroque et fuit dans la direction du bassin ; il monte sur un vaisseau en réparation, et bientôt s'embarque pour la ville. ïl veut gagner la campagne , mais personne ne sort des murs sans une carte
verte délivré pat la mairie, il est an désespoir ; une femme l'accoste, elle paraît s'intéresser à son son, il lui avoue qui il Gst : cette femme lui promet de le sauver en lui procurant une carte de sortie; mais un convoi passe, Yidocq se mêle à la foule, et il accompagne le défunt hors des murailles au cimetière, sans avoir eu besoin de montrer d'exeat; il prend la route d'Aix, mais il rencontra en chemin Roman, chef de réfractaires, qui l'incorpora dans sa troupe. Ces réfractaires, qui avaient commencé par arrêter seulement les malle-postes qui portaient l'argent de l'État, en étaient arrivés à attaquer indistinctement tous les voyageurs. Reconnu pour un forçat , ces honnêtes personnages voulaient le fusiller. Toutefois, en raison de sa bravoure, on lui pardonna en lui donnant son congé et quinze louis; Yidocq promit d'être discret sur tout ce qu'il avait vu.
Pressé de s'éloigner de Toulon, Vidoc se dirigea sur Lyon, évitant les grandes routes ; à Orange il s'embaucha avec des rouliers provençaux , revêtu comme eux d'une blouse bleue et d'un chapeau ciré; il parvint à Lyon, sao? encombre ; duins
VXBOCQ, I. I. 8
cette Aille , il rencontra une couple juif qui l'emmena coucher chez lui.
A son réveil, il reconnut quatre indi-» vidus de sa connaissance, quatre forçats, évadés comme lui du bagne de Toulon ; ces individus s'empressent autour de lui, le félicitent sur sa fuite; on rencontre encore à Lyon d'autres individus de même espèce : tous fêtent Vidoc, et c'est à qui lui procurera de l'argent, des habits et^ jusqu'à une maîtresse.
Les évadés, mécontents de ce que Vidoc , sous un prétexte ou un autre , re-' fusait constamment de les accompagner dans leurs expéditions, le déconcèrent; il fut arrêté et conduit à la prison de Rouanne, où, dès les premiers mots de son interrogatoire , il vit qu'il avait été vendu ; dans sa fureur, il écrivit à M. Dubois, commisaire-général de police, pour lui proposer de le mettre sur la trace de plusieurs criminels. Le commissaire, qui avait été plusieurs fois trompé par de semblables propositions, hésitait; pour le convaincre, Vidoc s'échappe des mains ,es gardes qui le reconduisait à la prison et revient à rHôlcl-de-VilIc retrouver M. Dubois, qui, croyant alors pouvoir
comp^er surlui , permit qu*îl se retirât tn liberté. yVidoc, sans que ses compagnons de bagne s'en doutassent," fit successivement arrêter deux frères accusés d'assasinat, cinq forçats évadés, six dangereux voleurs, venus de Paris tout exprès pour ravager Lyon.
En récompense de ces services, le commissaire-général permit à Vidoc de prendre la route de Paris , pour gagner ensuite Arras.
Le père de Vidoc était mort. Pour rester près de sa mère, il se résigna à demeurer presque constamment caché pendant trois mois ; se lassant de sa eaptivité il se mit à faire quelques excursions , la police fut bientôt à ses trousses. Il était au bal un mardi gras, déguisé en marquis, des sergents de ville ayant su que c'était lui, l'attirent hors de la salle, sans le démasquer; Vidocq renverse les deux accolytes et fuit à toutes jambes ; mais U s'engage «dans une rue dont l'une des issues avaient été condamnée depuis son départ; les sergents avançaient surjui le sabre à la main, il était sans arme: saisissant la clef de sa maison, comme si c'était un pistolet, il couche en joue les
estafiers et les force à lui livrer pas-
Ennuyédu sëjourd'Arras, Vidocq vient à Paris, muni d'un faui passeport etd'une gargaisondedentellesTllse plaça commis à Versailles, chez une marchande qui courait les foires , il resta chez elle dix mois avant de revenir à Arras où il serait resté longtemps tranquille , peut-être, sans les indiscrétions de plusieurs jeunes filles avec lesquelles Yidocq s'était lié. Un soir qu'il traversait la ville, sept individus, sergents de villes déguisés, l'assailHssent : il s'échappe de leurs mains par une vigoureuse secoussxs et se précipite dans la rivière, où aucun des assaillants ne fut tenté de le suivre ; l'eau était haute et froide, on était au mois de décembre:
remontant un égout, il put rentrer dans la ïille, les sergents étaient encore à l'attendre sur la rive qu'il était tranquillement installé chez sa mère au coin d'up ^bon feu. Il y avait des prisonniers autrichiens retenus dans les murs d' Arras. Yidocq, achètent les vêtements et les papiers de l'un d'eux, et comme il parle l'Allemand dans la perfection, il fut Autrichien pour les Autrichiens eux-mêmes ; sous ce dé-
— 4i) — guisement, il s'associa avec une jeune veuwe qui tenait un établissement de mercerie et ils se mirent à courir les foires et les marchés. Quinze mois s'étaient écoulés dans la sécurité la plus complète, lorsqu'un jour qu'ils allaient se mettre à table, des gendarmes paraissent tous d'un coup à la porte: Vidocq s'élance, met le verrou, saute par une croisée, grimpe au grenier, d'où , gagnant la maison voisine, par les toits , il descend rapidement l'escalier, qui doit le conduire dans la rue; la porte est gardée par deux gendarmes, ce sont des nouveaux venus. Montez donc, leur dit Yidocq, le brigadier tient l'homme, mais il se débat, montez, vous lui donnerez un coup de main, moi, je vais chercher la garde. Tandis que les gendarmes montent, Vidocq disparaitsuivi de la mercière, il arriva à Rouen par des chemins de traverse ; mais le signalement de son passeport d'emprunt ne se se rapportait nullement au sien, et cette pièce pouvaïtlui être plusnuisible qu'utile: voici comment il s'y prit pour régulariser sa position.
Arrivé à Rouen, lî se rend à la mairie, où il lit visée son passeport par le maireî
hn visa s'obtient facilement, quand le passeport n'est pas périmé ; la signalm'e donnée , Vidoeq sort, mais il rentre au bureau dix minutes après , l'air très inquiet, il demande si l'on n'a pas trouvé son portefeuille... personne, on le pense bien, ne peut lui en donner de nouvelles, son inquiétude s'augmente : des affaires pressantes m'appellent au Havre, je dois partir ce soir, et je n'ai plus de passeport. Le secrétaire le calme, en lui annonçant qu'avec le registre à visa , il allait lui donner un passeport par duplicata; le nom d'emprunt de Blondel , lui fut conservé, mais avec un signalement conforme au sien. Il monta un magasin de mercerie et de bonneterie où il faisait vraiment de bonnes affaires; pendant un an il fut très heureux , son commerce prenait un accroissement considérable; mais surprenant un jour sa maîtresse en flagrant délit d'infidélité, sans s'emporter et malgré ses prières et ses promesses, dans la crainte d'être tôt ou tard compromis par elle, il partagea les marchandises et la socité fut rompue.
Vidoeq reprit le métier de marchand forain^ et il explorait le^ arrondisseni'înts
de Mantes, Sain -Germain et Versailles où il se fit en peut de temps une excellente clientèle. Tout allait bien pour lui : malheureusement, il fut dénoncé et arrêté à son retour de la foire de Mantes. Bien qu'il soutint être Blondel, comme son passeport l'indiquait, il fut envoyé à Saint-Denis, pour être dirigé sur Douai, Ses dénonciateurs l'avaient recommandé aux gendarmes, qui eurent toujours les yeux sur lui jusqu'à Louvres: le clocher de cette petite ville avait été transformé en prison, pendant la nuit. Vidocq, à l'aide de ses draps, descend dans le cimetière, mais ils se foule le pied et il lui est impossible de marcher; les gendarmes le ratrappèrent au point du jour etle réintégrèrent au clocher. A Bapaume, on le mit dans une ancienne salle de police, gardée par des conscrits; il parvint, moyennant trois louis, à corrompre une sentinelle qui devait le laisser s'évader: l'argent était donné, mais Vidocq s'aperçoit de l'air singulier du factionnaire; il veut voir à qui il a affaire; au lieu de sautei;, lui même par la fenêtre, il habille à la hâte un mannequin de paille qu'il précipite par la fenêtre: un coup de
sabre, à décapiter un bœuf, touche sur le pauvre mannequin , la garde arrive , on interroge les'détenus, le conscrit convaincu de s'être laissé corrompre esc envoyé au cachot ; ^mais on redouble de surveillance autour des prisonniers. Le convoi devait partir le lendemain, les détenus sont amenés dans la cour de la citadelle, 011 régnait une grande confusion, à cause de l'arrivée d'un détachement de conscrits; profitant de cet état de choses, Vidocq se glisse furtivement dans la civière d'une voiture de bagage qui se disposait à sortir de la cour, il traverse ainsi la ville; une fois hors des remparts, il saisit pour s'esquiver l'instant où le charretier entre dans un cabaret pour se rafraîchir, et il se réfugie , jusqu'à la nuit dans un champ de colza ; pensant qu'il serait bien caché à Boulogne, où la présence du camp avait attiré un grand nombre de troupesde toutes les contrées, il se dirigea vers cette ville.
