‹ Histoire véridique de VidocqChapitre 4 sur 4 · DÉCLARATIONS · texte numérisé non relu

DÉCLARATIONS

Des nommés Peyois et Lefehure, relatives au sieur Vidocq , faussement accusé d'avoir fourni de l'argent pour acheter une pince, à Caide de laquelle un vol s'est commis.

« Aujourd'hui treize octobre mil huit

cent vingi-trois, à dix heures du matin,

nous Guillaume Recodère, maire de 1a commune de GeutiMy. d'après !es ordres de M. le conseilie* d'État, préfet de police, nous sommes transporté en la maison centrale de détention de Bicêtre, où étant, avons fait comparaître pardevant nous, au greffe de ladite prison, André Peyois, détenu par suite d'un jugement qui le condamne à la peine des fers, auquel, après avoir présenté une lettre adressée au chef de la deuxième division de la préfecture de police, commençant par ces mots « 'pardonnez à la liberté, & et finissant par ceux-ci « dont ma mère m'a donné C avertit, » ladite lettre datée du dix du couif it et signée Peyois, avons fait invitation ^e nous dire s'il la reconnaissait pour avoir été par lui souscrite et signée, et s'il en avouait tout le contenu.

a k répondu qu'i! connaît parfaitement cette letlre pour être la même que celle qu'il a adressée à M. Parisot, clief de Ik'deuxième division de la préfecture ^je police, elle est signée par lui. Le corps lie cette lettre n'a pas été écrit par lui, il ne sait "pas assez bien écrire poui cela, mais ce qu'elle contient a été dicté à ré-

cnvain (le nommé Lemaître, détenu en cette même prison), par lui déclarant; et pour preuve de ce qu'il avance, il est disposé à nous déclarer oralement tous les faits et circonstances contenus en icelle, sans qu'il soit besoin de notre part de les rappeler à sa mémoire, par la lecture de son contenu ; en conséquence, il déclare « que lors de l'instruction de « l'affaire qui l'amena au banc des acte cusés, et à la suite de laquelle il fut « condamné à la peine des fers, quand il « soutint publiquement que le sieur Vi- « docq lui avait donné une somme de « trois francs pour acheter la pince, à « l'aide de laquelle il avait commis le « vol, cause de sa condamnation, il dit « un fait non-seulement inexact, mais « tout-à-fait faux, car jamais pareille « avance et pour pareil motif ne lui fut « faite par ce fonctionnaire, et jamais « encore, dans cette circonstance comme « dans toute autre, il n'a reçu de lui « aucun secours en argent; s'il avança 1 cette fausseté en plein tribunal, il le a fit à la suite de mauvais conseils qui « lui furent donnés par les nommés Uti- K net et Ghrestien, qui lui persuadèrent

« que, par ce moyen seulement, son af- « faire prendiait une tournure favora- « ble, et qu'il ne serait pas condamné,' « d'autant mieux que s'il les faisait ap- « peler l'un et l'autre comme témoins « de ce qu'il avançait, ils soutiendraient « son asswtion, et qu'ils déposeraient « dans le même sens que lui, et que a même ils diraient qu'ils avaient vu « donner la somme de trois francs ; ils « allèrent même plus loin, ils lui persua- « dèrent qu'ils avaient à leur disposition c un protecteur puissant, dont l'influence « devait garantir lui déclarant, de toute a espèce de condamnation, ou si cette « condamnation devenait inévitable, de- « vait lui servir utilement pour faire « casser son jugement.

« Ce fut encore par le conseil de ces a deux individus, qu'il fit appeler à l'au* « dience les nommés Lacour et Décost tard, qui déposèrent les mêmes faits a imputés par lui, déclarant, au sieur « Yidocq, quoiqu'ils fussent absolument « faux.

« Après sa condamnation, ces mêmes « individus exigèrent de lui qu'il se mit « en appel, en lui promettant de lui

K fournir à leurs frais un défenseur et « de payer tout ce que cet appel occa- « sionerait de dépens. Sur cette der- « nière circonstance, on pourra ente tendre la mère, à lui déclarant, qui a reçut de la part de Lacour et Décos- « lard les mêmes promesses et les mêmes î avances; elles lui furent faites chez un « marchand de vin, place du Palais-de- « Justice, qu'on appelle M. Bazile. Sa « mère demeure avec son mari, rue du « Faubourg-Saint-Denis, n"145, chez « M. Restaurct, propriétaire.

« Ainsi, il doit^ pour la satisfaction de « sa conscience, et pour rendre hom- « mage à la justice et à la vérité, désa- « vouer ce qu'il a dit en plein tribunal, a au désavantage du sieur Yidocq , c contre sa moralité et contre son hon- « neur; il en demande humblement « pardon.