Un vieux sergent de marine , son compatriote, le fit engager à bord d'un corsaire ; mais la saison n'étais pas très propice pour les courses , et les prises consistaient principalement en bateaux
de charbon et en sloops de peu de valeur; lorsqu'une belle nuit, naviguant vers les côtes d'Angleterre, la. lune leur permit d'apercevoir un brick de guerre anglais. En un instant , l'équipage montait à l'abordage ; les Anglais se défendaient avec courage, le lieutenant de corsaires tomba le premier parmi les morts; mais sa mort même, et le devoir de la venger ranima plus encore, s'il était possible le courage des Français, qui, en moins de dix minutes, furent les maîtres du navire; n'ayant perdu que douze hommes dans le combat.
Il était resté parmi les morts un matelot, nommé le Bel, qui ressemblait tellement à Vidocq, qu'on les avait plusieurs fois pris l'un pour l'autre. Vidocq, pensant que ce brave homme, pour aller dormir sur la mer, n'avait pas besoin de ses papiers, qui étaient fort en règle, se les appropria sans remords. Le capitaine laissa Yidocq avec six hommes d'équipage à la garde du brick; le canon, tiré pendant le combat, attira sur le théâtre une frégate anglaise, qui canonna vigoureusement les corsaires, elle les poursuivit presque jusque sous les murs de Ga*"
lais ; mais la mer étant devenue mauvaise, la pauvre frégate ne fut plus maîtresse de ses manœuvres , et plutôt que de se rendre, l'équipage préféra s'engloutir au sein des flots.
Vidocq s'était bien comporté dans la première campagne maritime ; muni des papiers de Lebel, il fut incorpora dans l'artillerie de marine, où bientôt, grâce à sa bonne conduite, il fut promu au grade de caporal; chargé de garder une poudrière, il parvint à éteindre une caisse de sapin qui brûlait déjà au milieu de la cabine aux poudres ; pour empêcher qu'on ne s'aperçût de ses malversations , le garde-magasin avait résolu de faire sauter la place ; il échoua, grâce à Yidocq, qui fut aussitôt nommé sergent.
Un forçat libéré, déguisé sous un faux nom et parvenu à être maréchal-de-logis chef dans les dragons, blessé par Yidocq dans un duel, le reconnaît et lui propose de s'associer avec lui à l'armée de la Lune, association de malfaiteurs, qui, profitant de leurs habits de soldats, ravageaient d'autant plus facilement les pays où ils tenaient garnison.
Huit jours après le refus de Vi^iOcq, il
— sise vit dénoncé, mis à la salle de poKce et confié aux gendarmes qui le conduisent à la prison de h. ville de Saint-Léonard ; mais on sait qu'il est habile l*- s'évader des forteresses et dles bagnes , comment pourrait-on le retenir dans une prison de petite ville? Profitant de l'instant où les prisonniers font la corvée de la chambre, Vidocq endosse la capote d'un sous-officier et passe sans s'arrêter devant la sentinelle qui ne fit pas la moindre attention à lui.
Arrivé à Béthune, au lieu de descendre à l'auberge, il crut devoir se confier à un ami, mais celui-ci eut un frère réfractaire; or, les gendarmes se présentèrent chez lui longtemps avant le jour, et Vidocq, sommé d'exhiber ses papiers, ne put le faire ; qui pis est, le brigadier le reconnut et l'installa, quelques minutes après, dans la prison de Béthune
Vidocq, ramené sous bonne escorte à Douai, y fut écroué; mais il 'parvint à mettre dans ses intérêts, en lui prouvant son innocence et en lui racontant ses malheurs, le* procureur-général qui lui conseilla d'adresser une demande en gr4ce qu'il lui promit d'appuyer chaude-
ment. On appela un jotir Vidocq au prcau, il croit que c'est sa mise en liberté qui va lui être annoncée... c'était sa femme qui venait lui faire signifier l'arrêt de son divorce., celle desaliberté excepté, on ne pouvait guère lui annoncer de nouvelle plus agréable.
Malgré les promesses du procureurgénéral, sa déteation se prolongeait depuis cinq mois: il résolut encore de s'évader; les geôliers, qui le considéraient comme un homme quasi-libéré, ne prenaient plus contre lui beaucoup de précautions; on lui avait donné une chambre dont la croisée donnait sur la rivière ; cette ouverture n'était pas grillée; aussi un jour, à la suite d'un dîner copieux, tandis que le concierge était occupé, Yidocq se jeta à l'eau; le concierge appela, mais il était brune, on ne pouvait y voir, et au lieu de traverser la .vivière, Vidocq la suivit et traversa la Dorte d'eau, hors de la ville. Il sortit de la rivière, et malgré la pesanteur de ses vêtements imbibés, il ne s'arrêta qu'à un petit village, à deux lieues d'Arras ; un boulanger sécha ses habits et restaura ses forces] travesti en oflkier d'artillerie, il
gagna Hirsuis, où demeurait un de ses cousins. Paris seul pouvait le cacher; mais, pour y arriver, il fallait traverser Arras, où il risquait fort d'être reconnu. Son cousin lui proposa de le prendre dans sa carriole et de le conduire au-delà d' Arras par les chemins de traverse qu'il connaissait parfaitement : son offre fut accepté; en arrivant à un pont, huit gendarmes étaient arrêtés à la porte d'une auberge; le cousin met pied à terre, comme quelqu'un quin'a rien à craindrt de la marécl\aussée. Est-ce ton cousin Vidocq, lui demandent les gendarmes, que tu charries dans ta carriole ? Peutêtre, répondit-il en riant, regardez-y; un gendarme s'approcha, plutôt par curiosité qu'excité par un soupçon; aussi, voyant l'uniforme, s'empressa-t-il de .porter la main à son chapeau : Salut, capitaine... La troupe remonta achevai, tandis que le cousin, reprenant ses guides et son fouet, leur criait : Si vous l'attrapez, vous nous l'écrirez.
Comme tous les militaires valides étaient à la guerre de Prusse, Yidocq se mit le bras en écharpe, et bien lui en prit : car il vit dans une auberge, à Beau-
mont, un maréchal-de-logîs de gendarmerie demander les papiers à un officiel <îe dragons ; le bras en écharpe de Vidocq lui évita le même désagrément, il invita le gendarme à dîner avec lui, et il capta complètement sa confiance. Au dessert, on vint apporter au brigadier un paquet de dépêches ; il pria Yidocq de la lui lire : l'une d'elles contenait le signa^ lement de Vidocq et l'avis de son passage à Beaumont dans une diligence. Bon, bon, dit le vigilant brigadier, la voiture passe demain matin, on s'en occupera ; le fonctionnaire continua à boire, jusqu'à ce que le sommeil le prit. Yidocq n'attendit pas son réveil, comme bien l'on pense, il monta, le soir même, dans une diligence qui le mit à Paris, où sa mère vint le rejoindre; ils demeurèrent ensemble assez tranquilles pendant cinq mois, ne voyant personne, excepté un bijoutier qu'ils mirent un peu dans leur confidence, et chez lequel il rencontra une dame de bonne famille, assez jolie et qui avait tenu un rang assez distingué jusqu'à l'instant où son mari, ayant fait de mauvaises affaires, l'abandonna.
Cette dame, dont le prénom était
Annette, vint demeurer avec Vidocq, eH ils reprirent ensemble le métier de marchands merciers ambulants, parcourant les environs de Paris, la Basse-Bourgogne, tranquilles pendant un an, sous le faux nom de Jacquelin.
A Auxerre, il rencontre un voleur qu'il avait vu à Bicêtre ; impossible de fuir la reconnaissance. Yidocq lui fait peur de la police de la ville, ils doivent fuir ensemble par le coche qui doit partir le soir ; en attendant l'heure du départ, Vidocq prétexte quelques affaires, il s'esquive, écrit à la police pour lui signaler cet homme, et le voleur, monté seul dans le coche, est arrêté à l'instant du départ.
Le lendemain, la chaîne passe à Auxerre, l'hôtesse convie M. Jacqiselin à la venir voir ; on pense qu'il ne s'en soucie pas ; enfin le capitaine passe la nuit dans une chambre voisine de la sienne, tandis que les galériens font la sieste dans l'écurie.
Dénoncé par le voleur qu'il avait fait prendre, il fut forcé d'abandonner Auxerre, et ayant connu à Paris un marchandtailleur de la cour Saint-Martin qui vou-
lait vendre son fonds, il le lui acheta ;
sa mère et Annette se réunirent à lui. Son établissement prospéra pendant huit mois ; mais, reconnu par deux forçats, il devint leur vache à lait ; ces deux misérables ne craignirent pas d'exploiter, de mettre à profit la crainte qu'il pourrait avoir d'être dénoncé par eux; tout lui tournait mal ; son ex-femme, qu'il croyait remariée et heureuse, était dans la misère, elle le rencontra et le mit aussi à contribution ; le frère de cette femme et ses nièces vinrent aussi se mettre de la partie; tous ces gens-là tombèrent à la charge de Vidocq, qui, bien que les détestant cordialement, crut prudent de subvenir à leurs besoins. Les forçats évadés étaient pressants, ils lui signifièrent que, s'il ne donnait pas d'argent, ils le signaleraient à la police. Ces gens appor« tèrent chez lui des couverts et des montres d'or dont il fut obligé de leur remettre le montant.
Récéleur malgré lui, Vidocq ne vivait plus que dans des angoisses continuelles, il aurait voulu de grand cœur voir ces misérables arrêtés; ils vinrent le trouver un jour, leur troupe s'était accrue d'un
ancien employé des droits réunis ; ils lui apprirent qu'ils allaient partir pour Senlis et qu'ils aYaient besoin de la carriole dont il se servait pour courir les foires; ils restèrent dix jours absents ; l'employé des droits réunis, nommé Saint-Germain, revint seul: les camarades sont pinces, dit-il; il ne voulut pas donner d'autres explications; la plaque de la carriole avait été changée, l'intérieur, le coffre ruisselaient de taches de sang, un cadavre avait été déposé dans le coffre ; la nuit suivante, Yidocq effrayé conduisit sa voiture sur les bords de la Seine ; parvenu dans un lieu isolé, il y mit le feu et ne se retira que lorsqu'elle fut tout-à-fait incendiée. Saint-Germain avoua que le cadavre d'un routier avait été caché daiw la carriole, et il exigeait que Yidocq lui donnât les empreintes de quelques serrures. Ne sachant plus comment se débarrasser d'un pareil scélérat, le futur chef de la police résolut d'aller trouver M. Henry, alors directeur d6 la police; il lui conta sa position, lui offrant, si on voulait tolérer sa présence à Paris, de lui donner d'utiles renseignements. M. Henry n'ayant voulu prendre aucun engagement, Vi-
<îocq le quitta, îa mort dans l'âme ; toutefois il n'entendait plus parier de Saint- Germain, lorsqu'un îuatin, au point du jour, on frappa à sa porte : c'étaient des gendarmes ; tandis qu'Annette parlelemente par la fenêtre, s'esquivant en chemise par la porte du carré, Yidocq gravit rapidement les étages supérieurs.
Au quatrième, il voit une porte ouverte, il s'introduit, regarde, écoute, il était seul. Dans un renfoncement se trouve un lit caché par une espèce de rir deau, il se fourre sous les matelas.
On entre bientôt, le père, la mère et le fils, tourneurs en cuivre : il apprend par leur conversation que les gendarmes le cherchent ; la famille est disposée pour lui à l'indulgence: le commissaire arrive,' visite tous les coins et recoins, mais ce fut en vain, il ne trouva personne; malgré la grande scélératesse que cet agent avait fait peser sur Yidocq, les artisans le plaignaient encore; l'heure du travail arrive, on ferme la porte à double tour, le fugitif reste seul. Deux heures s'étaient écoulées, on n'entendait plus de bruit, ni dans la maison, ni dans la rue, Yidocq respirait; çaais, subiteiricut pris par une
Tîoîente colique et ne voyant dans Tappartement aucun vase propice par sa destination spéciale, il aperçoit, à force de fui eter, une marmite en fonte, il la découvre; à peine a-t-il terminé, qu'il entend fourrer la clef dans la serrure, il replace vitement le couvercle, et il se glisse dans sa cachette; la famille est bientôt réunie pour déjeûner. On met la marmite sur le feu, l'odeur se répand, on accuse la mère d'abord, puis le fils, le père se fâchait toujours, l'odeur allait crescendo... la marmite bouillciit, on la découvre... quelle infection !. . le pauvre fils est encore soupçonné d'avoir joué un mauvais tour... cela tournait mal pour lui, il allait faire connaissance avec le manche à balai... lorsque, sortant précipitamment de sa cachette, Yidocq se montre à la famille étonnée, il lui raconte en peu de mots comment il s'est introduit chez eux, on rit beaucoup de l'aventure de la marmite.
On lui promit le secret, le père se chargea de veiller à sa sûreté, il sortit
Î)Our faire quelques reconnaissances, il ui apprit au retour que les agents s'étaient établis en permanence dans la maison et
dans les nies voisines, il était urgent de quitter la maison le plus tôt possible.
Pour dépister la surveillance, Vidocq écrivit un billet à sa maîtresse pour l'informer qu'il était hors de danger, en lieu sûr; ce billet caché dans un pâté, apporté à Annette par un commissionnaire du quartier des Italiens, ne lui parvint pas sans passer devant les agents, qui, après l'avoir lu, crurent pouvoir se relâcher un peu de leur surveillance ; le soir, Vidocq, mêlé à ses sauveurs qui allaient souper au cabaret, put gagner la rue sans obstacle.
Supposant que les Chevalier avaient été ses dénonciateurs, Vidocq s'empresse de leur rendre visite ; il entre chez eux, ferme la porte en dedans à double tour, et les menaçant s'ils lui résistaient, il se fait restituer un habit complet qu'il avait donné peu auparavant, des bottes, un chapeau et du Hnge, ordonnant à son ex-beau-frère de sa munir de sa quittance de loyer et de quatre couverts' d'argent, il l'acconcpagna au Mont-de-Piété, où ils furent engagés au nom de Chevalier et moyennant cent francs ; Vidocq s'empara des cent francs, heureux de rattraper en
gros une partie de ce qu'il avait dtonné en détail.
Yidocq s'empressa de changer d'habit, et travesti en invalide manchot, il était tellement méconnaissable qu'il ne craignit pas de se montrer le soir même dans le quartier Saint-Martin, il apprit qu'on le recherchait toujours avec beaucoup d'activité et que sa maîtresse était enfermée au dépôt de la préfecture ; il lui fit passer quel qu'argent ; un nommé Bouliiii, chez lequel Yidocq demeurait, lui ressemblait tellement, qu'ayant pris un passeport pour lui, les deux signalements étaient parfaitement conformes; ce Bouhin fabriquait de la fausse monnaie, il avait un associé, c'était un médecin nommé Terrier, homme à figure sinistre. Yidocq avait à craindre à chaque instant que la police, venant pour le compte Je ces individus, ne se saisît de lui par la même occasion, il redoutait surtout d'être confondu avec eux et puni comme fauxmonnayeur, pour un crime qu'il n'avait pas commis; il s'apprêtait donc tous les jours à quitter Paris, lorsque, quelques heures avant celle qu'il avait fixée pour son départ, au petit jour, il entend frapper
à la porte de la rue, il se doute de ce que ce peut être, il saute sur le carré, monte les escaliers, grimpe sur le toit, se blottit derrière une cheminée ; mais on fvarvint à découvrir sa cachette, et les couvreurs parvinrent à l'y dénicher pour le mettre entre les mains de la gendarmerie qui l'écroua à Bicêtre.
Dégoûté de la liberté conditionnelle, quand on avait à subir les Saint-Germain et les Chevalier, Vidocq était dégoûté des évasions ; .aussi resta-t~il froid, lorsque plusieurs scélérats lui proposèrent de s'échapper par la cour des bons pauvres. Il écrivit à M. Henry pour lui offrir de nouveau ses services, à condition qu'il ne retournerait plus au bagne. La régularité de la conduite de Vidocq chaque fois qu'il avait recouvré la liberté, la constance de ses efforts pour se procurer une existence honnête, sa correspondance, les livres, la comptabilité parfaitement en règle, militèrent puissamment en sa faveur. Le préfet de police, M. Pasquier, décida que sa demande serait accueillie.
Après deux mois de séjour à Bicêtre, Vidocq fut amené à la Force , accusé,
disaiWfl, d'une affaire très grave, dont l'instruction devait nécessairement commencer. Un nombre infini de voleurs désolaient alors Paris , Vidocq, depuis ses évasions, ne connaissait plus la génération nouvelle des malfaiteurs : toutefois, comme sa réputation était grande, lors de son entrée àlaForce,se trouva-t-il entouré avec empressement par tous les habitants du lieu ; ceux-rxiêmes qui ne l'avaient jamais vu, étaient les plus zélés à lui faire leur cour, tant ils désiraient paraître son ami aux yeux de leurs camarades.
Son influence était tellement grande, que, quels qu'ils fussent, ses avis et ses opinions étaient adoptés par acclamation.
Un jeune voleur, nommé Coco Lacour, accusé d'avoir servi d'espion, et maltraité à cause de cela par tous les prisonniers, ne trouva son salut que dans la protection de Vidocq; aussi, n'eut-il pas de secret pour lui.
Ce Coco Lacour était poursuivi pour vol; mais aucun témoin ne le reconnaissait : un seul homme, peut-être, pouvait apurer son identité à la justice, c'était
un portier auquel il avait volé une montre, après être resté longtemps à causer avec lui ; mais ce portier ne se présentait pas, et la police ne connaissait pas son adresse ; Vidocq l'obtint en confidence, et la transmit à M. Henry. Coco Lacour, reconnu positivement, fut condamné à deux ans de prison.
Un forçat évadé , nommé Tormel ,' avait été arrêté à la suite d'un vol dont on le soupçonnait fortement coupable, bien que, pour en avoir la preuve, il fallut connaître son domicile, qu'il ne se pressait pas de désigner, on le comprend bien; Vidocq, auquel il se confia, en lui donnant à garder deux billets de mille francs, produit de vols, sut bientôt son adresse ; mais, pour que le rôle que Vidocq jouait ne fût pas révélé, la police eut l'air de découvrir la demeure de Tormel par le seul eiïet du hasard.
Elle mit dans ses intérêts uni ocataîre de la maison, qui informa le propriétaire que personne n'était entré ni sorti du logement depuis environ trois semaines; on envoya chercher le commissaire, qui, ayant fait ouvrir la porte, découvrit un grand nombre d'objets volés, et toutes
sortes d'instruments de vol. En se met* tant sur les traces de sa maîtresse, on put bientôt constater l'identité de ïormel, qui fut condamné à dix ans de travaux forcéie
Cet homme avait des complices, qui furent également signalés et arrêtés,
Yidocq parvint également à mettre h\ police sur la trace d'un bon nombre de forçats évadé» ; son entrée dans radmînistration fuft liignalée par de très grands services rendus à la sûreté publ^ que.