« Pour corroborer la déclaration qu'il « vient de faire, il nous invite à entendre « le nommé Lefebure, son co-accusé, et « condamné comme lui dans la même a affaire, qui est dans cette prison, le* « quel doit savoir par qui et avec quel' c argent fut achetée la pince qu^ j'avaia

rt dit avoir été payée de l'argent de « M. Vidocq. a

Lecture à lui faite de sa déclaration, a dit qu'elle contient vérité, qu'il y persiste, et a signé.

Signé Peyoisv

Ënsufte, avons fait appeler le nommé Lefebure, ci-dessus désigné et détenu en cette maison, auquel nous avons demandé s'il savait comment le nommé Peyois s'était procuré la pince à l'aide de laquelle le vol qui a motivé leur condamnation commune, fut commis.

À répondu que deux ou trois jours avant que le vol ne fût commis, il avait vu cet instrument entre les mains dudit Peyois, qui, avant l'instruction de son affaire, lui avait toujours dit que c'était lui qui l'avait acheté trois francs ; mais jamais il ne dit que c'était M. Yidocq qui lui avait donné l'argent. Ce fut au tribu*^ nal, et pendant l'instruction de leur affaire, qu'il sut pour la première fois qr.o c'était M. Yidocq qui lui avait fourni les moyen* de l'acheter.

Qui est tout ce qu'a dit savoir , lecture à lui faite de sa déclaration, a un qii ciio

contient vérité, qu'il y persiste, et a signé.

Signé Lefebure.

Dont et de tout quoi il a été rédigé le présent procès- verbal, pour être icelui transmis à M. le conseiller d'État, préfet ae police, dont acte, les jours, mois et ans que dessus.

Shmé V.ECODÈRE.

Nous terminerons ces pièces justificatives par la reproduction d'une ballade, chantée dans le plus pur argot du bon temps, par Riboulet, agent de Yidocq, dans une de leurs tournées, à la piste des voleurs, chez le père Guillotin, à la Courtille.

En roulant de vergne en vergne ^ Pour apprendre a goupiner, 2 J'ai rencontré la niprcandiére, 3 Lonfa malura dcnrlaine, Qui du pivots solimit, 4 Lonfa malura dondé.

J'ai rencontré la mercandière,

Qui du pivois solisait,

Je lui jaspine en bigorne, S

£onfa malnra dondaine, Qu'as-tu donc à morpller?(i Lonfa malura dondé.

Je lui jaspine en bigorne, Qu'as-tu donc à morfiUer?

J'ai du chenu pivois sans lance, 7 Lonfa maliira doiidaine.

Et du larton savonné, 8 Lonfa malura dondé.

J'ai du chenu pivois sans lancfl,

Et du larton savonné,

Une lourde, une tournante, 9

Lonfa malura dondaine,

Et un pieu pour roupiller, 10

Lonfa malura dondé.

Une lourde, une tournante, Et un pieu pour roupiller.

J'enquille dans sa cambriole, -H Lonfa malura dondaine, Espérant de ïentifler, 42 Loufa malura dondé.

J'ençiuille dans sa cambriole,

Espérant de l'entifler.

Je rembroque au coin du rifie, 43

Lonfa malura dondaine,

Un messière qui pionçait, 14

Lonfa malura donde.

Je rembroque au coin du rifle tn messière qui pionçail :

J'ai sondé dans ses \-olladcS, tS Lonfa malura dondaine, Çon carie j'ai pessigué, 16 ionfa malura dondé.

J'ai sondé dans ses vallades,

Son carie j'ai pessigué,

Son carlfl, aussi sa tucquante, 17

Lonfa malura dondaine,

Et ses attaches de ce, 18

Lonfa malura dondé.

Son carie aussi sa tocquante

El ses atlaches de ce,

Son coulant et sa moulante, 19

Lonfa malura dondaine,

Et son cambre galuché, 20

Loîifa malura dondé.

Son coulant, sa montante,

Et son combre galuché,

Son frusque, aussi sa Lisette, 2!

Lonfa malura dondaine,

Et ses tirants brodanchés, 22

Lonfa malura dondé.

Son frusque, aussi sa lisette, Et ses tirants brodanchés .

Crompe, crompe, mercandiére, 23 Lofa malura dondaine, Car nous serions béquilles, 24 Lonfa malura dondé.

Crompe, crompe, mercandiére, Car nous serions béquilles.

Sur la placarde de vergne, 25 Lonfa malura dondaine, 11 nous faudrait gambilUr, 26 Lonfa malura dondé.