A la swite <f un cômî)at avec un indi' vidu, son compagnon de sales débauches, un nommé Charpentier, dit Chante-à* C Heure, confie k Vidocq, que lui et son adversaire ont assassiné, de complicité avec une vieille femme, marchande d'asticots en bas du pont Notre-Dame, une autre vieille, qui faisait la petite banquef Chante-à-l'Heure, dégrisé, fut bien sot;, surtout lorsque Vidocq lui eut persuadé que tous les détenus avaient entendu sa confidence.
Un prisonnier, qui passait pour être espion, ayant été transféré à la préfi^cture, M. Henry tira parti des soupçons
qu'il pouvait exciter, pour arrêter tous les complices de l'assassinat ; les preuves n'ayant pas été suffisantes, tous ces misérables furent acquittés.
Les services importants rendus par Vidocq lui valurent sa mise en liberté; mais, pour que l'on ne pût croire dans les prisons que c'était à la police qu'il devait d'être libre, on le vint chercher à la Force, on lui mit les menottes, et on l'emmena comme un homme dangereux; il s'évada en route.
Aussitôt, toute la brigade des mouchards fut envoyée à ses trousses; son évasion fit grand bruit : ses amis, à la Force, la célébrèrent par des réjouissarv ces !
Yoici comment Vidocq débute en sa qualité d'agent secret, en liberté : on l'avait chargé de faire arrêter un nommé Watrin, accusé de fau se monnaie, et qui ne venait plus à son domicile, qu'à de très rares intervalles. Vidocq s'installa dans la maison. On .t'avertit un soir que Watriïï vient d'entrer c sez lui, avec un autre individu; Vidocq l'était couché :
il se lève, passe un panta on et une mauvaise redingote, et il descend lese,scaliers
quatre à quatre ; malgré sa diligence, il ne peut arriver assez tôt que pour saisir le camarade de Wabin, qui, effrayé par les menaces, finit par avouer qu'ils demeuraient ensemble, rue des Mauvais Garçons, n° 4. Yidocq, sans désemparer, court à cette adresse.
En entrant dans la maison, il rencontre quelqu'un qui va sortir : il veut l'arrêter, l'homme lui échappe ; Yidocq grimpe à sa suite dans l'escalier, un coup de pied vigoureusement appliqué dans la poitrine le fait redescendre de vingt marches ; la colère ranime son courage et relève ses forces. ^Yatrin, c'était lui, n'a que le temps d'entrer chez lui, par une croisée du carré.
Yidocq le somme d'ouvrir : il refuse; Yidocq envoie chercher ia garde, et feint de descendre ; Watrin veut s'assurer si effectivement il s'éloigne ; Yidocq le prend aux cheveux, une lutte s'engage entre eux, lutte vigoureuse; cependant ^Yatrin faiblit. Yidocq rassemble toutes ses forces, et, par une dernière secousse, il l'attire dans le corridor, lui arrache le Iranchet dont il s'était armé, etl'ertraîiiG
la Préfecture.
Watrin fut condamné à mort et exécuté.
On se rappelle que, lors de la dernière arrestation, Yidocq avait été dénoncé par un faux monnayeui , Bouhin ; cet individu fut arrêté en même temps que son complice le médecin Terrier. Pris en flagrant délit, ils furent '^ punis suivant la la loi : ils expièrent leurs crimes par leur mort.
Afin de surveiller les criminels, Yidocq fréquentait les mauvais lieux, tantôt sous un nom, tantôt sous un autre, changeant souvent de costume, comme quelqu'un qui se cache de la police.
Dans un de ces endroits, Yidocq ren-contra Saint-Germain, ce misérable qui l'avait tant épouvanté, lorsqu'il était marchand drapier, et qui s'était servi de sa carriole pour colporter un cadavre.
Saint-Germain était accompagné d'un nommé Boudin, ancien traiteur, puis voleur, puis mouchard, puis voleur relaps. Ces individus proposèrent à Yidocq d'être leur^omplice dans un assassinat qu'ils méditaient : il s'agissait de tuer deux vieillards qui demeuraient rue dos Prouvaires : Yidocq prévint la police ; il
fut convenu qu'il surveillerait assiduement les assassins, pt qu'on les arrêterait lorsqu'ils seraient sur le point de commettre leur crime ; mais les scélérats, auxquels s'était réuni un cocher de cabriolet, avaient changé leur plan de campagne, et c'était un banquier de la rue Hauteville qu'ils avaient résolu de dévaliser ; l'exécution de cette affaire fut remise à la nuit même, et, pour éviter les dénonciations, il fut décidé que les associés ne se quitteraient pas d'un seul instant, jusqu'au moment de la tentative.
On se rendit chez Saint-Germain, rue Saint-Antoine ; on examine des pistolets; puis, comme il faut aller acheter de la poudre et des balles , Yidocq et Saint-Germain enferment leurs associés pendant qu'ils vont faire ces acquisitions.
Lassés de l'inaction et campés entre les quatre murs de la chambre, les trois criminels et leur surveillant envoyèrent chercher du vin. Annette, la maîtresse de Yidocq, en apporta : son amant lui glissa un petit billet, par lequel il lui recommandait de se déguiser et de les
suivre quand ils sortiraient lui et ses camarades, en prenant le plus grand soin pour n'être pas reconnue, et en ayant soin de ramasser ce que lui, Vidocq, pourrait laisser tomber.
Après un diner qui fut copieux et très gai, Vidocq et Saint-Germain sortirent pour aller reconnaître les lieux.
Chemin faisant, Yidocq prétexte un besoin pressant : et, enfermé dans un cabinet, il écrit à la hâte toutes les instructions dont la police peut avoir besoin, pour arrêter les coupables, avant l'accomplissement du crime.
En rentrant chez Saint-Germain, Vidocq reconnaît Annette, méconnaissable pour tout autre que lui : il laisse tomber son papier, qu'elle s'empresse de porter à la préfecture.
Minuit sonnant , Saint-Germain et Boudin escaladent les murs du jardin ; Vidocq, à cheval sur le chaperon , allait les suivre, lorsque les deux complices sont assaillis par un grand nombre d'agents ; ils veulent résister, on fait feu des deux côtés, les balles sifflent, mais les deux assassins sont enfin s;iisis et désarmés. Vidocq , pour mieux jouer son rôle ,
tombe du chaperon, comme s'il eut été blessé; on l'entoure dans une couverture et on le porte dans une chambre où étaient Boudin et Saint-Germain, qui parurent vivement touchés de sa mort.
Un receleur de la place Maubert n'avait jamais pu être pris par la police en flagrant délit : Vidocq l'épie.
Un jour qu'il sort de chez lui , il l'accoste tout d'un coup en Fappelant d'un nom autre que le sien.
Cet individu lui répond qu'il se trompe ; une discussion s'élève entre e«^ r^ Vidocq s'entêtant à lui continuer son faux nom, et répétant qu'il est cherché depuis longtemps par la police.
Le receleur s'évertue à décliner son nom et sa véritable demeure ; Vidocq lui offre de l'accompagner au poste voisin, pour s'assurer du fait; l'individu est sommé de montrer ses papiers : il n'en a point ; on le fouille.
On trouve sur lui : trois montres et cinquante napoléons; un mouchoir enveloppait ces objets.
Vidocq s'en empare ; et, tandis que le receleur est conduit chez le commissaire, déguisé en porte-faix , Vidocq court
chez la femme , la prenant en particulier :
« Voici, dit-il, le mouchoir de votre mart... il vient d'ôtre arrêté! Il craint d'avoir été vendu î II vous prie de déménager de suite ! ce que vous savez bien, il n'y a pas de temps à perdre, et si voulez, je vous donnerai un coup de main?
La femme du receleur tomba en plein dans le piège : elle chargea Vidocq d'aller chercher trois fiacres, et de i^evenir aussitôt.
Chemin faisant, il donna ordre à l'un des agents de ne pas perdre les fiacres de vue, et de les arrêter dès qu'il en recevrait le signal. Une foule d'objets, des pendules, des candélabres, des draps, des toiles, etc. , furent extraits d'un cabinet dont l'entrée était masquée par une armoire parfaitement appliquée; mais les voitures étaient à peine chargées, que les agents en foule s'en rendaient maîtres !
Un ancien professeur d'armes, nommé Gueuvive, à la tête d'une bande d'affidés, ravageait le faubourg Saint-Ger- Tïiaiu»
Vidocq sut, dans un mauvais lieu de larueNeuve-^juillaume, que cet individu s'y rendait souvent : il s'y rend le lendemain, et rencontre celui qu'il cherchait: c'était un homme jeune encore, brun et assez joli garçon ; Vidocq l'aborde : la connaissance est bientôt faite. Le verre à la main, Gueuvive l'invite à dîner à la barrière du Maine, oii on retrouve quatre amis du chef de la bande. Vidocq, à leur conversation, vit bientôt que ces messieurs étaient des voleurs.
Le vin délie les langues : avant la fin du repas, Vidocq connaissait la demeure de Gueuvive et celle de ses compagnons; l'un d'eux, Joubert ayant su qu'il n'avait pas de gîte pour coucher, l'emmena chez lui, rue Saint-Jacques, où il lui fit partager le lit de sa maîtresse.
Gueuvive vint le lendemain chercher Vidocq pour le conduire déjeûner; à la suite d'une conversation où Vidocq le mouchard ne fut pas épargné, il fut convenu entre Gueuvive et son convive qu'ils iraient le soir même attendre Vidocq à sa porte et l'assommer s'ils pouvaient.
Gueuvive, conduisit Vidocq devant son
Téritable domicile, rue Saint-François, 1 4 ; ils firent plusieurs heures de faction, comme bien on pense. Vidocq fe mouchard ne parut pas ; à minuit les guetteurs se retirèrent en remettant la partie au lendemain. Gueuvive n'eut plus de secret pour son nouveau camarade, il l'instruisit de ses projets.
La bande entreprend un vol, rue Cassette, Vidocq reste à la chambre, les voleurs étaient revenus de l'expédition depuis une heure , lorsqu'on frappe à la porte. Vidocq, qui avait ménagé cette visite à ses amis, se cache sous le lit ; les coups redoublent, on ouvre ; Constantin, Gueuvive et ses quatre accolytes sont arrêté : on visite le lit, on sonde même le dessous avec une canne, on ne trouve pas Vidocq.
Par la maîtresse de Joubert, l'agent secret obtient l'adresse de tous les amis de Gueuvive, et bientôt ils furent arrêtés en flagrant délit. La bande se composait de dix-huit individus.
Les agents secrets, dont la conduite n'était pas aussi irréprochable que celle de Vidocq, voyaient ses succès avec peine, niassi le -dénoûçaient-ils, périodiquement,
à ses cliefs, pour une foule de crimes imaginaires.
Mais M. Henry faisait prompte justice de toutes ces dénonciations, en n'y prêtant pas la moindre attention; bien mieux, toutes ces taquineries engagèrent le chef de division à faire sortir Vidocq de la dépendance des officiers de police.
Une nouvelle bande, organisée avec une audace incroyable, dévalisait les plus riches maisons de Paris : lors d'un des vols, une musette en toile, laissée sur les lieux, mit Yidocq sur les traces de la bande ; il sut bientôt que cette musette appartenait au cocher de fiacre, n*" 712, nomm.é Husson; cet homme, arrêté, donna quelques renseignements sur les deux frères Delvèze qui le prenaient souvent : l'aîné fut saisi, il fit des révélations, à la suite desquelles vingt-deux individus furent incarcérés.
Tous ces voleurs étaient commissionnaires, frolteurs, porteurs d'eau, et ils allaient voler la nuit, dans les maisons où ils étaient occupés pendant le jour.
Le procès de ces individus porta une grave atteinte à la réputation de probité des Savoyards, atteinte dont ils ne se
sont jamais depuis complètement relevés.
De toute la bande, un seul homme restait en liberté : Delvèze jeune. On était au 3 1 décembre, on pensa que cet homme devait aller souhaiter la bonne année à une blanchisseuse, sa maîtresse, qui habitait le faubourg Saint-Honoré. Yidocq se rend sur les lieux arec trois agents ; il faisait horriblement froid, la terre était couverte de neige. Après être resté, de sept heures à minuit en faction, les inspecteurs, transis de froid, abandonnèrent la place. Yidocq, à moitié gelé, n'en persiste pas moins à rester à son poste, un tas de fumier était près de la porte de la blanchisseuse, il y creuse un trou et s'y enfonce : une agréable chaleur rétabht ses forces.
A cinq heures du matin, la blanchisseuse sort, sans releniKir sa porte. Yidocq abandonne sa cachette, et pénètre dans la cour où il ne voit aucune lumière; il siffle, à la manière des cochers, Delvèze lui répond ; il se fait passer auprès de lui pour un de ses anciens camarades. Delvèze descend, Yidocq lui saute au collet, et lui mettant ses pistolets sous la gorge, le menace de le tuer au premier mouvc-
caisse, on l'envoya passer deux jours au dépôt.
Laissant sa perruque à frimas et son équipage de propriétaire, Yidocq se travestit en charbonnier, il se présente chez le marchand de vin, qui habitait le bas de la maison de Fossard, et lui déclarant qui il est, il l'informe que son locataire a résolu de l'assassiner pour le voler.
Le mari et la femme, glacés d'épouvante, promettent d'aider la police de tout leur pouvoir ; on leur promet en revenche de veiller sur eux.
Le 31 décembre, à onze heures du soir, Fossard rentre chez lui, sans défiance ; vingt minutes après, la disparution de la lumière annonce qu'il est couché: le commissaire et les gendarmes, avertis par Yidocq, arrivent ; mais vouloir prendre Fossard, par force, on risque de ne l'avoir pas vivant, on se résoud à l'empoigner par ruse.
Un enfant de dix ans, neveu de la marchande de vin. est chargé d'aller, sous prétexte d'indisposition de sa tante, demander de l'eau de Cologne à la maîtresse de Fossard; l'enfant joue bien son rôle, il monte en chemise, et sonne à la
por'ce : on veut savoir qui est là, avant d'ouvrir ; le gamin se nomme et dit quel sujet l'amène ; la porte s'ouvre, aussitôt deux gendarmes, appliquant une serviette sur la bouche de la concubine de Fossard, l'entraînent. Yidocq, rapide comme l'éclair, s'élance sur le brigand c^i est lié et garotté avant d'être revenu de sa première surprise.
Fossard fut réintégré au bagne.
— L'établissement du père Dénoyez, à la' Courtille, n'était pas toujours fréquenté par des individus très honorables, la police avait résolu d'y faire une raffle générale, un jour de fête, elles officiers de paix demandaient pour exécuter cette expédition, un bataillon tout entier; Yidocq se chiii^ea de le conduire à bonne lin avec huit hommes.
Il partit avec deux de ses agents et huit gendarmes; il entre dans la salle en ordonnant le silence ; on murmure, il exhibe son mandat et ordonne à tous les hommes présents de sortir; il se porte au passage, et dès qu'il reconnaît quelque larron de bonne prise, il le marque au dos avec de la craie ; les gendarmes, les reconnaissant à ce signe, les arrêtent et le»
attachent, au fur et à mesure de leur passage.
A la suite de cette expédition, qui fit beaucoup de bruit, la brigade de sûreté fut organisée. Vidocq eut d'abord quatre agents, puis six, puis dix, puis douze ; en 4815, et en moins de deux mois, avec sa brigade, Vidocq mit sous la main de la justice une bande de 22 voleurs, une de 28, une troisième de 18, et plusieurs autres de douze, de dix, de huit, sans compter les voleurs isolés et bon nombre de receleurs. En 1823 et 1824, le personnel de la brigade fut élevé à vingt-huit personnes; jamais, sous Vidocq, elle n'en compta pl^jis de trente ; îe salaire de ces employés ne dépassa pas 50,000 francs, le chef de brigade, pour sa part, recevait 5,000 francs.
Quelques agents de police firent un complot pour perdre Vidocq, en l'accusant de complicité de vol avec deux d'entre eux.
Les débats prouvèrent la complète innocence de Vidocq.
Toutes ces calomnies, toutes ces haine»
sourdes ne faisaient que ranimer l'énergie du chef de la brigade de sûreté.
— Il y avait, à la barrière de la Coiirtille^ un antre ignoble, tenu par un nommé Guillotin, et où se réunissaient les voleurs du plus bas étage, les filles publiques et leurs souteneurs, des filous de tout genre, des escrocs du dernier ordre ; dans ce hideux repaire, hommes et femmes avaient la pipe à la bouche en dansant, les femmes ne dédaignaient pas d'user du tabac sous toutes les formes, voire même sous celle de la mastication.
Les officiers de paix et les inspecteurs refusaient de se lancer au milieu d'une pareille populace. Rendu moins susceptible par le désir de faire d'importantes trouvailles, Vidocq se rendit chez Guillotin, un après-midi de l'hiver 1811, accompagné d'un des hommes de sa brigade et de la maîtresse de celui-ci.
Installés à une table, peu d'instants s'écoulent, et ils ont déjà des voisins avec lesquels la connaissance est bientôt faite, le verre en main. Vidocq commença à faire sa confession, les voisins ripostèrent, et de confidences en confidences, ils se connurent bientôt ^omrae s'ils ne s'étaient jamais quittés.
Vidoca sut leurs noms, leurs adresses,
ment, Delvèze lui remet ses bretelles et se résigne à le suivre.
Vidocq monte en fiacre avec son prisonnier^ qu'il a soin de garoUer.
Persuadé qu'il pourrait apprendre des choses utiles dans sa conversation, il le conduit au Cadran-Bleu, et pour pouvoir manger en liberté, il le garotte, ne lui laissant que l'usage de ses mains.
A midi, après le café, ils repartirent dans leur fiacre, très bons amis, et arri- Yèrent à la Préfecture. Le chef de division, entouré d'officiers de paix, était occupé à recevoir leurs compliments de bonne année ; Yidocq entre et présente son prisonnier : Voilà ce qu'on appelltdes étrennes, s'écria M. Henry, Vidocq, je suis content de vous.
L'envie des agents de police redoubla contre Yidocq, mais M. Henry déclara qu'à l'avenir , il serait indépendant des autres agents, et qu'il ne recevrait plus d'ordres, que de lui seul.
Deux hommes dangereux, forçats évadés, Victor Desbois et Mongenet vivaient à Paris; la police était instruite de leur séjour : on pensait qu'ils devaient ((uelquefois trouver un asiie chez une iumine
VIDOCQ. T. I, à
Noël, maîtresse de piano, dont le fils était un déterminé volem^ : cette femme Noël que sa profession introduisait dans les familles honnêtes de bourgeois, les faisait ensuite dévaliser par ses affidés.