Sur la placarde de vergne Il nous faudrait gambiller,.

Allumés do toutes ces laryuey, 27

Lonfa mahira dondaine, Et du trepe rassemblé, 28 Loûla malura dondé.

Allumés de toutes ces largues

Et, du trepe rassemblé,

Et de ces chariots bons drilles, 29

Lonfa malura dondaine,

Tous aboulant goupiner, 30

Loafa malura dondé.

Blanon la Blonde, maîtresse de Ribouïet, chanta les couplets suivants que f ai rapprise à Lazcirre, dit-elle.

Un jour à la Croix-Rouge, Nous étions dix à douze.

Nous étions dix à douze,

Tous grinches de renom ; 3î

Nous attendions la sorgue, 32

Voulant poisser des bogues 33

Pour faire du billon. 34 {bis.)

Partage ou non partage,

Tout est à noire usage ; ,, N'épargnons le poitoii 3o Poissons avec adresse 36^ Messières et gonzesses, 3i Saas fairje de regoût. 38 vw.)

Dessus le Pont-an-Change Certain argent-de-change Se criblait au eharron. 39 J'engantai sa tocquante, 40 Ses attaches brillantes, 41 Avec ses billenwnts. 41

Quand douze plombes cros^ent, 43

Lq pègres s'en retournent 44

Au tapis de Montron. 45

Montron ouvre ta lourde, 46

Si tu veux que j'aboule 47

Etpiausse dans ton bocson. 48 (6t5.)

Montron drogue à sa largue, 49

Bo7inis-mo\ donc giroffJe 50

Qui sont cespè^res-là? 51

Des grinchisseurs de bogues, 52

Esquinteurs de ôoutoques, 53

Les connobres-tn pas? 54 ijns.)

Et vite ma culbute; 55

Quand je vois mon affure 56

Je suis toujours paré. 57

Dtf: plus grand cœur du monde

Je vais à \d, profonde 58

Pour vous donner du frais. (M».)

Mais déjà la patraque., 59

Au clair de la moucharde, 60

Nous reluque de loin. 61

L'aventure est étrange,

C "était l'argent-de-change

Qoe suivaient les rousm». 62 (Mé.)

A des fois l'on rigole, G3

Ou bien l'on pavillonne, 64

Qu'on devrait lansqtmier. 65

Raille, §riviers et cognes 66

Nous ont pour la cigogne 67

Tretous marroris paumés. 68 (bis.)

Traduction des mots d'af.got ; — 1 Ville en vills. 2 Travailler. 3 La marchaiule. 4 Vendait du vin. 5 Jo lui demande en argot. 6 Manger. 7 Bon vin sans eau. 8 Paie blanc. 9 Une porte et une clé. 10 Un lil pour dorciir. Il J'entre dans sa chambre. 12 De m'arranqer avec elle. 13 Je remarque au coin du feu. 14 Un homme qui dormait. 15 Fouillé dans ses po'hes. 16 Son argent j ai pris. 17 Son argent et sa montre. 18 Boucles d'argent. 19 Sa chaîne et sa culotte. 20 Chapeau galonné. 21 Son habit et sa veste. 9.2 Bas brodés. 23 Sauve-toi^ marchande. 24 Pendus. 2o Sur la place de Ville. 20 Danser. 27 Regardés de tontes ces femmes. 28 Peuple. 23 Voleurs, bons enfants. 30 Tous venant voler. 31 Voleurs. 32 La nuit. 33 Des montres. 34 De l'argent. 35 Prenons nos précautions. 36 Volons. 37 Bourgeoiset bourgeoise. 38 Éveiller les soupçons. 39 Criait au voleur. 40 Je lui pris sa montre. 41 Ses boucles eu diamant. 42 Ses billets. 43 Minuit sonne. 44 Les voleurs. 45 Au cabaret. 46 Ta porte. 47 Donne de l'argent. 48 Couche dans ton logis. 49 Demande k sa femme. 50 Dis donc, la belle. 5 L Ces voleurs-là. 52Yolears de montres. 53 Enfonceurs de boutiques. 54 Ne le» eonnais-tu pas. 55 Culotte. 56 Bénéfice.* 5î Prêt. 58 Cave. 59 Patrouille. 60 La lune. 61 Regarde. 6B 51ouchards. 63 Rit. 64 Plaisante. 65 Pleurer. 66 Exempt, soldats et gendarmes. 67 Palais de justice. 68 Pris en flagrant délit.

Taris. — Typ. T'-lner et Isiilor Ooser*^: r- «Il Foar-Salnt-Germain, 43.

F. AVnEAo. — Iraprimerio de lacîit

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