Cette femme avait pour tous les criminels une tendresse de mère : quels qu'ils fussent, ils étaient sûrs de trouver chez elle un refuge.
Vidocq se présente à elle sous le nom d'un forçat évadé du bagne de Toulon : ses cheveux blonds coupés à la manière du bagne sont teints en noir, ainsi que sa barbe ; son visage est hàlé par du brou de noix, son nez est farci de tabac, ses pieds sont enflés, on y voit encore l'empreinte des fers, le costume est parfait.
Vidocq fut accueilli par madame Noël, sans exciter ses soupçons ; elle lui apprit que ceux qu'il cherchait, pourchassés par la police, n'habitaient plus chez elle; mais qu'ils la venaient voir de temps à autre ; on les attendait même le vendredi suivant. Vidocq fut se mettre en embuscade pour les saisir au passage ; mais la mère Noël fut avertie par un agent de police, et ses amis ne vinrent
plus la voir, Vidocq en fut pour son stratagème.
Un bandit, nommé Fossard, exerçait impunément son infâme métier,- tant il avait su inspirer d'effroi aux agents de police : cet homme était, dit-on, d'une intrépidité sans égale, il était toujours armé jusqu'aux dents, et il avait résolu de brûler la cervelle à celui qui l'arrêterait.
Les officiers de paix avaient tenté de se rendre maître de ce misérable, ils avaient renoncé tacitement à l'entreprise, Vidocq résolut de la reprendre, et d'offrir au 1" janvier qui approchait ces nouvelles étrennes au préfet de police.
On ne donna à Vidocq d'autre indication que la suivante :
« Fossard demeure à Paris, dans une « rue, de la halle au boulevard , de la « rue Comtesse d'Artois à celle Poisson- « nière , par la rue Montorgueil et du a Petit-Carreau; on ignore à quel étage. a Ses croisées ont des rideaux jaunes, en « soie, et d'autres rideaux en mousseline « brodée. Dans In même maison reste « une petite bossue, amie de la maîtresse « de Fossard. »
Vidocq se travestit en vieillard, avec
— sonne queue, une perruque à frimnis, une culotte courte, une canne à pommé d'or. Il se 'mit à parcourir, en tous sens, le quartier qu'on lui avait indiqué; on pense qu'il lui fallut beaucoup de temps, beaucoup de soms, et beaucoup de perspicacité et d'observation pour découvrir une bossue et des rideaux jaunes dans tout un quartier.
Cependant il découvrit ce qu'il cherchait ; mais, malgré tous ses efforts, il ne put parvenir à savoir par elle le nouveau domicile de Fossard. En s'adressant à tous les commissionnaires du quartier, il trouva celui qui avait fait le déménagement.
Se faisant passer pour un mari trompé, et grâce surtout à une contribution en pièces de cinq francs, il obtint d'être conduit au domicile qu'il cherchait : c'était au coin des rues DuphotetSaint-Honoré.
Pour que ce commissionnaire ne le trahisse pas, Vidocq lui promet 500 fr. qu'on doit donner à la Préfecture, à celui qui lui aura fait retrouver sa femme infidèle? Heweux dans l'espérance de toucher la somme, le portefaix fut à la Préfecture où, au lieu de le lairo passer à la
il demeure ; et, tandis que cet homme, qui l'attend au cabaret, le croit chez une receleuse^ Yidocq s'empresse d'envoyer à la hâte son rapport à la préfecture.
Vingt francs qu'il rapporte disposent favorablement son compagnon, ils vont acheter une oie, et avec trois pains de quatre livres et douze htres de vin, la bande fit honneur au festin.
Après le repas, on procéda à l'examen des paquets : c'était de fort beau li'ige, des dentelles, tous objets de toilette très précieux; on résolut d'en faire deux lots.
On avait le placement de l'or chez la receleuse de la rue de Bretagne; Yidocq avait à surveiller un marchand d'habits de la rue de la Cité, qu'on disait receleur; il résolut de l'éprouver, et il l'indiqua à ses hôtes comme un homme facile en affaires.
Comme on ne pouvait rien tenter avant la nuit, les voleurs commençaient à s'ennuyer ; après avoir causé de choses indifTérentes , l'un, amateur passionné de Thalie, ouvre l'avis pour passer le temps de se livrer en commun à une représentation dramatique. L'avis est ac*
cueilli avec enthousiasme ; mais quelle pièce jouer? César? Non. La pièce au répertoire est : Vidocq enfoncé! les rôles sont distribués ; Jean-Louis, dont la taille est carrée, comme celle de Yidocq, remplira son rôle; la pièce se joue, Jean- Louis surtout, parmi les acteurs, a beaucoup de succès, il joue Vidocq au naturel ; mais le jour baisse, et sans attendre le dénouement, la bande se résout à quitter la place.
On fait ven.ir un fiacre, et les deux paquets volés y sont introduits ; on se rend chez le receleur de la rue de Bretagne, qui donne pour son lot 125 francs; il valait dix fois plus.
Chez celui de la rue de la Cité, ils reçurent 80 francs.
Ils étaient à peine mstalîés au cabaret, que la garde entre et se saisit de tous les assistants j on les accouple deux à deux. Vidocq est attaché avec un nommé Lapierre, et on les emmène chez le commissaire ; arrivés à la hauteur de la rue de la Tannerie, Vidocq coupe la corde qui le retient; d'un coup de coude dans la poitrine, il renverse le vétéran qui le tenait sous le bras; bientôt Vidocq et
Lapierre sont loins, ils ne s'arrêtent qu'au quai des Ormes.
Vidocq n'avait facilité la fuite de cet homme que dans l'espérance qu'il l'introduirait dans d'autres sociétés de voleurs ; mais, voyant que Lapierre paraissait le soupçonner, il se résout à en finir promptement avec lui ; il l'emmène souper dans un cabaret, et, au moment de payer la carte, aucun des deux convives n'a d'argent dans sa poche; une querelle s'élève entre eux, et le marchand de vin les fait arrêter par la garde.
Vidocq finit par trouver dans son gousset la somme nécessaire; Lapierre seul est retenu au violon.
Lapierre et ses cinq complices furent condamnés aux galères, et qu'on juge de leur colère, lorsqu'à l'audience, ils apprirent que leur enfonceur était celui-là même qui avait joué dans la comédie le rôle de Vidocq l'enfoncé.
Les deux receleurs suivirent leurs clients.
— Un voleur de profession , nommé Hotot, postulait pour être admis dans la police secrète ; mais, tout en feignant de donner des renseignements à Vidocq, il
-gravait essayé, à plusieurs reprises, de le tromper ; un matin que le chef de la police avait passé la nuit avec un de ses agents, passant près du domicile d'IIotot, il se décide à lui rendre visite à l'improviste; Hotot est couché, il se lève pour recevoir ses visiteurs ; mais il se recouche ensuite. Vidocq, pendant que son agent va chercher de l'eau-de-vie, remarque que Hotot a l'air fatigué d'un homme qui s'est couché fort tard; ses vêtements, jetés en désordre, paraissaient avoir reçu une averse, ses souliers étaient empreints d'une boue blanchâtre et encore humide. La goutte bue, les agents quittèrent leur camarade candidat, pour se rendre au rapport ; le chef de division leur apprend que, sur le boulevart Saint-Martin, les voleurs de plomb ont dévalisé une maison en construction, et que le gardien, qui les a poursuivis pendant la pluie, a cru voir quatre malfaiteurs.
Yidocq se transporte sur les lieux où le vol a été commis, et remarque dans un endroit du sol l'empreinte très profonde de deux souliers ferrés , il ne douta plus qu'Hotot ne fût l'un des voleurs.
leurs exploits passés, leurs prqjeis futurs; il posséda teiiement leur confiance que, mis au courant d'un vol qu'ils devaient commettre le lendemain, rue de la Verrerie, il put les taire prendre en flagrant délit, porteurs des objets volés; ces individus, au nombre de trois, furent expédiés au bagne.
— Un soir, à la brune, Vidocq, déguisé en ouvrier des ports, était assis sur le parapet du quai de Gèvres ; un individu s'approche, habitué des cabarets fréquentés ordinairement par les voleurs, cet individu aborde Yidocq, et le colloque suivant s'engage entre eux.
l'inconnu. — Bon soir, Jean-Louis.
vmocQ. — Bon soir, garçon.
l'inconnu. — Qu'est-ce que tu fais làî t'as l'air triste à faire peur.
VIDOCQ. — Quand on a faim, on ne rit pas.
l'inconnu. — Avoir faim, un homme comme toi, c'est un peu fort, viens boire chopine, j'ai encore vingt sous, il faut les manger.
L'inconnu a le cœur bon, il va clîcrcher deux livres de pommes de terre bouillies, que Yidocq se met à dévorer, comme b'U n'avait pas mangé depuis
deux jours. Le repas fait, l'inviteur annonce à son convive qu'il doit, le soir même, dévaliser une chambre, et qu'il compte sur lui pour fairs le guet ; Yidocq accepte.
Après avoir été chercher un trousseau de clefs dans une cachette, on se rend sur le Marché au Blé : c'est dans une maison presque en face du corps-de-garde que le vol doit se commettre : Vidocq est mis en faction près de là ; mais à peine le voleur est-il monté, qu'il entre au corps-degarde, se fait reconnaître et dit au chef du poste de quoi il est question.
L'avis donné, il vient reprendre son poste; le voleur descend, chargé d'un énorme paquet; Yidocq le suit, deux soldats armés de leur baïonnette l'observent, il entre rue du Four, chez une marchande nommée la Tête de Mort, il n'y reste que peu de temps, il remonte dans la chambre.
Mais quand il descend avec une nouvelle charge, il est arrêté, ainsi que Vidocq; conduits chez le commissaire qui les interroge, Masson, c'est le nom du voleur, déclare qu'il ne connaît pas Vidocq et qu'il le voit pour la première
fois; Vidocq soutient la même version; et comme ii exhibe un permis de séjour qui paraît /ort en règle, on le laisse partir.
Le Yoleur était pris, il s'agissait de prendre la receleuse. Yidocq organisa immédiatement une perquisition qui, faite chez elle en temps utile, prouva jusqu'à l'évidence à quel genre de commerce elle se livrait.
Masson et la Téte-de-Mort furent condamnés à la réclusion.
— Vidocq rentrait chez lui vers trois heures du matin, après avoir passé la nuit à surveiller les environs de la Halle. Arrivé à la rue des Coutures Saint-Gervais, il aperçut plusieurs individus, blottis dans des embrasures de portes ; à la lueur des réverbères, il distingua des paquets, dont les porteurs s'efforçaient de dissimuler le volume.
Des paquets à pareille heure et des hommes qui cherchaient à se cacher, la rencontre était évidemment suspecte.
Vidocq résolut de ne les pas perdre de vue, de les suivre jusque chez eux ou de les faire arrêter, s'ils passaient devant un corps-de-garde.
— SS- II continue son chemin pour ne pas exciter les soupçons. Jean-Louis! lui crie l'un des voleurs : Vidocq revient sur ses pas, il reconnaît cinq individus, habitués des mauvaises maisons; ces'* individus étaient fort alarmés, ils avaient failU être arrêtés sur le boulevard du Temple; ils proposent une part du butin à Jean- Louis, s'il consent à marcher en éclaireur et à les accompagner à leur domicile, rue Saint-Sébastien.
Le trajet fut heureux, ils arrivèrent sans encombre jusqu'à leur domicile où les attendait un sixième complice, qui accueillit l'arrivée de Jean-Louis avec inquiétude ; cependant, comme ses complices répondaient du nouvel arrivant, il consentit à l'accepter.
Les voleurs fatigués de la nuit se couchèrent. Vers dix heures, Yidocq accompagne l'un des complices chez la receleuse qui demeurait rue de Bretagne n" 1 4 ; mais cette femme ne veut rien recevoir pendant le jour, dans la crainte de se compromettre ; elle les ajourne à la tombée de la nuit, sans vouloir leur donner aucun à-compte. Tiuocq alors conduit son camarade rue Saiiit-Francois où
Voulant vérifier le fait, il se dirige vers la demeure de cet individu, porteur d'un énorme dinde rôti.
Le voleur et les agents se m^ettent à table, et, tandis qu'Hotot a le dos tourné, le substitut de Yidocq glisse les souliers boueux dans son chapeau ; et, sous prétexte d'aller prévenir chez Vidocq pour qu'on ne l'attende pas à dîner , il s'esquive.
Les souliers s'adaptèrent parfaitement à l'empreinte du sol.
L'agent revint et les remit à leur place sans qu'Hotot pût soupçonner l'expérience qui venait d'être faite à ses dépens; bien plus, dans l'espérance d'être bientôt admis dans la pohce, il nomma à Vidocq trois individus qui, pendant la nuit dernière, avaient dérobé le plomb d'une bâtisse.
Il désigna également le receleur tout en se gardant bien de se vanter d'avoir pris part à l'expédition.
Sachant qu'Hotot se promène aux Champs-Élysés, Vidocq va l'y trouver, et lui confie qu'il a besoin de lui : il s'agissait , soi-disant, de se faire arrêter, conduire au dépôt pour tirer les vers du
nez à un voleur qu'on dut arrêter le soir; même.
Hotot accepte la proposition. On convient qu'il se rendra dans une petite tabagie, sur le boulevart Montmartre, et qu'il se désignera lui-même à deux officiers de paix , qui viendront y prendre de la bière.
Il doit être mis au violon, et ensuite au dépôt, d'où il sortira après avoir confessé celui qu'on doit lui amener à cet effet.
Hélas ! quelle fut la désillusion du trop confiant Hotot lorsqu'après s'être cru écroué pour rire, il vit que son incarcération était d'autant plus sérieuse, qu'il ne sortit de la Conciergerie que pour être dirigé vers le Bagne.
Yidocq ne perd pas son temps, grâce aux renseignements que lui donnent des filles publiques, maîtresses d'Hotot, il est bientôt sur les traces de ses complices; et pendant la même nuit, Caffîn, Bicètre et Linois pris au gile sont placés sous la main de la justice.
Lors de l'invasion en France des ennemit), licaucoup de gens, dans l'espoir de soustraire de la rapacité des Cosaques
leurs effets les plus précieux, les enfouissaient dans leur jardin.
Le curé de Livry , près de Paris , résolut de cacher ainsi ses économies...
Un de ses amis, nommé Sénard, bijoutier à Paris, et fort riche, le pria de joindre à son trésor ses pierreries les plus précieuses.
Ces deux braves vieillards étaient persuadés que la France tout entière der vait être livrée au pillage.
C'est à un chantre de l'église, réputé très honnête homme, le père Moiselet, que l'expédition est confiée.
Cet homme, le factotum de l'église depuis plus de trente ans, est tout dévoué à M. le curé.
La cassette du bijoutier, contenant .pour plus de trois cent mille francs de diamants, fut réunie au pécule de M. le curé, et enterrée avec tant d'art, que personne n'aurait pu se douter de sa présence en cet endroit.
Les Cosaques avaient beau, à l'aide de sondes laites exprès , scruter les entrailles de la terre, là où ils soupçonnaient quelques trésors cachés, la cachette
du cupé de Table...
Lorsqu'un jourMoiselet, pâle et défait, accourt chez le curé, et lui annonce, en pleurant, que la cachette est vide!
Moiselet se désole autant que le curé, qui l'assure, hélas ! que la nouvelle n'est que trop vraie.
M. Sénard n'en fut pas moins désolé :
il court raconter sa mésaventure au préfet de police , et la conclusion n'était pas très favorable à Moiselet. . . .
On consentit envers le bijoutier à faire quelques démarches.
Il promit cent mille francs à celui qui amènerait le coupable, en lui faisant restituer les diamants.
Mais, à mesure que Vidocq faisait entrevoir au volé les chances qui se présentaient de recouvrer son bien, sa générosité allait diminuant : ce n'était plus que cinquante mille francs, puis vingts cinq mille, puis dii mille.
S' arrêtant à ce dernier chiffre , M. Sénard promit dix mille francs , au cas où on lui ferait retrouver sa cassette.
M. Sénard elle curé portèrent plainte;
le vol fut constaté , et Moiselet arrêté ; mais, comme il persista à nier, et qu'il n'y avait pas la moindre preuve contre lui, la prévention allait tomber, faute de preuve, lorsque Yidocq se mit en campagne avec un de ses agents, qu'il expédia , déguisé en militaire , auprès de madame Moiselet, qui tenait auberge ; mais, bien qu'il l'eût pris par tous les bouts, cet agent vit qu'il était impossible de mettre cette brave dame en défaut.
Vidocq essaya par lui-même de la faire tomber dans un piège.
Déguisé en juif, marchand de dentelles et de bijoux, il essaya de l'induire en tentation, espérant qu'elle lui achèterait, et qu'elle lui ferait voir, pour le payer, quelques louis du curé.
Madame Moiselet n'était pas coquette; elle refusa positivement de rien acheter, et, quand on lui demanda si elle n'avait pas quelqu'objet d'or ou d'argent à vendre, elle répondit négativement.
Vidccq se déguise en domestique allemand, et, sous ce travestissement, il se fait arrêter par les gendarmes, qui le conduisent à la prison de Pon toise, où Moiselet est lui-même incarcéré.
Vidocq a bientôt lié connaissance ave Moiselet, jargonnant un langage qui n'était ni de l'allemand ni du français, il finit par se faire comprendre,
Il lui raconte qu'il est domestique et qu'il a volé son maître, qu'il a caché son porte-manteau dans la forêt de Bondy, qu'aussitôt libre, il l'ira reprendre avant de retourner en Allemagne.
Moiselet demande à son compagnon s'il veut l'emmener avec lui lorsqu'il partira, l'autre y consent.
Vidocq écrivit au procureur du roi, en se nommant, et pour réclamer d'être envoyé à Livry avec Moiselet.
Les prisonniers ne sont attachés qu'à une corde très mince ; la corde est bientôt rompue, les prisonniers s'élancent, les gendarmes veulent les suivre; mais les fuyards s'enfoncent dans un fourré et sont bientôt hors d'atteinte.
Un sentier les conduit dans les bois de Yaujours ; Moiselet s'arrête, regarde autour de lui, s'avance vers les broussailles, en tire une bêche, puis ôtant son habit et son chapeau , il fouille au pied d'un bouleau dont plusieurs branches sont Cassées.
Bientôt la bienheureuse cassette est à nu, Moiselet s'en empare.
Mais Vidocq, prenant la bêche, hii déclare en français qu'il est son prisonnier et qu'il le tuera au moindre mouvement.
Moiselet ne bougea pas, il se laissa réintégrer en prison. La Cour d'assises, probablement à cause des circonstances atténuantes, ne le condamna qu'à six mois de prison.
Le bijoutier Sénard fut enchanté d'avoir recouvré ses cent mille éciis de diamants ; mais il eut beaucoup de peine à se décider à donner, non plus les 10,000 francs qu'il avait promis, mais seulement la moitié de cette somme.
— Les voleurs ne respectaient rien, pas même la famille royale.
Au Palais-Bourbon, chez le prince de Condé, des glaces d'un très grand volume avaient disparu des appartements sans qu'on ait pu savoir comment.
Les cadros de ces glaces n'ayant pas été forcés, il y avait lieu de croire que le vol avait été commis par un ouvrier miroitier ou tapissier.
A force de chercher, Vidocq découvre»
près des TnYalides , un commissionnaire qu'on était venu chercher pour transporter des glaces au petit hôtel Caraman.
Vidocq S8 présente dans cette maison, déguisé en cuisniier.
C'est au premier étage qu'il va frapper : un beau jeune homme vient lui ouvrir, et lui demande ce qu'il veut.
Le cuisinier répond qu'il vient offrir ses services, le jeune homme n'en a pas besoin.
Vidocq croyant remarquer à sa tournure et à ses manières que cet individu paraît être un descendant des habitants de Sodome, '^mble désolé de ne pouvoir entrer à son service : il lui expose sa malheureuse position , il n'a pas mangé depuis trente-six heures.
Le jeune homme le plaint, le retient à dîner. Un pain de deux livres, une moitié de volaille, du fromage et une bouteille de vin ne firent que paraître et disparaître sur la table.
La conversation s'engage, Vidocq dit qu'il sait quatre métiers, qu'il est à la fois cuisinier, chapelier, tailleur et tapissiermiroitier.
Son hôte l'interrompit pour lui annon-
cer qu'il l'occupera quatre ou cinq jours dans ce dernier métier , qu'il a fait revenir des glaces de la campagne dans la crainte de les voir casser par les Cosaques ; il montra les glaces à Vidocq, qui s'extasia sur leur beauté.
C'étaient celles du Palais-Bourbon.
Yidocq fut congédié jusqu'au lendemain ; il devait revenir pour commencer son travail.
Mais dans la journée même , s'étant procuré un mandat d'arrêt, il revient avec un commissaire et des agents arrêter le voleur, qui ne le reconnaît qu'à la fin de la perquisition.
Conduit à la Préfecture, l'efféminé s'évada en route ; mais Vidôcq le reprit dix jours après à la porte de l'ambassadeur de Turquie, dans la voiture d'un Musulman, qui, probablement, n'avait pas amené à Paris ses Odalisques.
Il y avait plus de trois ans qu'un homme d'une taille très haute était signalé comme un des plus dangereux voleurs de tout Pans.
C'était un nommé Sablin.
Toutes lespoursuites delà police avaient échoué contre son adresse.
On chargea Vidocq de l'arrêter; pendant quinze mois, cet agent ne put mettre la main sur le voleur, qui n'apparaissait à Paris qu'à de rares intervalles ; et qui , aussitôt ses crimes commis , disparaissait pour quelque temps.
La difficulté de l'entreprise avait excité Vidocq à la conduire promptement à bonne fin : il apprend enfin, que Sablin s'est réfugié à Saint-Cloud, où il avait loué un appartement. Vidocq s'empresse de se rendre dans ce village ou Sablii? était logé, dans la maison même de la Mairie.
Arrivé le soir, Vidocq se décide à passer la nuit devant la Mairie, afin que son homme ne puisse lui échapper.
Vers le matin, la porte s'ouvre, Vidocq va mettre le pied sur la première marche de l'escalier. Une femme qui descend, le contraint à s'arrêter : cette femme dont les traits dénotaient la souffrance, jette un cri en l'apercevant ; elle remonte précipitammenV, il la suit, et il s'entend précéder dans l'appartement par ces mots ; Voilà Vidocq,
Un homme est couché dans ia seconde pièce; cest Sahhn.
Vidocq se précipite sur kn, et hii passe les menottes avant qu'il ait eu le temps de rcYcnir de sa surprise.
La femme de SabHn était tombée sur le carueau, et poussait des gémissements affreux; elle était en mal d'enfant.
La position de Vidocq était critique.
Une sage-femme était nécessaire; mais lui et son agent étaient indispensables pour garder SabHn, gaillard de la première force.
Vidocq se décide, met habit bas, et en moins de 25 minutes, madame Sablin est délivrée par lui. Vidocq continue son rôle jusqu'au bout, il fait la première toilette à l'enfant, l'emmaillote. La Mairie est dans la même maison, la formalité de l'inscription du nouveau né sur les registres de l'état civil est facile à faire.
Vidocq est invité à être parrain : on appelle une voisine qui doit servir de marraine.
Sablin, mis dans l'impossibilité de s'échapper, accompagne la compagnie à l'église. Au retour, Vidocq fail: apporter un bon déjeuner dans la chambre de
l'accouchée. Son parrainage lui coûta cinquante francs sans les dragées. Pour Sablin, il fut condamné à cinq ans*de prison.
Un marchand de vin de la rue de Charenton avait été volé par des bohémiens, qui avaient disparu.
Vidocq, passant sur le boulevard du Temple, aperçoit deux individus, dont le teint cuivré et la tournure lui rappelaient son séjour à Matines. Il entre dans le cabaret, où soupaient ces individus, et reconnaît Christian, son ancien professeur de médecine, bohémien et vétérinaire.
Cet individu, qui le reconnaît également, l'invite à dîner, et lui promet de lui faire retrouver tous ses camarades que Vidocq a connu durant son séjour à Mahnes.
Le soir même, huit bohémiens réunis dans un cabarei, sont présentés à Yidocq.
D'après le signalement que lui a donné le marchand de vin, il ne doute plus que le vo^eor soit dans la troupe. 11 s'absenta deux minutes, avertit l'officier de paiï, de service à laGaîté, et deux heures après,
alors que les bandits sont tout à la joie, la maison est cernée. Les gendarmes saisissent tous les assistants, qui, conduits au poste, sont rigoureusement fouillés.
Tous ont sur eux des pièces de conviction dont on les débarrasse. Les bijoux et les couverts du marchand de vin sont retrouvés.
Mis au violon, les bandits font des excuses à Vidocq, pour l'avoir embarqué malgré eux dans le bourbier.
Mais comme il a dit qu'il ne les connaissait pas, et qu'on n'a trouvé sur lui aucune preuve , ils espèrent qu'on va le mettre incessamment en liberté ; ils liri donnent alors leur adresse pour qu'il puisse prévenir leurs complices.
Vers minuit, le commissaire fit extraire "Vidocq, sous prétexte de l'interroger, ils se transportèrent ensemble au Marché- Noir, où ils arrêtèrent trois des associés de Christian.
Cette bande était composée de douze individus, six hommes et six femmes ; ils furent tous condamnés, les uns aux fers^ les autres à la réclusion.
Un nommé Fontaine,, boucher, établi a ia GouitiHe, se rendc^itù une foire dans
l'arrondissement de Corbeil , muni dé sa sacoehe, contenant 1,500 francs, il s'avançait à pied sur la route d'Essonne, quand tout près d'une auberge, où il s'était arrêté, il rencontra deux individus assez proprement vêtus.
îl était brune, le boucher ne fut pas fâché de rencontrer une compagnie. En causant, Fontaine confie à ses nouveaux compagnons de route qu'il se rond à Juilly pour acheter des moutons, et qu'il porte sur lui une assez forte somme d'argent.
On passe devant un cabaret, ce ne peut être sans s'y arrêter.
Le bon marché, la qualité du vin , la générosité de chacun des convives, tout contribue à obtenir un résultat peu satisfaisant pour la sobriété de Fontaine, qui sortit un peu plus que gai.
Fontaine suit ses compagnons dans un chemin de traverse, qui doit abréger le trajet ; mais, arrivé à un endroit isolé, un des deux lui applique sur la tête un coup vigoureux. 11 est renversé, l'autrf^^ brigand, armé d'un poignard, le frappe Jiir^nu'à ce qu'il le croit mort.
Fontaine; après s'être longtemps dé^
battu, finit par ne plus remue?. Les assassins le fouillent, s'empareîit de sa sacoche et l'abandonnent baigné dans son sang.
Peu de temps aprèb', un voyageur, cn- I tendant des gémissements, relève Fontaine que la fraîcheur de la nuit avait ranimé : on s'empresse autour du malheureux. L'autorité arrive, vingt-huit blessures sillonnent le corps de la victime ! et prouvent l'acharnement de assassins.
On transporte Fontaine à l'hôpital.
Mais sur le lieu du crime, la justice poussait ses investigations. On calque les vestiges de pas, on recueille des boutons et des fragments de papiers teints de sang. Sur l'un de ces fragments, qui a dû servir à essuyer un poignard, on remarque quelques lettres sans suite. Un second morceau de papier présente l'apparence d'une adresse tronquée. On parvint à déchiffrer ces mots :
A Monsieur Rao Baarchand de vin, bar Roche
On aboucha Vidocq avec les magistrats qui avaient suivi lïnstruction.
Fontaine allait beaucoup mieux, il parla et donna le signalement de ses deux assassins, dont l'un, dans le combat, était tombé en disant qu'il était blessé au genou.
f.', ùij pfi?.s!(r.ti roLLiu.
Typ. TolHier et Isidor Josei>h, 43, me dn Four-Saint-Germain
WàM L. a. I